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Notre compatriote Sadian Camara a été froidement abattu dans son lieu de travail par des bandits armés. Notre compatriote dirigeait une structure financière qui gérait d’importantes sommes d’argent. En effet, pour aider les immigrés dans l’envoi de fonds au bercail, certaines personnes ont pris l’initiative de mettre en place de petites structures dont l’objectif est d’envoyer au Mali dans un bref délai et à moindre frais l’argent aux familles.

Ces structures jouent un rôle important. Elles restent le seul recours pour les Maliens en situation irrégulière d’aider leurs familles et même leurs villages respectifs. Sadian Camara et son cousin Sadian Kéïta faisaient partie de ses structures, quand un samedi matin ils ont été agressés par deux individus armés.

Selon de nombreux témoignages que nous avons recueillis au foyer “Sonacotra” communément appelé la Commanderie où réside des centaines de Maliens, Sadian Camara aurait été suivi par deux hommes le matin de bonne heure. Les deux présumés auteurs du crime auraient ensuite fait irruption dans la chambre où il travaillait.

Selon un de nos témoins qui a gardé l’anonymat, “lorsque les deux hommes se sont introduits dans la chambre, ils ont demandé après Sadian Camara, ensuite ils se sont fait passer pour des clients qui venaient envoyer l’argent. Rien d’étonnant car même les « blancs » font recours à ce système de transfert qu’ils trouvent moins coûteux et rapide. Les deux hommes ont immédiatement fermé la porte à clé avant de demander toutes les ressources disponibles. Après acquisition des fonds qui s’élevaient à environ 3000 euros, les deux bandits auraient demandé à Sadian Camara et à son cousin de s’attacher l’un à l’autre. Une exigence immédiatement refusée par nos deux compatriotes. Après, l’un des bandits aurait braqué son pistolet sur les deux hommes. Les agresseurs auraient ensuite versé de l’essence dans la chambre avant de tirer plusieurs balles sur nos deux compatriotes. Sadian Camara principale cible probablement connu par les malfaiteurs mourra sur le champ. Quant à son cousin poignardé et criblé de balles, il survivra miraculeusement grâce au secours des voisins alertés. Les deux malfrats ont réussi à s’enfuir par la fenêtre débouchant directement sur la rue”, nous dira-t-il.
Avant d’ajouter que toute l’opération a été perpétrée à moins de dix minutes environ au moment ou la majorité des résidants dormaient encore. Toute chose qui prouve le professionnalisme des malfrats.

Sadian Camara laisse derrière lui une famille inconsolable et une communauté malienne encore sous le choc. Au sein de cette communauté malienne, beaucoup d’interrogations sont posées quant au mobile de cet acte criminel. Simple vol ou acte raciste ? L’acharnement des auteurs sur nos deux compatriotes laisse perplexe plus d’un.

Aussi, beaucoup de nos compatriotes sont encore dans le doute ou ne sont pas au courant de ce drame. Pour cause, les médias et les autorités françaises ont fait le black-out sur ce crime. Les premiers n’ayant été sur les lieux que deux jours après, les seconds n’ayant même pas réagi.
Or, on se souvient encore du tollé suscité par l’assassinat du jeune juif Illan Halimi.

C’était devenu une affaire d’Etat, qui a occupé la une de tous les médias et l’Etat français n’avait pas misé sur les moyens pour retrouver les présumés coupables. A l’époque, un vol spécial a été affrété par les autorités françaises en vue de conduire d’Abidjan à Paris le principal suspect.

Comme pour dire qu’il y a des vies qui valent mieux que d’autres dans le pays de la “liberté, la fraternité et l’égalité”. Des agissements qui prouvent l’inégalité et la discrimination envers les immigrés africains.

Quant à nos autorités, beaucoup de personnes interrogées ont déploré leur silence face à ce drame. Certains Maliens nous diront, qu’à part quelques personnalités dont l’épouse du chef de l’Etat Lobbo Touré, qui leur ont présenté des condoléances, personne d’autre n’a posé un acte concret, même pas une simple condamnation publique de ces crimes ciblés.

Pire, jusqu’ici aucun officiel n’a évoqué le rapatriement du corps de la victime au Mali. « Un rapatriement qui sera pris en charge par les cotisations des résidants du foyer de la Commanderie regroupés en association« , comme nous a révélé M. Niakaté, résidant.

Occasion pour d’autres de nous expliquer toutes les souffrances et les tracasseries qu’ils subissent pour l’obtention des documents administratifs au Consulat du Mali à Paris.

Sako Doumbia, correspondante à Paris

22 mai 2006.