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Si la Convergence pour sauver le Mali se dit favorable à l’idée, tel n’est le cas de la COPAM qui s’y oppose carrément. Quant au FDR, il émet des réserves

Le 19 juin dernier, le Premier ministre Cheick Modibo Diarra a rencontré quatre groupements politiques et associatifs pour leur proposer la création d’un conseil consultatif qui aiderait le gouvernement dans les prises de décisions. C’est ainsi qu’il a reçu les représentants du Front uni pour la sauvegarde de la démocratie et de la République (FDR), de la Coordination des organisations patriotiques du Mali (COPAM), de la Convergence pour sauver le Mali et de l’Alliance IBK-Mali 2012 qui soutient la candidature d’Ibrahim Boubacar Kéita à l’élection présidentielle.

La création d’un tel organe est différemment appréciée par la classe politique. Même si le FDR n’est pas tout à fait opposé à l’initiative du chef du gouvernement, il a tout de même émis des réserves estimant que les termes de référence de la structure n’ont pas été définis par son initiateur.

Ibrahima N’Diaye, le premier vice-président de l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adema) et l’un des responsables du FDR, précise ce point de vue : « pour le moment, nous ne connaissons pas les termes de référence de ce conseil consultatif à savoir ses objectifs, sa mission, sa composition, ses modes d’organisation et de fonctionnement, la qualité des personnes qui vont l’animer. Certes nous apprécions l’initiative du Premier ministre même si elle a tardé à venir, mais nous restons tout de même vigilants ».

Les réserves du numéro 2 de l’Adema vont dans le même sens que la lettre du FDR adressée au Premier ministre pour réclamer le départ du gouvernement pour la simple raison que celui-ci a du mal à faire face à sa mission. « Au début, j’ai publiquement salué la nomination de Cheick Modibo Diarra qui est une grande personnalité, un savant à la tête du gouvernement, mais j’ai ajouté que le terrain avait ses réalités.

Ensuite, le gouvernement a été formé et nous n’avons pas été consultés. Nous n’étions pas d’accord. Aujourd’hui, à l’Adema, nous ne sommes pas satisfaits des résultats de ce gouvernement qui tourne en rond et qui peine à trouver des solutions à la crise institutionnelle et à la rébellion dans le nord. C’est dire que nous ne voulons plus de ce gouvernement. Par contre, nous voulons un gouvernement qui reflète les forces vives de la Nation.

Une équipe qui est capable de prendre sur place des initiatives de médiation avec la rébellion. Aujourd’hui, nous ne comprenons pas que des initiatives de médiation soient menées en dehors du Mali. Nous ne comprenons pas également l’attitude de l’Algérie qui veut dialoguer directement avec les rebelles », a critiqué Iba N’Diaye.

Organe budgétivore.

Du côté de la COPAM, on ne veut même pas entendre parler du conseil consultatif. Ce groupement qui s’est fait remarquer pour son soutien au putsch du 22 mars, a rejeté la proposition de Cheick Modibo Diarra. « Quand nous avons rencontré le Premier ministre, nous avons discuté de quatre points à savoir le réarmement de nos troupes, le rapprochement du Mali avec les pays du champ, l’accompagnement en logistique des partenaires et non l’arrivée d’une force d’interposition et la création d’un conseil consultatif pour aider le gouvernement.

Nous étions d’accord avec tous les points sauf le dernier car la création d’un conseil consultatif ne nous satisfait pas. Nous voulons une convention nationale souveraine à l’issue de laquelle sera mis en place un conseil national de transition pour le changement et sera désigné un président de la transition. Ceux qui sont pour cet organe consultatif sont des gens qui veulent que le président de l’Assemblée nationale préside la transition. Tel n’est pas le souhait de notre groupement », a expliqué le Pr. Younouss Hamèye Dicko qui estime que le conseil consultatif serait un organe budgétivore.

Président du parti Yéléma, Moussa Mara, est aussi l’un des leaders de la Convergence pour sauver le Mali qui se dit très favorable à l’idée de la création d’un organe consultatif même si les modalités de son organisation et de son fonctionnement ne sont pas encore précisées. « Nous trouvons excellente l’initiative du Premier ministre. Elle donne l’occasion à tous les acteurs politiques de se parler et de se donner la main afin d’aider le gouvernement à faire face à sa mission.

Certes il y a des nuances dans la conduite de chacun des groupements, mais le mieux c’est d’accompagner vraiment le gouvernement », a analysé Moussa Mara qui n’est pas d’accord avec « ceux qui essayent de mettre le bâton dans les roues du gouvernement en le qualifiant d’incompétent et inexpérimenté ». « Si le gouvernement n’a pas d’expérience, c’est à nous de mettre à sa disposition nos compétences et nos expériences.

Je pense que rien ne sert aujourd’hui de demander le départ de ce gouvernement », a-t-il défendu. Le premier responsable du parti Yéléma va plus loin en demandant aux acteurs politiques de mettre en parenthèse leurs divergences pour sauver le Mali. « Je lance un appel à tous les leaders politiques de mettre de côté leurs ambitions personnelles afin d’aider le gouvernement à récupérer les régions du Nord et à organiser des élections crédibles et transparentes.

C’est une supplique que je leur fais vraiment », a lancé Moussa Mara qui est convaincu qu’avec les propositions des uns et des autres, le conseil consultatif dont il est question peut bel et bien être un bon appui pour l’équipe gouvernementale. Dans ce concert de voix discordantes, quel est l’avenir de l’idée d’un conseil consultatif ?

Mercredi 27 juin 2012, par Madiba Keïta

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