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Le mandat de nos députés élus en 2002 vient bientôt à terme et le 1er juillet prochain, nous élirons une nouvelle chambre. La perspective de ce renouvellement donne la fièvre au pays parce que le poste de député est très convoité à cause des prestiges et du petit pouvoir qu’il confère à l’élu, sans parler des avantages matériels et financiers qu’on peut tirer du fauteuil.

Le simple fait que le député élu est d’emblée qualifié d’honorable est déjà significatif de toute l’importance de cette charge non seulement chez nous, mais également dans toutes les démocraties où le Parlement joue un rôle important dans la vie politique de la nation. Ceci explique la ruée actuelle dans les brancards qu’on observe chez les anciens députés qui n’entendent pas se faire détrôner facilement par des intrus et les nouveaux qui se battent des pieds et des mains pour accéder à Bagadadji, siège de l’hémicycle.

Dans ce combat, où en principe la courtoisie doit être de rigueur, tous les coups sont néanmoins permis et pendant que les uns y vont de leur parti politique, les autres mettent en avant leur charisme personnel et leur indépendance alors que d’autres encore brandissent l’influence de Koulouba, ce qui dans un scrutin comme celui-là n’est pas rien. Autant dire qu’en cette période électorale, le poste valant son pesant d’or parce que renfermant suffisamment à manger et à boire pour quelques saisons, sous peu nous serons envahis par des hordes de charlatans et de maraboutillons appelés de l’intérieur par les candidats à la députation pour les aider à mieux maîtriser leur destin.

Naturellement, ces seigneurs de la géomancie et des chapelets, sentant leur heure venue de s’enrichir, ne se priveront pas de le faire et appauvriront sans état d’âme quelques candidats qui auront bien mérité ce déplumage. Mais au bout du compte, il y aura des élus dont le boulot, traditionnellement, consiste non seulement à tenter de contrôler les activités du gouvernement, mais également à voter des lois et à faire remonter au sommet, au niveau des pouvoirs publics, les problèmes brûlants soulevés dans leur circonscription. Ils n’auront donc pas de remède miracle aux problèmes des populations, mais se contenteront de les recenser et de les faire parvenir à la connaissance de qui de droit.

Malheureusement, le plus souvent, entre ce qui doit se faire et ce qui se fait réellement, le fossé est aussi grand que la distance séparant l’élu domicilié à Bamako et sa circonscription d’origine. On a constaté que beaucoup de députés, une fois élus et arrivés dans la capitale, en oublient jusqu’à leurs électeurs alors considérés comme du bétail électoral et se cantonnent dans leur quartier où ils font plus d’affairisme que de travail parlementaire.
L’enrichissement devient alors leur unique préoccupation et il ne faut plus leur demander de retourner à leur base, Bamako suffisant pour cela. On se souvient que l’une des toutes premières mesures prises par les députés de la IIIe République fut de voter des lois en leur faveur en ce qui concerne le salaire, les indemnités et les conditions de travail.

A boire et à manger

On a écrit à l’époque que les élus se sont copieusement sucrés aux frais de la nation, mais ceux-ci, regardant de haut leurs électeurs, ont fait semblant de ne rien entendre, ni rien voir. Depuis, certains d’entre eux sont tellement regardants sur ces questions matérielles et financières que, pour eux, le travail parlementaire passe au second plan. Des fois, lors des débats parlementaires, lorsque de façon imprudente la caméra se promène sur les gradins de l’hémicycle, les citoyens découvrent, amusés, que ceux-ci sont vides d’au moins du 1/3 des députés et que dans leur grande majorité les élus ont des chats autrement plus intéressants à fouetter que de voter des lois dont certains pensent d’ailleurs qu’elles ne serviront à rien.

De plus, parmi les présents, beaucoup se signalent par leur mutisme dans les débats ; des sources proches de l’AN émettent que durant un mandat de 5 ans, certains passent plus de temps à approuver les autres qu’à intervenir eux-mêmes de façon remarquée. Il semble que dans les travaux en commission, les mêmes soient encore plus muets que des carpes quand ils ne se portent pas absents tout simplement. Des citoyens disent aussi avoir vu des députés dormir tranquillement en pleine séance de l’Assemblée sans que cela dérange outre mesure leurs collègues ; un tel spectacle est tout simplement désolant et doit être combattu énergiquement.

Pour ce qui est de la discrétion, voire de l’abstention de certains dans les débats, cela peut s’expliquer par leur manque de niveau dans la mesure où dans la masse, on rencontre un peu de tout : employés de commerce, enseignants du primaire et du fondamental, infirmiers et même des paysans. La loi n’ayant pas fixé de niveau d’instruction pour être député, on ne peut valablement pas demander à ces gens d’avoir une intelligence sur des positions qu’ils maîtrisent très mal.

Mais vu la qualité de nombreux candidats, qui actuellement battent campagne, la question se pose de savoir si à l’avenir il ne faut pas tenir compte du niveau intellectuel des postulants parce que franchement, d’après ce qu’on vit, beaucoup n’en mènent pas large et, comme thèmes de campagne, se plaisent à sortir des lieux communs d’une banalité telle que le conducteur de pousse-pousse du marché Dibida s’en étonne.

La IIIe République a beaucoup fait pour les députés. Si beaucoup se battent pour être de la campagne, ce n’est pas seulement pour le bien-être des populations, mais également pour le leur propre en raison des avantages liés au mandat. Dans la famille des députés sortants, beaucoup aussi sollicitent un 2e mandat pour pouvoir bénéficier de la retraite parlementaire qui ne vous fait pas vivre comme un pacha certes, mais vous permet tout de même de bouffer du bifteck saignant au moins deux fois par mois.

Yiriba

15 juin 2007.