Partager


La Cour d’assises a condamné mardi l’ex-directeur de la région CMDT (Compagnie malienne du développement des textiles) de Bougouni à la réclusion à perpétuité pour avoir détourné plus de 128 millions de F CFA au préjudice de la Compagnie.

L’affaire ministère public contre l’ex-directeur de la région CMDT de Bougouni, Abou Berthé, pour atteinte aux biens publics a connu mardi matin son épilogue devant la Cour d’assises de Bamako par la condamnation par contumace du délinquant financier à la réclusion à perpétuité et d’une amende de 200 000 F CFA. De plus, il a été condamné au paiement de 5 millions de F CFA au titre de dommages et intérêts et au remboursement de 177 millions de F CFA à son service employeur.

Pour comprendre les faits, il faut remonter à la fin de la campagne 1995-1996 où des irrégularités ont été constatées au niveau des remboursements des crédits agricoles de la région CMDT de Koutiala. Une enquête interne a permis de mettre en cause Abou Berthé qui a fini par reconnaître sa responsabilité. Des pièces du dossier, il apparaît que courant septembre 1993, M. Berthé, alors directeur de la région CMDT de Bougouni, a accusé un déficit de 100 millions de F CFA.

Quelques mois plus tard, il a été nommé comme directeur régional à Koutiala. Naturellement, la question de passation de service s’est posée. Pour cela deux options s’opposaient : il fallait soit rembourser le montant intégral du déficit, soit produire des pièces justificatives correspondant au manquant de sa gestion. Abou Berthé a opté pour la deuxième alternative.

Contre toute attente, pour les besoins de sa passation de services, Abou a opté pour la production dans sa comptabilité des pièces justificatives fictives. Comme si cela ne suffisait pas, au niveau de Koutiala, Abou Berthé a frauduleusement retiré de la BNDA, 177 millions de F CFA qui ont servi à éponger le déficit laissé à Bougouni.

En faisant l’économie des faits, l’on retiendra qu’il était aidé en cela par un certain Marc Dembélé et Moustaph Kéita qui, par leurs agissements, ont permis à Abou Berthé de masquer son déficit et retarder sa découverte. En tenant compte des justifications de ces deux complices, le manquant de la caisse de M. Berthé était arrêté à 128 969 520 F CFA.

Seule la comparution de l’auteur du crime d’atteinte aux biens publics et de ceux qui l’ont aidé dans la perpétration du forfait aurait davantage éclairé la lanterne de la Cour sur cette affaire qui avait été déjà jugée par la session d’assises de 2000 mais dont l’arrêt a été cassé par la Cour suprême. Nonobstant, les débats ont momentanément achoppé sur le maintien ou le renvoi du dossier entre les avocats de la défense et ceux de la partie civile.

Pour la défense, assurée par Me Abdoul Karim Koné, Abou Berthé n’a pas comparu pour la simple raison qu’il souffre d’une maladie mentale et qu’au bénéfice de cette observation, il ne peut être jugé. « Mon client est sous contrôle médical. Ce n’est pas une question de comparution, mais les pièces versées au dossier par un homme de l’art attestent que M. Berthé souffre d’une maladie mentale. C’est ce document qui doit faire foi » , a-t-il plaidé pour solliciter le renvoi.

Par contre la partie civile s’est catégoriquement opposée à cette demande formulée par son confrère. « Nous nous opposons au renvoi. Ce qui me surprend, c’est que ce dossier traîne depuis 10 ans et nous n’arrivons pas à mettre la main sur Abou Berthé. Comment peut-on soutenir qu’Abou ne jouit pas de ses facultés. Ce n’est pas la première fois qu’on nous tienne de telles allégations. Sinon pas plus tard que deux jours Abou Berthé a été aperçu à un enterrement à Badalabougou » a contre-attaqué Me Seydou Ibrahim Maïga.

Même son de cloche du côté de Adama Fomba, représentant le parquet général. D’ailleurs, il a opté pour le maintien de l’accusé dans les liens de la culpabilité.

N’ayant pas opté pour le renvoi, la Cour présidée par son 1er président, Abdoulaye Issoufi Touré a reconnu Abou Berthé coupable de prévention d’atteinte aux biens publics en le condamnant à la réclusion à perpétuité assortie de peines pécuniaires.


Mohamed Daou

Deux autres contumaces

Baba Diakité et Bakary Traoré qui étaient appelés à comparaître hier devant le prétoire ont fait faux-bond. Il est reproché au premier le détournement de plus de 5 millions de F CFA au détriment de son service employeur : le CAC de Yanfolila. En sa qualité d’agent de crédit et de recouvrement, il s’est abstenu en 1984 de verser intégralement dans les caisses du CAC les sommes qu’il percevait.

Quant au second, il est accusé du détournement de 1 228 135 F CFA. Mais il s’est évadé de la prison avec la complicité d’un garde du nom de Christophe Diarra. Les absents ayant toujours tort, ils ont été condamnés par contumace à 5 ans de prison.

M. D.

04 juillet 2007.