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Après deux jours de pause, week-end oblige, les travaux de la première session ordinaire de la Cour d’Assises ont repris, le lundi 14 juin, sous la présidence de El Hadji Amadou Ba, assisté de Aliou Badra Nanacassé et Sidi Kéïta. Le banc du Ministère public était occupé par Alfusséni Diop, Substitut général à la Cour d’Appel de Bamako. Parmi les affaires jugées figurait un cas d’assassinat.

A la barre pour se défendre contre des faits qui lui sont reprochés portant sur l’assassinat de Seydou Traoré, début juin 2007, l’accusé Moussa Traoré, né vers 1970 à Zamblala, dans le cercle de Bougouni, cultivateur de son état, a reconnu les faits tout en soutenant qu’il n’a pas voulu donner la mort à son ex-patron.

Dans cette affaire, il ressort que Moussa Traoré, après avoir passé trois ans au service de Seydou Traoré en qualité de berger dans le village de Kouala (cercle de Bougouni) a envisagé d’épouser une fille dudit village du nom de Ténin Kèmènani. Afin de faire face aux besoins de l’élue de son cœur, notamment les frais de fiançailles, il était allé demander à son employeur une partie de son salaire.

Moussa Traoré, après plusieurs tours, n’était pas parvenu à entrer en possession de la somme qu’il avait demandée à son patron. Ainsi, il mûrit une mauvaise idée, qui l’amena, dans un premier temps à voler deux béliers de son employeur, qu’il est venu vendre à Bamako.

Dans un second temps, il décida de régler ses comptes avec Seydou Traoré son employeur, en lui infligeant une belle correction.

Entre temps, lorsque Seydou Traoré constata la disparition de deux béliers et surtout l’absence de celui qui est chargé de les surveiller, il comprit la situation et ameuta tout le village, notamment les chasseurs pour rechercher son voleur.

Au retour de Moussa Traoré, celui-ci fut informé par un inconnu de la fureur de son patron, qui voulait le ligoter et le livrer aux chasseurs, qui assuraient la police dans la zone. Il décida, alors, de prendre la fuite aux fins de s’échapper à Seydou Traoré et à ses complices.

Mais, Moussa Traoré dans sa cachette, s’était rendu compte qu’une de ses connaissances disposait d’un fusil.

Ainsi, il fit un tour chez Karim Thioro et s’empara du fusil de ce dernier en son absence. Pendant que Seydou Traoré faisait le guet avec d’autres personnes, des chasseurs en l’occurrence, Moussa Traoré, muni du fusil de Karim Thioro, surgit et déchargea le contenu de cette arme sur son logeur et patron.

Mortellement atteint, Seydou Traoré n’a eu que le temps de pousser son dernier soupire.

Moussa Traoré, à la barre, a soutenu qu’il voulait seulement intimider son patron afin qu’il abandonne son entreprise contre lui. Il a aussi confié que Karim Thioro n’était pas présent au moment où lui, il était allé s’emparer de son fusil.

Quant à Karim Thioro, convoqué par la Cour pour témoigner dans ce dossier, il a soutenu : « Tout d’abord, monsieur le Président je tiens à présenter mes condoléances à la famille du disparu, que la terre lui soit légère et que le Tout-Puissant l’accueille dans son paradis. Pour cette affaire, tout ce que je peux dire, c’est que le fusil en question est un héritage paternel. Il appartenait à notre vieux qui n’est plus. Le jour où Moussa Traoré était venu prendre le fusil, je n’étais pas à la maison. Par ailleurs, nous, nous avons un problème. Dans nos villages rares sont les maisons qui ont des portes garanties.

Certaines des maisons ou plutôt des cases sont closes avec des nattes. Sur un autre plan, de la façon dont j’avais caché ce fusil, je ne pouvais pas imaginer que quelqu’un pouvait le repérer dans ma chambre. En deuxième lieu, Moussa Traoré a dû analyser mes déplacements avant d’aller enlever ce fusil. Quand je suis revenu à la maison, je n’avais pas constaté l’absence de mon fusil, pourquoi, parce que je n’avais pas pensé que quelqu’un pouvait l’enlever de chez moi sans mon apport et mon accord. Vraiment, je regrette l’acte commis dont je n’ai plus les moyens de réparer « .

Le Parquet Général, à travers Alfusséni Diop et non Alfousseyni, Substitut général à la Cour d’Appel de Bamako, dans son réquisitoire, a déclaré que Moussa Traoré a agi avec préméditation.

Il a soutenu que l’accusé avait mûri son plan avant de l’exécuter sans arrière-pensée. Le représentant du ministère public a demandé à la Cour de retenir Moussa Traoré dans les liens de l’accusation et le condamner à la peine capitale.

La défense de Moussa Traoré qui s’est battue, corps et âme, n’a pu rien faire. Quant à la Cour, après avoir statué sur la culpabilité, a déclaré que Moussa Traoré est coupable des faits qui lui sont reprochés, faits prévus et punis par les articles 199 et 200 du Code Pénal et qui peuvent donner lieu à l’application de peines criminelles.

Ainsi, après délibération, la Cour, sous la conduite de El Hadji Amadou Ba, a condamné Moussa Traoré à la peine de mort. Avec cette peine, Moussa Traoré s’est automatiquement rendu compte que l’acte qu’il a commis était réellement grave, puisque après la prononciation de la peine capitale contre lui, il n’a pu se tenir longtemps sur ses pieds.

Zhao Ahmed BAMBA

16 Juin 2010