Partager

Inculpé pour mauvaise gestion et atteintes aux biens publics depuis 2004, l’ancien PDG de la CMDT, Mahamar Oumar Maïga, par ailleurs, ex- ministre des Finances et de l’Economie, ancien PCA de la BIAO, devenue BIM- SA et ancien haut cadre de la Banque Africaine de Développement (BAD) comparaîtra à la première session 2008 de la Cour d’Assises, le mercredi 19 mars.

On lui reproche des passations de marchés douteuses, le surendettement injustifié de la CMDT, un déficit de 35 milliards de FCFA, découlant de la mauvaise opération qui a consisté pour Mahamar Oumar Maïga à vendre entre, les 10 et 30 octobre 2003, en France, les 256 000 tonnes de fibres attendues par la CMDT au prix moyen de 800 FCFA alors que le Burkina Faso voisin, mieux avisé, a cédé, à la même période, sa fibre à 1030 FCFA.

On lui reproche également d’avoir acheté une importante quantité de coton avec les paysans ivoiriens à un bas prix au détriment de ceux du Mali. Cependant, Mahamar Oumar Maïga continue de nier les faits. La balle est donc dans le camp des juges qui devraient élucider cette sombre affaire qui porté d’énormes préjudices à la fois aux paysans et au pays.

Les ennuis de l’ancien PDG de la CMDT, Mahamar Oumar Maïga ont commencé en juin 2004, précisément le lundi 15 de la même année, au sortir de la deuxième édition de la journée du paysan, à Mopti. Ce jour-là, le président de la République, Amadou Toumani Touré, a littéralement fustigé le comportement des cadres qui ne remplissent pas la «lettre de mission», qui leur a été confiée et tiré à boulets rouges sur la direction de la CMDT : «J’ai vu de mes propres yeux du coton non encore enlevé, battu par la pluie, des usines arrêtées, faute de pièces de rechange, des paysans non payés pour du coton qu’ils ont livré. C’est inadmissible pour des cadres qui sont assis dans des bureaux plus spacieux que celui du président de la République et qui disposent d’une dizaine de 4×4».

Le chef de l’Etat a conclu ses réprimandes en disant qu’il va tirer toutes les conséquences d’une situation aussi désastreuse. Ce n’était pas le premier coup de semonce qu’il tirait en direction du PDG de la CMDT. Trois mois auparavant, il avait déclaré à Kalana, lors d’une de ses nombreuses tournées, en réponse aux inquiétudes exprimées par le maire de cette cité minière que : «ceux qui démontrent leur incapacité à gérer convenablement le coton malien seront purement et simplement relevés au profit d’autres plus compétents».

Il faisait allusion aux retards constatés dans l’enlèvement du coton dans plusieurs villages et le non paiement de leur dû aux producteurs. Chose d’autant moins compréhensible que la BDM – SA a pu lever sur le marché financier international plus de 165 milliards de FCFA pour financer la campagne en cours.

Depuis, Mahamar Oumar Maïga était donc mis sous les fourches caudines et le 23 juillet 2004, il était contraint de céder la main à son successeur, Ousmane Amion Guindo. Celui-ci héritera d’une situation chaotique avec un déficit de 35 milliards de FCFA en 2004. Cette situation s’explique par la mauvaise opération qui a consisté pour l’ancien PDG à brader en France, les 256 000 tonnes de fibres attendues par la CMDT. S’y ajoute le niveau d’endettement de la CMDT, jugé excessif et injustifié.

Les avis d’appel étaient, dit-on, enlevés le plus souvent par les plus disants préférés alors au moins disant. Cette politique a même été décriée, à l’époque, par les bailleurs de fonds, notamment la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International. Idem pour les syndicats (SYFILCO, SYCOV, SYVAC, SYPAMOU et le SPCK) qui avaient provoqué une levée de boucliers contre «la gestion peu orthodoxe de Mahamar Oumar Maïga, notamment la manière douteuse des passations de marchés et les prix exorbitants des moyens de production».

Voilà, grosso modo, les griefs sur lesquels, l’ancien PDG de la CMDT devra s’expliquer, le mercredi 19 mars, devant les assises.

Cependant, il nous est revenu que tout au long de l’instruction, l’ancien ministre des Finances de Alpha Oumar Konaré a rejeté en bloc toutes les accusations. Il revient donc aux juges de tirer au clair cette scabreuse affaire qui a fait couler beaucoup d’encre, en son temps, avec l’implication personnelle du chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré.

Chahana TAKIOU

13 Mars 2008.