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La troisième session ordinaire de la cour d’Assises siègeant à Bamako du 1er au 21 novembre se poursuit. Trois affaires incrites au rôle de la journée du mercredi dernier ont connu leur épilogue. Ainsi, M. Sitapha Diarra dit vieux, accusé de meurtre et coups mortels fut condamné à cinq ans de prison ferme. M. Abdoulaye Macalou, accusé d’atteinte aux biens publics est condamné à huit ans de prison ferme, 250.000 F d’amendes, 36.279.689 F à titre de remboursement et 100 000 F à titre de dommages et intérêts. La troisième affaire jugée hier fut celle de Gniné Traoré, dite Nialé accusé d’empoisonnement. Elle a été condamnée à cinq ans de prison ferme.

L’audience était présidée par Abdoulaye Issoufi Touré, assisté par Mama Diarra et Mahamadou Berté ; tandis que le banc du ministère public était occupé par Amadou Ousmane Touré, procureur général près de la cour d’Appel de Bamako.


QU’EST-CE QU’ON REPROCHE A L’EX-DIRECTEUR DU CENTRE D’APPAREILLAGE ORTHOPEDIQUE?

Les faits d’atteinte aux biens publics que l’on reproche à M. Abdoulaye Macalou, ex-directeur général du Centre National d’Appareillage Orthopédique du Mali (CNAOM) remontent aux années 1990 jusqu’en 2003.

En effet, M. Macalou, né le 10 octobre 1967 à Bamako est un administrateur des affaires sociales. C’est à ce titre qu’il fut par décision en date du 09 juin 1988 du ministère de la Santé, des Personnes Agées et de la Solidarité affecté à la direction générale de l’action sociale pour servir au Centre National d’Appareillage Orthopédique (CNAOM).

Au regard de ses qualifications professionnelles et en vertu de cette décision, il devait être amené à exercer les fonctions de directeur général dudit centre jusqu’en 2003, année à laquelle il fut relevé suite à des dénonciations dans sa gestion par le comité syndical de l’établissement et des autorités de tutelle.

Mais avant qu’il soit relévé, une mission de l’inspection des affaires sociales au sein du CNAOM avait permis de décéler des irrégularités ayant occasionné la dissipation frauduleuse d’importantes sommes dudit établissement public.

C’est sur la base de ce rapport et d’autres faits que la contentieux de l’Etat a porté plainte le 16 juin 2004 contre M. Abdoulaye Macalou pour atteinte aux biens publics dont le préjudice total est évalué à 59.083.463 francs CFA environ.

En 2002, Abdoulaye Macalou avait cumulé des bons personnels de plus de huit millions.

En mars 2003, Abdoulaye Macalou a demandé et obtenu de la Direction Administrative et Financière (DAF) du ministère du Développement Social l’achat de 12 motocycles pour servir d’intrants à la production et au développement de la recherche en appareillage.

Les 12 engins à deux roues soit 10 mobylettes CAMICO et 2 mobylettes Yamaha 80 ont été réceptionnés par Abdoulaye Macalou le 14 mars 2003 pour 8.600.000 FCFA. Ces engins destinés à être transformés en tricycles pour handicapés physiques ont été aussitôt revendus par M. Macalou à un commerçant de la place pour un montant de 9.020.000 FCFA.

L’ex-DG du CNAOM avait également réceptionné et vendu 15 mobylettes Honda dame d’une valeur de 18.000.000 FCFA. Et la liste n’est pas exhaustive. Au total, les malversations de l’ex-DG du Centre National d’Appareillage Orthopédique M. Abdoulaye Macalou ont coûté à l’Etat plus de 59 millions de francs FCA.

A la barre, l’acte d’accusation d’atteinte aux biens publics retenu contre M. Macalou n’a pas été démenti, malgré la plaidoirie de la défense. C’est pourquoi il fut condamné à 8 ans de prison ferme, 250.000 F d’amendes, 36.279.689 F à titre de remboursement et 100.000 F à titre de dommages et intérêts.


5 ANS DE PRISON FERME POUR GNINE TRAORE DITE NIALE

En présence de M. Souleymane Coulibaly, avocat général près la cour d’Appel de Bamako et avec l’assistance de Me Konaté Mariam Kanté greffier à la cour, Gniné Traoré dite Nialé, né à M’Piébougou, commune de Kati est inculpée pour empoisonnement. Comment?

Dans la nuit du 08 au 09 avril 2005, Gniné, alors élève chez son oncle Moussa G. Traoré à Faladié Kati a projeté de se débarrasser de son enfant qu’elle a eu le 29 septembre 2004 quand elle fréquentait la 8e année.

Malgré que le père de son enfant, un tailleur ait reconnu sa paternité, Gniné, la fille-mère empoisona son enfant de 7 mois pour des raisons personnelles. Cette nuit du 08 au 09 avril 2005, elle s’enferma dans sa chambre après avoir fini ses travaux de ménage pour faire boire à son enfant de la soude caustique qu’elle avait pris soin d’acheter au marché auparavant.

Aussitôt après l’administration du dangereux produit, le bébé s’est mis à crier sans cesse au point qu’il attira l’attention de toute la famille sur lui. Interpellée par son oncle Moussa sur ces cris, Gniné, la mère du bébé répond qu’il souffrait de maux de ventre et qu’elle vient de lui administrer des médicaments afin de le soulager.

Puisque le bébé n’arrêta pas de crier durant toute la nuit, la fille-mère criminelle finit par craquer en avouant son forfait. Bien que le bébé fut admis d’urgence au centre de santé de référence de Faladié-Kati la même nuit, il rendit l’âme dès le lendemain;

Interpellée, Gniné a reconnu les faits aussi bien devant le juge d’instruction qu’à l’enquête préliminaire. Statuant déjà en chambre du conseil en août 2006, la cour d’Appel, vu les articles 199 alinéa 5 du code pénal et 213 du code de procédure pénale, a déclaré suffisamment établie contre Gniné Traoré dite Nialé la préméditation de crime d’empoisonnement. D’où sa condamnation le mercredi dernier à 5 ans de prison ferme.


SITAPHA DIARRA DIT VIEUX ECOPE DE 5 ANS DE PRISON FERME

Retenu dans les liens de l’accusation pour meurtre, M. Sitapha Diarra est né vers 1980 à Faladié dans la commune rurale de Néguela, cercle de Kati. Dans la nuit du 25 décembre 2005, cinq jeunes gens : Sitapha Diarra, Daouda Traoré, Yacouba Coulibaly, Dienfa Traoré, Boubacar Traoré et Kassim Traoré décident d’aller assister à un concert à Faladié.

Après une belle soirée, sur le chemin du retour, Sitapha leur proposa une “tournée” à ses frais au bar de Matenin. L’idée fut bien accueillie par les cinq autres compagnons et ils se sont rendus au lieu indiqué pour y boire de l’alcool à volonté.

Au moment de payer l’addition, Sitapha fait volte-face et demanda, à chacun de payer ce qu’il a consommé. II fut pris à partie par ses compagnons qui n’entendaient pas de cette oreille. Une bagarre généralisée s’engage entre Sitapha et ses cinq compagnons. Elle tourna au drame car, Sitapha s’est saisi d’un couteau et administra des coups à Kassim Traoré.

Dans sa fureur, il chercha une autre cible à poignarder ; trop tard, tous les autres avaient pris la tangente. L’un d’entre eux, en l’occurrence M. Dienfa Traoré, très marqué par la scène horrible, alla informa M. Seba Traoré, le père de Kassim qui est venu trouver son fils pâtogeant dans le sang. Suite à ses blessures, Kassim rendit l’âme sur la table de soins au centre de santé. Interpellé sur le fait, Sitapha Diara dit vieux a reconnu avoir donné des coups de couteaux à Kassim, lesquels lui ont été fatals.

A la barre, il a cherché à se justifier par son état d’ébriété au moment des faits, pensant que cela pourrait lui valoir des circonstances atténuantes ; mais les renseignements recueillis ne lui ont pas été favorables, la Cour lui infligea une peine de 5 ans de reclusion criminelle.

Daba Balla KÉÏTA

03 novembre 2006.