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Accusés d’association de malfaiteurs, vols qualifiés, coups et blessures volontaires et détention illégale d’armes à feu et complicité de vol à mains armées, Drissa Sidibé et Aboubacar Famanta ont été condamnés à dix ans de réclusion criminelle. Tandis que leurs complices Mohamed Traoré dit BF et Adama Berthé, n’ayant pas comparu, ont été jugés par contumace et condamnés à la peine capitale. C’était lors de l’audience d’hier de la Cour d’assises de Bamako, présidée par Mahamadou Berthé avec, sur le banc du ministère public, Christian Diassana, substitut du Procureur général.

De l’information, il résulte les faits suivants : courant les mois de septembre et octobre 2004, les populations de la commune de Yanfolila et des communes avoisinantes étaient tourmentées par une recrudescence de criminalité illustrée par une succession de vols de nuit, par bande, à main armée, avec embuscades et, bien souvent, avec agression physique, sur les axes routiers ainsi que des cambriolages dans certains bourgs de la localité. Dans ce climat de panique, de psychose généralisée, ont été appréhendés, le 18 Octobre 2004, à Foukatiè, les nommés Drissa Sidibé et Aboubacar Famanta après qu’ils eurent perpétrés dans ledit village un vol avec effraction.

Au moment de leur arrestation, les susnommés, avaient été trouvés en possession d’une moto YAMAHA Dame 80, deux pistolets de fabrication artisanale, trois cartouches, des pièces administratives afférentes à diverses autres motos établies au nom de tierces personnes, des vignettes ainsi que des numéraires en franc CFA et en franc guinéen.

Les investigations menées tant par les premiers enquêteurs que par le magistrat-instructeur ont permis d’établir à leur charge de nombreux faits par eux perpétrés ainsi qu’il suit : Le 14 septembre 2004, aux environs de 21 heures, alors qu’il revenait de Solona pour Siékorolé, le sieur Issa Sidibé, Secrétaire général de la commune rurale de Séré, Moussa Ani Samou, fut intercepté à mi-chemin par deux individus, en armes, se faisant passer pour des agents de douane.

A défaut de leur présenter à leur demande interpellative, les pièces afférentes à sa moto CG‑125, ceux‑ci l’obligèrent à descendre de la moto que l’un d’entre eux avait saisie aussitôt, tandis que le second le dépossédait, sans ménagement, de son fusil de chasse ainsi que du sac contenant ses effets personnels et des registres d’actes d’état civil imprimés au nom de la commune.

Après avoir ainsi dépouillé Issa Sidibé de tout, les faux agents publics l’entraînèrent dans la broussaille où ils le lièrent, pieds et mains, à un arbre, pour l’empêcher certainement d’ameuter leurs prochaines proies espérées.

Pendant qu’ils tenaient Issa à leur merci, arriva un autre motocycliste à qui ils tendirent l’embuscade sous les yeux apeurés de celui‑ci. Mais cette dernière victime, identifiée plus tard en la personne de Tidiane Bah, réussit à se sauver, abandonnant entre leurs mains sa moto Honda‑CG de fabrication chinoise, son chargement de pièces détachées, un carton de bouteilles d’acide, une pompe à pédale, des clés de dépannage, d’une valeur totale estimée à 11 000 FCFA.

A noter que dans sa fuite, Tidiane Bah a essuyé un tir qui le rata heureusement. C’est alors que les assaillants emportèrent les deux motos ainsi que les autres butins en direction de Yanfolila, mais durent abandonner, en cours de route la CG 125 de Issa Sidibé, par suite de panne sèche. Elle sera retrouvée plus tard par les villageois de Solona et rendue à son propriétaire.

Le 13 octobre 2004, le sieur Moussa Traoré, en rentrant de la foire de Sido (cercle de Bougouni) fut l’objet d’agression par arme blanche (coupe-coupe) par deux individus qui, après lui avoir asséné deux‑ coups sur la tête, le blessant grièvement, lui ont soutiré la somme de trois cent douze mille cinq cent (312 500) francs CFA. Avant de s’emparer de sa moto Yamaha Mate 80 avec ses pièces administratives de référence et de son fusil chasse.


Coupeurs de route

Dans des circonstances similaires, le 16 octobre 2004, vers 20 heures, le sieur Morodjan Sangaré alors qu’il chevauchait une Yamaha 100 tomba dans l’embuscade de ces mêmes coupeurs de route qui, armés de pistolets traditionnels, le capturèrent, puis le molestèrent sérieusement avant de lui retirer sa radiocassette, une trentaine de cassettes, la somme 235 000 francs CFA et les pièces administratives afférentes à ses motos Yamaha 100 et Camico.

Le 18 octobre 2004, dans la première moitié de nuit, de retour de la foire hebdomadaire de Kalana, Ousmane Diakité de Niantanina (République de Guinée) sur sa moto et transportant son neveu Facko Sidibé fut violemment bousculé au sortir d’un tournant, à environ 400 mètres des dernières habitations du village de Djaféréla, par deux individus armés de pistolets. Tous deux projetés à terre, les quidams se jetèrent sur eux de part et d’autre leur imposant des combats au corps-à-corps.

Le jeune Facko parvint à se défaire de l’étreinte de son adversaire pour se sauver pendant que Ousmane Diakité, aux prises avec le sien, sera maîtrisé avec I’aide du second retourné à la rescousse de son camarade. Il fut alors blessé à coups de couteau à différents endroits du corps, puis ligoté et jeté dans la broussaille non sans avoir été délesté de ses recettes réalisées à la foire et estimées à 250 000 francs CFA. C’est après que leurs agresseurs tentèrent d’emporter la moto qui n’a pu démarrer. Ils l’abandonnèrent après avoir pris soin de briser ses phare, feu rouge et clignotants, de façon à s’assurer qu’elle ne servira guère éventuellement à leur traque.

Dans la même nuit, aux environs de deux heures du matin, la boutique de Seydou Sidibé, commerçant à Foukatiè (cerclé de Yanfolila) fut l’objet d’un cambriolage. Les auteurs eurent le temps de s’approprier 12 400 francs CFA, 19 500 francs guinéens et un volant magnétique neuf pour moto Honda «CG 125».

Pendant qu’ils étaient encore en pleine opération de soustraction frauduleuse dans la boutique, arriva le sieur Amadou Kéïta dit Ladji Kabako en provenance de Kabaya pour Yanfolila. Ne se doutant de rien, celui‑ci s’arrêta devant la boutique pour jauger ses réserves et approvisionner sa moto en carburant. Mais avant qu’il ne s’aperçoive de ce qui se passait en ces lieux, les deux cambrioleurs pour qui il passait désormais pour un témoin très gênant le prirent pour cible. Pris en sandwhich par les deux malfrats, il était réduit à se battre pour la survie.

Ce qui donna alors lieu à une véritable empoignade au corps à corps au cours de laquelle l’un de ses agresseurs parvint à lui arracher son fusil de chasse. C’est après que Aboubacar Famanta s’acharna à asséner à sa victime des coups de crosse à la tête, aux épaules et au dos, le blessant à ces différents endroits du corps. Aussi, en raison de l’extrême violence avec laquelle les coups étaient portés, la crosse du fusil devait‑elle finir par se briser. A la barre, tous ont reconnu, sans ambages, l’ensemble des faits rapportés tout en soutenant que les activités criminelles pour lesquelles ils sont poursuivis leur ont été inspirées, instruites et financées par un certain Mohamed Traoré dit BF.

Le ministère public, dans son réquisitoire, a démontré qu’il résulte suffisamment de charges contre Drissa Sidibé et Aboubacar Famanta qui ont formé un groupe dans le but de préparer et de commettre des attentats contre les personnes ou les propriétés de façon à troubler la paix publique. De là à demander à la Cour de les retenir dans les liens de l’accusation et de les juger conformément à la loi, il n’y avait qu’un pas que Christian Diassana a franchi allègrement.

La défense, assurée par Me Oumar Aboubacar Sididé et Me Fousseyni Djiré, a reconnu les faits tout en demandant clémence à la Cour pour un large bénéfice des circonstances atténuantes.

La Cour, dans le secret de ses délibérations, a infligé la peine de dix ans de réclusion criminelle à Drissa Sidibé et Aboubacar Famanta. Tandis que leurs complices, Mohamed Traoré dit BF et Adama Berthé, n’ayant pas comparu, ont été jugés par contumace et condamnés à la peine capitale.

Bandiougou DIABATE

04 Mars 2008.