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La Cour d’assises a condamné vendredi Abdoulaye Sidibé à 5 ans de réclusion pour avoir soulagé Mamadou Diawara alias Médy, opérateur économique de la diaspora malienne, de plus de 200 millions de F CFA. Ses co-accusés, Oumar Abdou Touré et Aly Cissé qui n’étaient pas présents au procès, ont été condamnés chacun à 10 ans de réclusion par contumace.

Inculpés d’association de malfaiteurs et d’escroquerie, Abdoulaye Sidibé et Boubacar Traoré étaient devant la Cour d’assises de Bamako le vendredi 14 décembre. L’audience était présidée par Modibo Coulibaly, assisté de Mohamed Chérif Koné et Amadou Hamadoun Cissé. La Cour a, pendant plusieurs heures, interrogé les deux accusés.

En effet, courant 1999, Mamadou Diawara alias Médy, opérateur économique de la diaspora malienne, fait la connaissance de Boubacar Traoré dit Boss, un jeune du quartier de Faladié qui le fréquentait. Ce dernier présente à Médy, Oumar Abdou Touré dit Kolo comme détenteur du pouvoir magique lui permettant de multiplier à souhait les billets de banque et ce en présence d’un certain Ousmane Diakité.

Pour l’en persuader, les interlocuteurs de Médy obtiennent de lui la mise à la disposition d’Oumar Abdou Touré de quelques billets de 100 dollars à faire fructifier. Aussitôt, Oumar Abdou Touré s’enferme dans une chambre pour, assure-t-il, entrer en communion avec les diables censés être ses partenaires pour le succès de l’entreprise.

Pendant que les autres attendent dans la Cour la réalisation du miracle annoncé, un cri de détresse retenti soudain de la chambre. Les compagnons de Médy ouvrent vite la chambre où ils trouvent Oumar Abdou Touré dans un état de transe virulente.

C’est alors que Boubacar Traoré et Ousmane Diakité déclarent à Médy que celui-ci serait victime du courroux des diables pour quelques raisons qui restent à élucider et que ces derniers ne lui épargneraient la vie que s’il est confié aux soins d’un marabout qualifié. Ils l’ont transporté chez Abdoulaye Sidibé, le marabout.

Là, Boubacar Traoré annonce à Médy qu’aux dires du marabout, en réalité c’est lui Médy et non Oumar Abdou Touré qui se trouve dans le collimateur des diables. Il dit à Médy que pour apaiser la colère des diables, il faut obligatoirement sa présence personnelle pour la notification des sacrifices révélés nécessaires à cet effet.

Conduit chez le marabout, Boubacar Traoré dit à Médy qu’il vient d’être choisi par les diables pour un incommensurable bonheur en lui exhibant un papier sur lequel sont gravées des écritures arabes dans une figure en la forme d’une main sur laquelle il invite Médy à transposer sa propre main. Selon Boubacar Traoré, ce geste scelle désormais un pacte de partenariat entre Médy et les diables et le confine à une discrétion à toute épreuve sur les manifestations conventionnelles subséquences.

Par la suite, il lui rapporte “l’assentiment des diables” à épargner la vie d’Oumar Abdou Touré à condition que Médy paye, aux fins de sacrifices, un gros bélier qui soit blanc avec des signes bien particuliers. En recevant la somme de 85 000 F CFA pour l’achat de ce premier animal, Abdoulaye Sidibé doit mettre en garde celui-ci de marquer toute sa disponibilité pour amener à terme l’opération ainsi commencée s’il n’entend pas avoir de fâcheux problème avec les diables, ses partenaires contractuels engagés, en revanche ils lui procurent tout le bonheur de la vie.

Par suite de mise en scène après mise en scène, il lui demande de s’acquitter des frais de tels et tels sacrifices ou de telles et telles exigences, censés émaner de la seule volonté des diables. Après avoir déboursé plus de 70 millions sans enregistrer un quelconque effet positif significatif sur sa condition de vie personnelle, Médy devient sceptique et tout en déclarant renoncer volontiers à la fortune promise, il sollicite d’Abdoulaye Sidibé la restitution des sommes déjà investies dans l’opération.

Pour subjuguer cette velléité de révolte en Médy, Abdoulaye, Boubacar et Oumar Abdou l’amène une nuit au bord d’un marigot en brousse, sur la route de Koulikoro, pour un simulacre de dialogue direct entre lui et les diables qui, en cette circonstance, doivent rappeler avec insistance la nécessité pour lui de poursuivre son allégeance par l’entremise d’Abdoulaye Sidibé.

Ils tentent de le convaincre que le bout du tunnel est, aux dires des diables, pour bientôt surtout si Médy accepte de célébrer un mariage avec une diablesse dont les frais s’élèvent à environ 7 millions. Lorsque Médy se décide à nouveau de tout rompre en demandant à Abdoulaye de lui restituer son argent, ce dernier lui exhibe une lettre par laquelle les sept “patriarches de la communauté des diables” devant donner l’avis définitif pour le dénouement, l’invitent à une rencontre dans un pays côtier à un grand océan en présence de lui.

Ce qui a valu un déplacement le 20 juin 2002 et un séjour de Médy et Abdoulaye à Johannesburg, en Afrique du Sud, aux frais de Médy. Plus tard, toujours à la demande des diables, les deux personnes, accompagnées cette fois-ci d’Oumar Abdou Touré, effectuent un autre voyage en Europe pour y aller parachever le travail.

Après moult autres exigences, Abdoulaye Sidibé finit par avouer ses limites en laissant entendre à Médy que les diables lui instruisent de passer dorénavant par le grand marabout de Djenné pour pouvoir conclure l’entreprise. Il lui présente Aly Cissé, le grand marabout de Djenné. Après avoir déboursé de multiples autres sommes faramineuses à la sollicitation constante de ce dernier et, se sentant arnaqué et complètement désabusé pour un préjudice qu’il évalue globalement à près de 270 millions de F CFA, Médy prend la décision, non seulement de tout arrêter, mais aussi de se faire rembourser toutes les sommes à lui soutirées par chacun des membres de la bande qu’il entend dénoncer, au besoin, à l’autorité judiciaire.

Alors, ne doutant pas de la détermination de leur victime d’aller jusqu’au bout, Aly Cissé et Abdoulaye Sidibé, sommés par celui-ci de s’exécuter, conviennent de lui tendre un ultime piège. Ce piège consiste à se déclarer favorable à sa demande de restitution de son argent. Il lui fixe un rendez-vous au moment crépusculaire sur un terrain vague de Baco-Djicoroni ACI pour amener sur les lieux un colis de faux billets.

L’autorité judicaire, saisie par Médy, procède à l’interpellation des quatre personnes. Ils nient tous les faits à eux reprochés tant à l’enquête préliminaire qu’à l’information, excepté Boubacar Traoré qui tout en reconnaissant son implication, s’est attaché à minimiser sa responsabilité personnelle en prétendant n’avoir été qu’un intermédiaire passif et désintéressé entre le plaignant Médy, à qui il se trouve être lié en amitié et ses co-inculpés.

Tous quatre ont été inculpés d’escroquerie et écroués avant d’être mis en liberté sous caution de 30 millions de F CFA chacun. Aux termes des investigations, le juge d’instruction a vidé sa saisine par une ordonnance de non-lieu à suivre contre tous les inculpés des chefs poursuivis rendue le 26 octobre 2006, décidant subséquemment par la même de la restitution des cautions versées à l’occasion de leur mise en liberté.

Devant la Cour vendredi, Médy a dit qu’il a dépensé 300 millions dans cette aventure. Son avocat, Me Tiécoura Samaké, a demandé à la Cour de mettre les accusés hors d’état de nuire, car, a-t-il continué, en les laissant ils peuvent commettre d’autres crimes.

Après délibération, la Cour a reconnu Abdoulaye Sidibé coupable. Elle a acquitté Boubacar Traoré. Bôh Cissé, l’avocat de la défense, a demandé à la Cour d’infliger une peine minimum à Abdoulaye Sidibé lui permettant de retourner à la maison. La Cour a condamné Abdoulaye Sidibé à 5 ans de réclusion.

Oumar Abdou Touré et Aly Cissé qui n’étaient présents au procès, ont été condamnés chacun à 10 ans de réclusion par contumace. La Cour les a également condamnés à payer 50 millions de F CFA au titre principal et 10 millions au titre des dommages et intérêts.

Sidiki Doumbia

Les Echos du 17 Décembre 2012