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Dans des quartiers périphériques, le débit dans les canalisations s’amenuise considérablement pendant les périodes de chaleur.

Les abonnés aux services de l’eau de la société Énergie du Mali des quartiers excentrés de Bamako, renouent avec le stress des coupures.

Si la réalisation de forages dans la zone aéroportuaire a soulagé de la corvée d’eau les usagers de Kalaban Coura, Garantiguibougou et une partie de Kalabancoro il n’en est pas de même pour ceux de Faladié, Banankabougou, des Logements sociaux en Commune VI et de Djélibougou-Kouloubléni en Commune I. Ceux-ci redoutent les pénuries.

A juste raison car depuis début février, les coupures d’eau réapparaissent dans certains quartiers de la rive droite du Niger. « Nous sommes sevrés d’eau durant toute la journée. Au début de ce mois, nous avons passé une journée entière sans une seule goutte d’eau« , se souvient Mme Camara Ina Dabo, ménagère au 501 logements de Yirimadio.

Lorsqu’elle recommence à couler dans les tuyaux, la demande devient si forte que sous la pression, le débit faiblit. Pour remplir un seul seau d’eau, il faut attendre, parfois 30 à 45 minutes devant le robinet, indique Mme Camara Ina Dabo. Chaque jour déjà, les femmes passent la moitié de la soirée à remplir des fûts, des bassines, des seaux ou tout autre ustensile de cuisine d’un certain volume en prévision des coupures du lendemain.

Dans des quartiers périphériques, le débit dans les canalisations s’amenuise considérablement pendant les périodes de chaleur. Ainsi, à un certain moment de l’année, certains de ces quartiers peuvent attendre parfois 48 à 72 heures avant de recevoir de l’eau.


250 000 M3 PAR JOUR EN 2010

EDM-SA, assure son directeur de la communication, Thionan Mathieu Koné, est, consciente de la situation, mais les moyens dont elle dispose sont dérisoires face au problème posé. La capacité actuelle des installations de la société est, en effet, largement en deçà des besoins des Bamakois. Durant la période des chaleurs, explique-t-il, le réseau est soumis à une forte demande estimée à environ 170 000 m3 par jour. Ce chiffre, selon les estimations de l’entreprise, passera à 250 000 m3 par jour en 2010. Dans le même temps, la capacité de traitement de la station de Djikoroni est de 120 000 m3 par jour.

Des efforts ont cependant été déployés pour accroître le volume de traitement qui tourne actuellement entre 140 et 150 000 m3 au quotidien. Au delà de ce seuil, l’eau sera impropre à la consommation. « Or, EDM-SA s’interdit de livrer à ses clients un tel produit« , assure Thionan Mathieu Koné en relevant au passage que le laboratoire d’analyse d’EDM-SA figure actuellement parmi les meilleurs de la sous région.

Il y a donc un gap de l’ordre d’environ 20 000 m3 par jour à combler. La construction d’une nouvelle station de traitement a ainsi été prévue à Kabala. Durant la première année de son exploitation, cette installation fournira 144 000 m3 par jour. Ce chiffre sera porté à 240 000 m3 dans la deuxième phase de son exploitation. Le directeur central de l’eau (DCO), Boubacar Kané, annonce qu’une partie du financement de cette station a été obtenue. Le gouvernement travaille à réunir le reliquat de l’enveloppe d’un projet dont la mise en oeuvre ne saurait tarder.

DES MESURES D’URGENCE

D’ici là une série de mesures dites d’urgence pour alimenter la ville de Bamako en eau potable, a été envisagée. Il s’agit, notamment de la construction d’une nouvelle batterie de quatre filtres à sable et d’une bâche d’eau traitées de 1 000 m3, l’équipement et le raccordement au réseau d’eau d’EDM-SA de cinq forages productifs de la zone aéroportuaire et la réalisation de 33 bornes fontaines dans les quartiers riverains grâce à une subvention de la coopération néerlandaise.

Hamed Diane Séméga, alors ministre des Mines, de l’Énergie et de l’Eau, et Mme Ellen Van Der Laan, l’ambassadeur du Royaume des Pays-Bas au Mali, avaient inauguré en août dernier l’ouvrage qui aura coûté plus de 3,9 milliards de Fcfa.

Deux stations compactes de 6000 m3 par jour chacune, sont prévues à Baco Djicoroni ACI et à Magnambougou. Ces deux ouvrages coûteront 2,68 milliards de Fcfa. Le démarrage des travaux était prévu pour le mois de mars à venir mais, compte tenu de la forte demande actuelle, la direction d’EDM-SA avait souhaité que l’entreprise adjudicatrice du marché lance le chantier plus tôt et avance la date de livraison d’au moins une partie des ouvrages à ce mois de février. L’opération n’a pu se faire. Même si les travaux ne doivent durer qu’un mois et les stations être théoriquement disponibles en avril, le moindre contretemps priverait la période de forte demande -février à juin- de ce précieux appoint, craint-on à EDM.

La Direction nationale de l’hydraulique n’ayant pas répondu à nos multiples sollicitations, nous n’avons pu recueillir son opinion sur l’évolution des deux chantiers.
En attendant, les consommateurs ne peuvent que prendre leur mal en patience et opposer à la mauvaise fortune, une attitude citoyenne. C’est le sens de l’intense campagne de communication menée par EDM-SA pour empêcher les gaspillages d’eau.

Thionan Mathieu Koné rappelle à ce propos une circulaire adressée aux différents départements ministériels pour inviter les services publics à un usage rationnel de l’eau et de l’électricité. Le même appel vaut pour le citoyen moyen. Dans la pratique, EDM demande, par exemple, aux usagers d’éviter de laver leur auto au jet d’eau, de changer l’heure d’arrosage de leur jardin, etc…

En attendant un accroissement de l’offre, la pénurie d’eau dans la capitale appelle des réflexes solidaires, civiques et intelligents.

A O. Diallo – L’Essor

21 Février 2008.