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Les délestages qui durent depuis plus de deux semaines à Bamako et dans les principales villes du pays et qui n’ont pas encore de solutions suscitent colère et indignation dans la population. Sabotages, manque de planning de délestages sont, entre autres récriminations faites à l’EDM-SA. Son directeur de la communication, Thiona Mathieu Koné, donne des explications à la crise et tente d’apaiser la clientèle.

Les coupures de courant persistantes sur le réseau interconnecté d’EDM-SA ont paralysé l’économie nationale. Des petits métiers se meurent. Pour survivre d’autres sont obligés de réaménager leurs horaires de travail en devenant des travailleurs nocturnes au gré de la rotation de la fourniture du courant électrique. Désabusés, des clients n’hésitent plus à jeter l’anathème sur EDM, incapable de fournir le courant, cette matière indispensable dans toute société moderne.

Pour certains, les délestages en cours ne sont que du sabotage orchestré par EDM-SA. Ceux qui accréditent cette thèse pensent que depuis que l’EDM existe, elle n’a jamais fait de délestages aussi sauvages. Selon ceux qui croient au sabotage, « EDM était un grand soutien au régime défunt qui a même joué sa partition dans la réélection d’ATT dont elle a contribué à la campagne présidentielle de 2007 à hauteur de 7 milliards de F CFA ».

Cette dernière appréhension faisant état de soutien à ATT et surtout de contribution financière de 7 milliards de F CFA à la campagne présidentielle fait sursauter Thiona Mathieu Koné. Tétanisé par l’amplitude de la charge, le directeur de la communication d’EDM la qualifie « d’accusation mensongère, de dénigrement et de méchanceté gratuite ».

« Je mets au défi n’importe quel Malien de prouver qu’EDM-SA a investi dans la campagne d’un homme politique ». M. Koné, le DG Alpa Djittèye, le DRH, Amadou Dia, et d’autres cadres qui assistent à l’entretien répondent que leur entreprise dans laquelle IPS du groupe Agha Khan est actionnaire à 34 % ne peut pas se payer le luxe d’une telle largesse puisqu’elle n’en a même pas les moyens.

« Si fournir l’électricité ou l’éclairage public à des localités, si faire notre travail revient à dire qu’on soutient un homme, comment voulez-vous qu’on fasse alors ? », s’interroge Thiona Mathieu Koné. Il explique que sa société continue de fournir de l’électricité dans des localités gagnées par la rébellion sans être sûre de recouvrer ses factures. « Si nous sabotions, pourquoi allions-nous continuer à travailler dans ces zones au péril de la vie de nos agents ? ».

Le directeur de la communication d’EDM dit comprendre le souci des usagers dont la manifestation de colère est la moindre des choses. Mais à ses dires, les causes des délestages ne sont pas à chercher loin. Elles sont dues au manque d’intrants comme les hydrocarbures. Comme les années se suivent et ne se ressemblent pas, les difficultés en 2012 à l’EDM sont d’ordre financier et climatique.

Sept milliards de F CFA d’arriérés aux pétroliers

La période de pointe de consommation à EDM est de mars à juin. Pendant ces quatre mois, les centrales hydroélectriques de Manantali, Sélingué et Sotuba peinent à donner le plein de leur capacité dans la desserte du courant à cause du déficit pluviométrique de 2011.

Le relais est pris aujourd’hui à 60 % par les centrales thermiques de Darsalam, Balingué et Sirakorola. Cette conjoncture grève les dépenses de l’EDM, qui a besoin de 410 000 litres de diesel (222 millions de F CFA) par jour pour faire tourner ses centrales thermiques. Selon M. Koné, « si dans les conditions actuelles l’EDM doit fournir l’électricité de jour et de nuit, elle aura besoin de 540 millions de F CFA par jour pour payer 1 million de litres de DDO ».

La société doit 7 milliards de F CFA d’arriérés à des fournisseurs d’intrants (multinationales et quelques privés maliens). Dans le même temps, elle n’a pu mettre la main que sur 10 milliards de F CFA sur les 46 milliards de F CFA que l’Etat devait lui verser en novembre 2011 pour faire face à la crise en cours, mettre en place un stock de sécurité en carburant et renforcer les moyens de production dans des villes de l’intérieur. Thiona Mathieu a précisé que ce n’est pas un refus de la part de l’Etat de s’acquitter de ces dépenses, mais qu’il a été confronté à d’autres problèmes comme la rébellion au Nord.

Une autre réalité décrite par M. Koné, c’est que son service vend l’électricité à perte depuis plus d’une décennie que la direction est revenue aux nationaux. « Le courant est produit à 130 F CFA alors que le kWh est vendu à 90 F CFA/kW aux abonnés », témoigne M. Koné. Selon lui, les nouvelles autorités sont informées des difficultés et elles attendent que la situation politico-sociale se stabilise.

A quand la fin des délestages sauvages et pourquoi ne pas dresser un planning pour les clients qui pourront mieux s’organiser ? Pour Ladio Sogoba, directeur de la production d’EDM, « il n’y a pas de répit sans hydrocarbures ». « Il serait périlleux de définir un calendrier de délestage autre que celui qui concerne les hôpitaux, les camps militaires, les centrales de pompage d’eau, etc. » Car, explique-t-il, la situation peut s’améliorer du jour au lendemain, selon le climat.

A l’EDM-SA dont la devise est « une mission, une vision, une équipe », il n’y a pas de place au manque d’engagement, de professionnalisme et de disponibilité. C’est pourquoi le terme sabotage a fait l’effet d’une bombe. Des cadres n’ont pas manqué de dire que si jamais on s’amuse à utiliser le même mot devant certains agents, ils n’hésiteront pas à nous infliger une belle correction sans s’en rendre compte. La mise en garde s’est faite dans la plaisanterie. Heureusement.

Abdrahamane Dicko

16 Avril 2012