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De nos jours ils sont nombreux, les maris qui vivent dans l’appartement ou la maison de leurs conjointes. L’homme et la femme sont comme une poignée de mains nouée à jamais. Le mariage est prononcé pour le pire et le meilleur dans toutes les communautés maliennes. Cet esprit inspire cette union sacrée. La vie conjugale est basée sur l’entraide et la solidarité. Nous avons constaté à travers des articles publiés dans cette page que les femmes

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inactives se font de plus en plus rares dans notre pays. Beaucoup d’entre elles, ont compris très vite que l’indépendance financière de la femme passe par l’exercice d’une quelconque activité. Les épouses actives arrivent à se prendre en charge. Elles contribuent à l’épanouissement de leur foyer.

La vie est une question de chance. Il arrive que la chance sourit mieux à l’épouse qu’à son mari. Certaines conjointes ont la bosse des affaires. Elles réussissent même à acquérir une maison sinon des maisons grâce à leur fortune personnelle. Actuellement il est devenu fréquent de voir un mari vivre dans la propriété de sa femme.

Le fait qu’un époux soit hébergé par sa femme était inacceptable dans notre pays. Cet acte toléré aujourd’hui était considéré comme une malédiction ou une punition divine. Le code malien du mariage attribue au mari le titre de chef de famille. Mais en stipulant que l’épouse doit contribuer aux dépenses du foyer quand ses revenus le lui permettent le législateur met les conjoints sur un pied d’égalité. Les modalités de la vie commune sont à négocier entre eux, en particulier la contribution de chacun aux tâches et à l’entretien de la famille. Par ailleurs le code fait obligation à l’épouse d’aller vivre sous le toit de son mari.

Un choix-Le temps est entrain de faire son effet. Les mentalités changent. Les époux dans les grandes villes ont pris l’habitude de choisir ensemble la demeure commune. Et de fil à l’aiguille, les couples jeunes acceptent de vivre sous le toit de Madame.

La société traditionnelle évolue rapidement sous l’impact de la globalisation mondiale et des progrès technologiques. Beaucoup d’hommes mettent de côte le préjugé de la suprématie du mari sur l’épouse dans le couple, surtout au plan économique. Le cliché qui impose que la femme vive éternellement au crochet de l’homme se dissipe de nos jours.

Ils sont nombreux actuellement les maris qui acceptent sans condition d’aller vivre chez leur conjointe. Cette option reste la dernière alternative que la conjoncture impose à certains hommes. Ceux-ci font preuve de souplesse et de compréhension parce que la femme est le complément de l’homme.

Quel gâchis que d’aller vivre en location alors que votre épouse possède une maison. L’expansion de ce nouveau concept témoigne de l’émancipation économique croissante des Maliennes. Maintenant, aller vivre dans la concession d’une femme reste un choix. Les conservateurs sont encore très nombreux à ne pas vouloir sauter ce pas.

Et pourtant parmi ces bons « machos » se trouvent des hommes aimants et attentionnés, vis-à-vis, de leurs compagnes et qui se retrouvent en bute avec leurs copains de causeries où leurs collègues de travail, qui les accusent de « faiblesse ». J’espère que ces messieurs sauront résister aux assauts dans les « grin » en restant convaincus que la majorité n’a pas toujours raison.

Le jeune coursier M.D confesse :

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« Je vois ma femme comme mon complément. Comme je n’ai pas le moyen pour le moment d’avoir un domicile propre à nous je refuse de vivre dans une maison de location alors que mon épouse est propriétaire d’une maison. Ce serait purement et simplement égoïste de ma part de ne pas reconnaître cette réalité« .

Notre interlocuteur nous révèle que contrairement à ce que la plupart des hommes pensent sa femme est très soumise. Elle n’a pas la grosse tête parce qu’elle héberge son époux. M.D soutient que son épouse lui accorde toute la considération que mérite son statut de mari. Depuis que j’ai décidé d’aller vivre dans « sa » maison, il y a 5 ans, ajoute-t-il, elle ne m’a jamais donné l’impression que je ne suis pas » chez moi. »

Inadmissible !-A.H a pour sa part fait sienne cette pensée qui enseigne qu’”on ne peut pas peindre du noir sur le noir, du blanc sur le blanc. Chaque élément du couple a besoin de l’autre pour se relever« . Donc pour A.H il n’y a aucune raison au monde pour qu’il refuse d’aller vivre sur le toit de sa femme. L’épouse Sanata qui assiste à notre entretien appuie la thèse de son mari. Elle déclare en souriant qu’on ne devrait même pas dire la maison de « la femme » mais tout simplement « notre maison« . Cette maîtresse de maison n’ignore pas pour autant que d’autres hommes critiquent « l’attitude lâche et déplacée » de son époux. Certains le traitent à haute voix dans des plaisanteries à peine voilées « de planche à laver de Sanata« .

Cette catégorie d’hommes arc-boutés sur leur « coquitude » ont intérêt à changer de mentalité pour profiter du temps, s’épanouir et finir leur vie conjugale dans le bonheur. Ils doivent au contraire remercier Dieu de leur avoir donné une épouse chanceuse et solidaire. Toutes les femmes ne proposeraient pas à leur mari en difficulté d’aller habiter chez elle. Selon certaines sources, il existerait à Bamako des épouses propriétaires de concession qui vivent dans la grande famille ou en location avec leur mari.

Toutes les conjointes propriétaires n’offrent pas le toit. Celles qui le font sont à féliciter, à encourager et non à rejeter » conclut A.H.
Le sexagénaire H.T, originaire de Kolokani, ne veut pas entendre qu’un homme est allé vivre dans la concession de sa femme.
 » C’est inadmissible! crie-t-il. Je ne le ferai pour rien au monde. Je ne conseillerai pas non plus à un mari d’aller habiter dans la propriété de son épouse » dit-il en colère. Le vieux H.T estime que tout homme doit garder son autorité, son honneur.

Il ne doit sous aucun prétexte accepter de vivre sous le toit de son épouse. Le vieillard rappelle que son père l’a toujours mis en garde. Si H.T veut vivre en paix et mourir dans la dignité il ne doit jamais accepter d’être entretenu par son épouse ou d’être hébergé par elle. Notre père H.T reste pensif après avoir prononcé ces propos anachroniques. Il semble ignoré la solidarité et l’entre aide prônées dans le couple par le code malien du mariage.

Ce texte de loi stipule clairement que la femme peut venir en aide à son époux dans la mesure de ses moyens.
En ces temps de vie chère, il est déplorable de constater que la majorité des maris sont bloqués sur des préjugés qui les empêchent d’habiter chez leur conjointe. Dommage ! Car il serait mille fois mieux de vivre chez sa femme que de vivre mal en location empêtré dans des problèmes quotidiens insurmontables. Il faut oser tourner le dos à certains anachronismes.

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Le temps des orgies


Le tam-tam. Ha ! Le tam-tam. Rythme, laisse-moi te chevaucher, je ne peux plus tenir. Je danse, je danse…Pam ! Pam ! Pampam ! Pam ! Pam ! Pampam ! C’était la danse du diable, celui du tam-tam sacré, celui que je possédais…ma puissance, ma faiblesse. Je devenais alors ce que je voulais : un chien noir, un hibou, une mouche, une abeille, dans la nuit devenue mienne…

En abeille je tournais autour de lui, cherchant un endroit où piquer, mais on aurait dit qu’un halo entourait son corps, une lumière insolente qui m’aveuglait. J’essayai de m’immiscer dans son sommeil, cherchant dans ses rêves un point obscur pour ma vengeance, mais il ne faisait jamais de cauchemar, même en dormant il avait ce sourire niais qui me répugnait. Je lui envoyais des serpents ? Il les apprivoisait. Par le vent je lui envoyais des poisons ? Rien ! On aurait dit que son corps était immunisé de tous les maux. Jamais il ne tombait malade. Toujours l’air épanoui, plus que nous-mêmes qui le privions de vivres. On dit qu’il était un génie, je dis que je le détruirais, mais pour cela il fallait qu’il partage ma haine, je ne le savais pas… La mienne m’aveuglait…

La cérémonie vint. Chaque décennie, on sacrifiait un étranger au grand fétiche totem du village, mais il fallait que la personne ait un cœur haineux pour que le fétiche veuille de lui, car les âmes pures ne pouvaient altérer sa soif. C’était la nuit des orgies, la nuit de tous les excès. Nuit de sacrifice où la proie perdait son âme, il devenait corps seul. Corps victime de nos vices, de nos fantasmes et de nos maux. Il les portait tous en lui avant de rejoindre l’enfer !

Il nous avait été toujours facile de trouver nos victimes, les étrangers ne nous aimaient guère, cela facilitait les choses.

C’était l’une des rares nuits où les djinns se mêlaient aux humains ; où le diable pouvait descendre parmi nous en toutes quiétude, posséder celui ou celle qu’il voulait. C’était sa nuit, la nuit du laisser aller ; celle de tous les excès. C’était ces nuits-là que les enfants serpents étaient conçus, que des monstres borgnes et des Bilissi à trois têtes s’emparaient du ventre de nos femmes pour y nicher leur semence…

Je décidai cette année qu’il en serait autrement. Je le désignai, lui, l’idiot au sourire béat, et on n’osa pas me contester. Notre méchanceté envers lui décupla, nos sévices se firent plus inventifs, plus cruels. Mais le sourire jamais ne départait de ses lèvres. C’était on ne peut plus désespérant ! Plus le jour approchait, plus on s’inquiétait. La veille du jour J, la liberté fut donnée à chacun de lui faire ce qu’il voulait. Les uns le battaient, des enfants lui jetèrent des pierres…

Je lui avouai le meurtre de ses parents, en insultant grossièrement sa défunte mère. Alors, là il se passa un miracle : il me gifla. Enfin. On espéra. Ça va marcher, il est enfin prêt. Le lendemain, on l’amena sur l’autel. Il ne souriait plus, la peur et l’incompréhension contractaient son visage, mais la haine ?…l

a haine… Comment pouvais-je le savoir ? Aï! Rythme, laisse-moi un peu de répit…Pam ! Pam ! Pampam ! La danse maudite !!! Je ne pouvais pas savoir !!! Pam ! Pam ! Pampam !!! Je ne pouvais le deviner…

Au moment où j’allais passer le couteau sur sa gorge, il me regarda bien en face et me demanda pardon…pour la gifle qu’il m’avait donnée. Aussi, il demanda pardon à tout le village. La malédiction ! Affolée, j’appuyai désespérément le couteau sur le jeune cou. Un sang frais et rouge coula. Pur et limpide… et, le corps se baigna d’une auréole laiteuse. Oh oui, je me le rappelle. Comment oublier cet instant, ses yeux qui se fermaient dans une sérénité éternelle, sans un brin de reproche dans le regard. Ses yeux que je vois partout, dans ton regard, dans son regard…Serai-ce toi ?! Oh ma tête ! Le rythme, il est là, j’ai oublié les pas…

Le cri du fétiche déchira l’air et nous fûmes maudits. Il criait sa soif, il ne pouvait s’abreuver d’un sang aussi pur. Sa colère s’abattit sur nous. La majorité d’entre nous se raidit sur place. Et nous survivants ? Fous ! Hi ! Hi !on nous dit fous…Le village fut damné. Chaque enfant mâle qui nait à Kla devient fou.
Kla devint fatobougou.

Vous ne connaissez pas Kla ? C’était ma patrie. Une centaine de cases, une centaine de personnes…

Pam ! pam ! Pampam ! Peut-être ne dois-je pas le dire, peut-être que si. Bon je l’ai dit ! Et je le dirais encore. Ha ! Ha ! Je le peux. Ma folie…c’est ma liberté.

Mariant A. Taroté et

Salimata TOGORA

Essor du 14 Novembre 2008