Partager

Depuis 1990, les Camerounais n’ont plus franchi le premier tour. Vont-ils vaincre le signe indien cette année ? Pour Jean II Makoun tout dépendra de ce premier match contre le Mexique.

Le choc Espagne-Pays-Bas sera la tête d’affiche de la deuxième journée du Mondial, mais c’est le match Mexique-Cameroun qui focalisera l’attention des supporters du continent. Les Lions indomptables affrontent le Mexique ce vendredi à Natal.

Dans ce groupe composé du Brésil, du Mexique, du Cameroun et de la Croatie, l’hôte du tournoi fait figure de grandissime favori pour la première place et c’est la 2è place qui sera le suspense. En tout cas, on imagine mal la Seleçao tomber dès la phase de poules de son Mondial, il n’y aura vraisemblablement qu’un ticket à prendre pour les Croates, les Mexicains et les Camerounais.

Cette course à la deuxième place commence dès aujourd’hui pour le capitaine Samuel Eto’o et ses coéquipiers qui doivent impérativement obtenir un résultat positif face aux Aztèques, avant de se frotter à la Croatie. Mais les Lions indomptables ont-ils les moyens de damer le pion au Mexique ? Il faut reconnaître que le Cameroun a perdu de son éclat au fil des années.

Les Camerounais, qui s’étaient invités au sommet de la hiérarchie africaine entre 1980 et 2002, remportant quatre CAN (1984, 1988, 2000 et 2002), les Jeux Olympiques en 2000 et laissant une belle impression lors des Coupes du monde 1982 et surtout 1990, avec un quart de finale injustement perdu face à l’Angleterre (2-3 a.p.), ne sont plus aussi flamboyants que lors de ces décennies magiques, quand peu d’équipes leur résistaient.

Les Lions indomptables sont en chute libre depuis plusieurs années et malgré leur expérience du haut niveau, il est difficile de parier sur cette équipe dans ce Mondial brésilien. La première apparition du Cameroun à la Coupe du monde remonte à 1982. Les Lions indomptables avaient quitté la compétition au premier tour, mais sans connaître la défaite, avec trois nuls contre le Pérou (0-0), la Pologne (0-0) et l’Italie (1-1), futur vainqueur. Mais c’est huit ans plus tard que les Camerounais entrent dans la légende (1990). Vainqueurs en ouverture de l’Argentine, tenante du titre, les Camerounais se hissent en quart de finale, une première pour un pays africain, au rythme des buts de Roger Milla.

Cet exploit sera le dernier coup d’éclat d’une sélection qui ne passera plus le premier tour lors des éditions 1994, 1998, 2002 et 2010. Pour la sélection camerounaise, la qualification au prochain tour dépendra en grande partie de ce premier match. Et quand on sait que les Camerounais ont terminé leur préparation de façon chaotique avec cette affaire de primes, on ne peut que s’inquiéter pour les Lions indomptables. Avec un jour de retard, ces derniers sont arrivés au Brésil, lundi dernier, alors que le voyage était initialement prévu pour le dimanche.

Le jour du départ, les joueurs sont restés cloîtrés dans leur hôtel et ont refusé de monter dans l’avion spécial affrété par la présidence camerounaise. En cause : un problème de primes les opposant aux dirigeants de la fédération depuis le mois de mai. En mai, le problème des primes avait déjà occasionné une grève de l’entraînement, interrompue afin de préparer le match amical disputé le 1er juin contre l’Allemagne (2-2). Samedi dernier, les joueurs avaient à nouveau marqué leur détermination en refusant d’assister à la traditionnelle cérémonie au cours de laquelle les autorités devaient leur remettre le drapeau du pays. Le sélectionneur allemand Volker Finke a finalement reçu l’emblème national devant un Premier ministre courroucé. Cet épisode n’est pas le premier dans l’histoire de la sélection camerounaise.

On se souvient qu’avant la Coupe du monde 2002 en Corée du Sud et au Japon, les Lions indomptables avaient déjà retardé d’une semaine leur départ depuis la France afin de récupérer l’argent qui leur avait été promis. C’est dire que la préparation du Cameroun aura été polluée mais également perturbée par un retard de 24h sur le plan prévu. Lors de la dernière Coupe du monde en Afrique du Sud, les Camerounais avaient perdu leurs trois matches de poule, un échec qui reste encore au travers la gorge du milieu de terrain Stéphane Mbia. «Nous n’avons pas fait bonne impression en Afrique du Sud, nous avons perdu nos trois matches», avoue-t-il.

Pour Brésil 2014, le joueur de FC Séville, vainqueur de l’Europa league est plutôt optimiste. «Nous avons appris de nos erreurs, assure Stéphane Mbia. C’est la première raison d’y croire. La seconde, c’est l’arrivée d’un nouvel entraîneur, Volker Finke. Nous avons eu beaucoup de sélectionneurs depuis 2010 et tous ont des qualités. Mais Finke insiste énormément sur la notion de respect lorsqu’il parle aux joueurs. Nous devons respecter nos coéquipiers et leur travail. Nous respectons tous le processus de sélection». Jean II Makon abonde dans le même sens. «Ce qui est arrivé en Afrique du Sud ne doit plus se reproduire. Je pense que tous ceux qui y étaient et vont disputer la Coupe du monde au Brésil ont gagné en expérience et en maturité.

Nous avons quatre ans de plus. Il y a beaucoup de sérénité et de solidarité dans l’effectif. Nous avions besoin de cette cohésion. Le coach (l’Allemand Volker Finke, ndlr), depuis qu’il est arrivé en mai 2013, insiste beaucoup sur le respect du cadre de vie du groupe», souligne-t-il. Pour Makon, beaucoup de choses vont dépendre du premier match face au Mexique. «C’est presque une rencontre à six points. Si on le gagne, ça nous met presque sur orbite. En tout cas, il ne faut surtout pas le perdre. Notre ambition, c’est de passer le premier tour, ce qui n’est arrivé qu’une fois au Cameroun en Coupe du monde (1990).

Avec le Mexique et la Croatie, on va se battre pour la seconde place. Car la première est réservée au Brésil», estime le joueur de Rennes. L’adversaire du Cameroun, le Mexique reste sur cinq 8è de finale consécutif mais les résultats récents des Aztèques n’incitent pas à un fol optimisme. Seulement quatrièmes du tour final de qualification en zone Concacaf (derrière les Etats-Unis, le Honduras et le Costa Rica), les Mexicains ont dû passer par un barrage facilement remporté face à la Nouvelle-Zélande pour voir le Brésil.

Auparavant, ils n’avaient dû leur survie qu’à une victoire décrochée dans le temps additionnel par leur grand rival américain contre le Panama (3-2). Après une campagne qualificative extrêmement laborieuse, plusieurs changements d’entraîneur et d’importants remaniements tactiques, El Tri peut toujours compter sur une colonie de joueurs expatriés de très haut niveau, à l’image du joueur de Manchester United Javier Chicharito Hernandez, du Bayer Leverkusen Andres Guardado et deux joueurs de Villarreal Giovani dos Santos et Javier Aquino.

Mais les dernières prestations de la sélection aztèque ont montré que les jeunes joueurs du cru ont eux aussi beaucoup à offrir. On pense par exemple à Oribe Peralta, héros de Londres 2012, Raul Jimenez ou encore Carlos Pena. Au Brésil, le Mexique, toujours privé de Carlos Vela (Real Sociedad en Espagne), probablement son plus grand talent mais qui refuse de jouer en sélection, s’appuiera sur une défense expérimentée, organisée autour de Hector Moreno et de l’inusable Rafael Marquez (35 ans).

En attaque, les Mexicains espèrent aussi que le maillot national redonnera des couleurs à « Chicharito » qui reste sur une très pénible saison avec Manchester United, avec seulement quatre buts en 24 matches de championnat, dont six petites titularisations. Juste après le match Mexique-Cameroun, place sera faite à la grande affiche de la journée : Espagne-Pays-Bas. C’est le remake de la finale du Mondial 2010 remportée 1-0 par la Roja après prolongation. Cette rencontre apparaît comme une finale avant la lettre et jamais le champion du monde sortant et le vice-champion n’avaient eu à s’affronter dès la première phase du Mondial suivant.

Et ce match va probablement décider de l’identité du vainqueur du groupe. Le classement a son importance car le 2è du groupe B affrontera en 8è de finale le 28 juin à Belo Horizonte le 1er du groupe A, place promise au Brésil, qui fait figure de grand favori sur son sol pour cette Coupe du monde. Un Brésil-Espagne ou un Brésil-Pays-Bas aurait là aussi un goût de finale avant la lettre.

L. M. DIABY

Aujourd’hui à Natal

16h : Mexique-Cameroun

A Salvador

19h : Espagne-Pays-Bas A Cuiaba 22h : Chili-Australie

Essor du 13 Juin 2014