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La FIFA a officiellement demandé à la Fédération malienne de football de délocaliser le match Mali-Algérie, qui se jouerait alors à Ouagadougou. Explications

jpg_une-775.jpgMême si la Fédération malienne de football (FMF) assure que rien n’est encore perdu et qu’elle se battra jusqu’au bout pour faire revenir la FIFA sur sa décision, tout indique que le match Mali-Algérie, comptant pour la deuxième journée des éliminatoires de la Coupe du monde 2014, Zone Afrique sera délocalisé au Burkina Faso. C’est le moins que l’on puisse après la demande formulée, mardi, par l’instance dirigeante du football mondial qui a adressé une correspondance à la Fédération malienne de football. Dans cette correspondance tombée comme un couperet sur la tête de la fédération, la FIFA évoque plusieurs raisons qui l’ont poussé à prendre cette décision. « Il y a beaucoup de choses dans le courrier de la FIFA, indique le secrétaire général de Malifoot, Boubacar Thiam qui avoue que « c’est impossible pour notre pays de satisfaire toutes les conditions posées par la FIFA pour la tenue du match au Mali ».

La FIFA s’inquiète notamment de la « situation sécuritaire volatile » de notre pays qui a conduit à « l’agression perpétrée contre le président de la transition, Dioncounda Traoré » le lundi 21 mai et qui se traduit par « une recrudescence de la violence à Bamako ». L’instance suprême du football mondial ajoute que l’agression perpétrée contre le président de la transition, Dioncounda Traoré a provoqué « une grande émotion au sein de la communauté internationale » et juge « insuffisantes les mesures de sécurité prises par la Fédération malienne de football » qui prévoyait de déployer 1000 policiers pour la venue des Algériens à Bamako. Non seulement la FIFA estime qu’il faut plus d’agents de sécurité, mais en plus elle exige des « détecteurs d’engins explosifs à l’entrée et autour du stade ». Car, pour l’instance dirigeante du football mondial, « le Mali pourrait être la cible de mouvements terroristes radicaux » à l’occasion de cette explication entre les Aigles et les Fennecs d’Algérie. Le secrétaire général de la Malifoot résume la situation : « nous sommes surpris par la décision de la FIFA. La pilule est difficile à avaler, on va se battre jusqu’au bout pour le maintien du programme initial. Nous considérons le Burkina Faso comme le plan B et nous espérons convaincre la FIFA avant la date fatidique », annonce Boubacar Thiam.

Mais que peut la Fédération malienne de football contre la FIFA dans le contexte qui est actuellement le nôtre ? Disons-le sans ambages, la situation que traverse le Mali depuis plusieurs mois ne plaide guère en faveur de la fédération et il ne faut pas se bercer d’illusions pour la suite de cette affaire. Les conditions posées par la FIFA pour la tenue du match à Bamako sont impossibles à remplir et les Aigles devront d’ores et déjà se préparer au défi qui les attend : affronter les Fennecs sur terrain neutre, au Burkina Faso ou ailleurs. Cela revient à dire que pour cette campagne de la Coupe du monde 2014, la sélection nationale jouera ses deux premiers matches hors de ses bases : Bénin-Mali ce dimanche à Cotonou et Mali-Algérie le 9 juin probablement au stade du 4 août de Ouagadougou. On sait que depuis plusieurs semaines, la Fédération algérienne de football (FAF) se battait pour une délocalisation de cette rencontre de la deuxième journée des éliminatoires du Mondial 2014.

Mais la bonne tenue à Bamako de quatre rencontres des coupes africaines des clubs (Djoliba-Sunshine stars du Nigeria, Stade malien-National Al-Ahly d’Egypte, Réal-Wydad Casablanca et COB-ENPPI d’Egypte) avait tempéré les ardeurs des Algériens et on pensait que la FIFA allait emboîter le pas à la CAF en maintenant le programme initial de Mali-Algérie. Seulement voilà, une semaine après les compétitions africaines des clubs, la violence a refait surface avec cette agression, le 21 mai, du président de la transition, Dioncounda Traoré jusque dans ses bureaux à Koulouba. C’est cette recrudescence de la violence qui a donc poussé la FIFA à demander la délocalisation du match des Aigles qui paient ainsi le prix fort de la manifestation du 21 mai et du comportement de certaines personnes qui cultivent la haine et la violence dans notre pays.

Avec cette décision de la FIFA, la mission se complique pour le capitaine Seydoublen Keïta et ses coéquipiers. Ce, d’autant que l’Algérie apparaît, du moins sur le papier, comme le plus sérieux adversaire des Aigles dans la course à la qualification. « ça complique notre tâche. Je comprends que le football ne soit pas la préoccupation du Mali dans le contexte actuel, mais cette situation complique sérieusement la tâche de la sélection nationale », a réagi l’entraîneur national, Amadou Pathé Diallo dans une interview accordée à nos confrères algériens. « Jouer hors de ses bases et loin de son public désavantagerait beaucoup le groupe, surtout quand l’adversaire s’appelle Algérie, une équipe qui reste sur une série de bons résultats depuis l’arrivée de Vahid Halihodzic », insistera l’ancien international qui dirigera les deux premiers matches de la sélection nationale avant de passer la main à un nouvel entraîneur. Evidemment, du côté algérien on se réjouit déjà de la décision de la FIFA de délocaliser la rencontre.

« C’est le stade municipal du 4 août de Ouagadougou, qui devrait abriter la rencontre. Situé dans le quartier Bilbalgo, dans la capitale du Burkina Faso, Ouagadougou, le stade de Ouaga a une capacité de 35 000 places. Délocaliser le match Mali-Algérie est une raison supplémentaire pour les Fennecs de viser les trois points de la victoire et prendre une bonne option pour la qualification au dernier tour », s’enthousiasme un confrère algérien. Et d’ajouter, « par le passé, l’Algérie a joué 4 matches à Ouagadougou. Le premier le 12 février1967, les Verts l’ont emporté 2-1 contre le Burkina Faso. Le deuxième le 30 août 1981, s’est terminé sur un score de parité 1-1.

La première défaite des Fennecs au Burkina Faso est survenue le 11 février 1998 : 2-1 contre les Etalons. Le dernier match des Algériens au stade du 4 août Ouagadougou a eu lieu en 2001, précisément le 17 juin : défaite 1-0 des Fennecs. Mais tous ces matchs étaient des rencontres amicales ». Dimanche, la sélection algérienne débutera sa campagne au stade Tchaker de Blida (Algérie) alors que les Aigles en découdront avec les Ecureuils béninois au stade de l’Amitié de Cotonou. Pour mémoire, lors de leur dernière confrontation au stade de l’Amitié, Béninois et Maliens s’étaient neutralisés 0-0 (2005).

Souleymane Bobo Tounkara

L’Essor du 31 Mai 2012