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Premier entraîneur du Djoliba à atteindre une finale de coupe d’Afrique des clubs, Conti, comme l’appellent familièrement les supporters, a du mal à réaliser ce qui lui arrive

jpg_une-1147.jpgL’Essor : Comment vous sentez-vous après la qualification du Djoliba en finale de la coupe de la Confédération, la première de votre carrière d’entraîneur ?

Alou Badra Diallo : J’ai mis du temps pour réaliser ce qui s’est passé. Avant le match, je me disais que c’est avant tout un match de football; la pression n’était pas énorme. C’est seulement après le match et quand je suis arrivé à la maison que je me suis rendu compte qu’on a fait quelque chose d’important pour le club. Le Djoliba, depuis sa création n’a pas joué une finale.

Il y a eu une succession de génération de bons joueurs comme Drissa Traoré dit Poker, Bréhima Traoré, Moké Diané, Kolo National. Il y a eu également de grands entraîneurs dont l’actuel président Karounga Keïta «Kéké». Mais jusqu’à cette année, l’équipe n’avait jamais réussi à atteindre une finale.

Avec les jeunes, nous avons eu cette chance. C’est merveilleux, c’est vraiment quelque chose de grandiose. L’appétit venant en mangeant, on va essayer de finir en apothéose en remportant la coupe.

L’Essor : Est-ce que vous vous attendiez à une telle performance au moment de votre prise de fonction en début d’année ?

Alou Badra Diallo : En début d’année, j’étais focalisé sur le championnat national. Très souvent quand je viens au Djoliba, on me tient ce discours : le championnat ou rien. Parce que ça faisait deux années que l’équipe n’avait pas gagné de titre. Cette année, le premier objectif était le championnat et ensuite la Ligue des champions d’Afrique. Mais pour moi, c’était difficile parce que ce n’est pas moi qui ai fait les recrutements à l’inter saison.

Mon seul repère, c’étaient les jeunes du groupe que j’avais il y a 3 ans et que je connaissais bien. Je me suis contenté de changer la méthode de jeu et d’inculquer une nouvelle mentalité au groupe. Cela a suffi pour donner confiance aux joueurs. En Ligue des champions, l’objectif était de se qualifier en phase de poules. Après je me suis dit que si on rate la phase de poules, il y a toujours la coupe de la Confédération.

L’Essor : Selon vous, qu’est-ce qui a été déterminant pour le Djoliba dans cette coupe de la Confédération ?

Alou Badra Diallo : Ce qui a été déterminant dans cette coupe de la Confédération, c’est ce qui a été déterminant toute au long de la saison, à savoir l’existence du groupe. On avait dès le début du championnat un groupe. Aussi, comme je le disais tantôt, je connaissais déjà nombre de joueurs. J’ai retrouvé des jeunes que j’ai moi même amenés du centre de formation à l’équipe première en 2008.

Parmi ces joueurs figurent Mahamane Cissé, Aly Yirango, Seydou Diallo, Issa M. Traoré, Cheick A. C. Sy, ils sont nombreux. J’ai retrouvé ces jeunes et quelques anciens que je voulais récupérer il y a longtemps. On a également fait quelques réaménagements en repositionnant certains joueurs.

Un dernier point qui m’a également aidé cette saison, c’est le fait que les joueurs ont adhéré à mon discours.

L’Essor : Comment voyez-vous la finale contre l’AC Léopards, une équipe qui a infligé au Djoliba sa première défaite dans la compétition ?

Alou Badra Diallo : Chaque match a ses réalités. Cette fois, c’est différent parce qu’il s’agit d’une finale. Comme on le dit, on joue une finale pour la gagner. Je pense que ce serait une finale difficile et pour les Congolais et pour le Djoliba. C’est la première fois que les deux équipes jouent la finale.

Pour ce qui nous concerne, on va jouer comme on l’a fait en demi-finale contre Al Hilal. On n’a rien à perdre. Je demande la bénédiction de tout le peuple malien et prie le bon Dieu qu’il nous aide à remporter cette coupe.

L’Essor : Pensez-vous que le fait de jouer la finale retour à l’extérieur peut constituer un handicap ?

Alou Badra Diallo : Ça dépend du score qu’on va faire ici à Bamako. Si on met le paquet à l’aller, le retour sera facile à gérer. Le cas échéant, il faudra aller chercher le trophée sur terrain adverse. Mais je ne comprends pas pourquoi on ne joue pas la finale retour ici. On a été premier de notre poule. Je ne comprends pas que le 2è de notre poule qui se qualifie avec moins de points joue la finale retour à domicile. Il y a quelques années on nous a fait croire que si on termine premier on a la demi-finale retour et la finale retour à domicile. Bon de toute façon, cela n’a aucune importance. Il n’y a pas trop d’avantage de terrain aujourd’hui dans le football. C’est à nous de profiter du match aller et je pense que nous savons voyager aussi.

L’Essor : Selon vous, quelles peuvent être les clés de cette finale pour le Djoliba ?

Alou Badra Diallo : Les clés, à aller il faut faire une bonne entame de match. Il faut aller comme on a fait l’autre jour contre les Soudanais. Aller sereinement, lentement et sûrement. Ensuite ne pas confondre vitesse et précipitation devant les buts. La finale se jouera en deux manches. Je pense que la clé sera une bonne organisation en défense et au milieu. Nous serons face à une équipe joueuse. Parmi les 8 équipes qui se sont qualifiées, l’AC Léopard est sans doute celle qui joue mieux à l’extérieur. Quand ils sont sur un bon terrain, ils jouent bien. La clé sera aussi la prudence derrière, beaucoup d’applications et de vigilance au milieu du terrain. Et je le répète, il faut être efficace devant.

L’Essor : Comment expliquez-vous le manque de réalisme de votre équipe lors des deux derniers matches ?

Alou Badra Diallo : J’ai toujours dit aux gens, aux supporters qui m’interpellent par rapport à ce problème qu’on ne devient pas buteur. Un avant-centre, un buteur, c’est la race. On nait buteur. Malheureusement cette race est en voie de disparition en Afrique. Aujourd’hui, on assiste à la disparition de la race des renards de surface comme Abdoulaye Koumaré dit Müller. Les avant-centres que nous avons aujourd’hui ont des qualités certes pour jouer mais il y a des difficultés.

y a toujours un problème au dernier moment. Le geste qu’il faut, l’endroit qu’il faut et le bon moment qu’il faut. Je pense à Bourama Traoré dit Bréhimablen qui a un bon sens de placement. Mais il faut dire aussi que nos attaquants sont jeunes et manquent d’expérience. Ce qu’ils ont fait cette année est déjà énorme. Nous allons continuer à travailler parce qu’ils ont une bonne marge de progression.

On va essayer de s’appuyer sur leurs qualités et on va leur demander de s’appliquer devant les buts. C’est vraiment le problème de finition que nous avons. Mais j’ai un bon avant-centre qui s’appelle Boubacar Bangoura dit Chokhri. Il n’a que 22 ans et a tout l’avenir devant lui.

L’Essor : Avez-vous un message à l’endroit du public sportif à la veille de cette importante échéance ?

Alou Badra Diallo : Je remercie et félicite le public sportif malien pour son soutien indéfectible lors de la demi-finale retour. On a senti cette ferveur, cette envie d’aider le Djoliba. Je salue le bureau fédéral, le ministère de la Jeunesse et des Sports qui nous ont mis dans les conditions idoines de travail. Je salue aussi la presse sportive qui nous a beaucoup aidés.

Cette victoire est celle de tout le Mali et je demande aux supporters à continuer à nous soutenir. Il reste un petit pas à faire. Le dimanche, qu’ils viennent très nombreux au stade pour donner de la voix aux joueurs.

Interview réalisée par

LADJI MADIHERY DIABY

L’Essor du 15 Novembre 2012