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Afin de convaincre les paysans et la population de Kita sur la reprise de la coupe du bois de vêne, suspendue par le ministre de l’Environnement et de l’Assainissement après une marche de mécontentement dans la Capitale de l’arachide, une délégation nationale partie à Kita le mardi 2 décembre 2008 est revenue bredouille : les Kitois disent non à la déforestation.

Conduite par Mme Samaké Mouna Touré, chargée de mission au ministère de l’Environnement et de l’Assainissement, la mission avait la lourde tâche de ramener à de bons sentiments les paysans et la population de Kita, très remontés contre la société chinoise « Afrique Asie bois Mali »qu’ils accusent de dévastateurs de forêts. Il s’agissait à l’issue de cette mission de voir de commun accord avec Kita dans quelle condition la coupe pouvait reprendre dans de meilleures conditions.

Au cours de la rencontre à laquelle ont pris part les chefs de quartier, les autorités politiques et coutumières des communes touchées par l’exploitation (Walia, Boulouni, Gandougou I et II, Sirakoro et DaouliKebala), les paysans et les notabilités de Kita ont été insensibles au plaidoyer déguisé des missionnaires visant à leur faire comprendre que la coupe du bois de vêne n’est pas une chose mauvaise en soi dans la mesure où, ont-ils expliqué, elle est faite dans les normes de préservation de la nature.

D’entrée de jeu, le chef de la mission ajoutera que sa délégation a été mandatée par le ministre en personne pour discuter avec les populations afin de trouver un compromis profitable, dira-t-elle, à tous.

Le colonel Baycoro Fofana directeur national adjoint de la conservation de la nature en qualité de spécialiste a précisé que le bois de vêne (n’guenou en bambara) a une durée de vie qui correspond à celle de l’homme (selon lui l’arbre dépasse difficilement les 100 à 120 ans). « Donc, l’arbre est appelé à mourir. Et à un moment donné des trous béants sortent de tous ses côtés. A ce moment-là, l’espèce doit être coupée par des techniques appropriées pour sa régénération », a expliqué M. Fofana.

Selon lui, dans le contrat d’exploitation forestière accordé à l’opérateur privé, la société « Afrique Asie bois Mali » , il est clairement précisé que la coupe concerne uniquement certains arbres en état de dégradation. Aussi il a noté que le contrat stipule que sur tous les 10 hectares seulement 4 pieds de n’guenou devraient être abattus.

Mais à Kita, il s’est avéré que les clauses du contrat n’ont pas été respectées par la société chinoise. A l’unanimité, les représentants de chaque zone touchée par l’exploitation et les notables de la localité ont exigé l’arrêt définitif de l’opération, qui ne profite, selon eux, qu’aux Chinois.

Des coupeurs chercheurs de femmes

Certaines communautés villageoises, notamment, à Birgo sont très remontées contre la société « Afrique Asie bois Mali » . « Il y a des agents qui, depuis leur arrivée, n’ont jamais cessé de chercher nos femmes. Nous avons deux jeunes filles qui sont tombées enceintes des œuvres de deux agents de la société. Contrairement à ce qui nous avait été dit, c’est-à-dire que l’opération allait être une opportunité de gain et d’emploi pour les villageois, nous n’avons que des problèmes », a déploré Moussa Tounkara, représentant du chef de village de Birgo.

Niamé Tounkara, chef de quartier de Tounkarala

« Je ne sais comment l’administration travaille maintenant. Mais avant pour prendre une décision impliquant directement les populations, une campagne d’information et de sensibilisation était faite au préalable. Nous, nous avons vu des Chinois s’attaquer à nos forêts sans autre forme de procès. Aussi nous savons qu’il y a une loi qui protège spécifiquement certaines espèces comme le n’guenou. Et puis moi je ne comprends pas tous ces agissements car nous avons dit au ministre ici que nous sommes contre l’exploitation. Avant on appelait Kita ‘n’guenou koulou’. Maintenant allez voir dans les montagnes vous ne verrez pas un seul pied de vêne. Tout a été arraché et le peu qui reste sera ravagé par des étrangers ».

Moussa Kéita, chef de village de Samedougou

« Pourquoi les Chinois ne partent pas en Côte d’Ivoire ou au Sénégal ? Parce qu’ils savent très bien que là-bas on n’acceptera jamais l’exploitation abusive des forêts. Nous qui sommes un pays désertique pourquoi allons-nous laisser le peu de nos zones forestières dévastées par des étrangers ? J’en appelle à l’esprit de patriotisme des uns et des autres pour la préservation de nos ressources forestières « .

Amadou Waïgalo

04 décembre 2008