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La direction nationale de la conservation de l’environnement a autorisé la coupe de bois dans les forêts de Kita et de Koulikoro à 220 millions de F CFA. Les acteurs de la protection de l’environnement sont interpellés.

Dans notre parution du 16 septembre dernier nous titrions : « Protection de l’environnement : coupe de bois contre un hôpital et le 3e pont ? » Nous nous interrogions sur la nature du contrat de coupe de bois entre une société privée chinoise « Société Afro Asie Bois Mali » et le gouvernement du Mali.

Et bien, aujourd’hui nos investigations nous ont permis d’en savoir davantage sur le contrat. Loin d’être un compromis entre le gouvernement du Mali et celui de la Chine, la coupe est le résultat d’un contrat entre la direction nationale de la conservation de la nature, dirigée en son temps par Félix Dakouo et une société privée chinoise « Afro Asie Bois Mali », immatriculée au Registre du commerce du Mali à la date du 26 octobre 2007. Contrairement à ce que beaucoup pensent, c’est un contrat bien établi qui existe entre les parties.

Que dit le contrat. Le 12 novembre 2007, le directeur national de la conservation de la nature, alors Félix Dakouo, et le représentant de la société privée Société « Afro Asie Bois Mali », Hang Jianhua, signent un contrat d’exploitation de pterocarpus erinceus (guéni) dans les régions de Kayes et de Koulikoro sur une superficie de 6,6 millions d’hectares, soit 66 500 km2.

Selon les termes du contrat, les objectifs de cette exploitation sont d’ordre commercial, c’est-à-dire que les produits exploités sont destinés à l’exportation.

Ainsi le feu vert a été donné pour la coupe du « guéni ». Le droit de la coupe porte sur 250 000 pieds de vênes. Le quota annuel de prélèvement faisant l’objet de permis de coupe délivré conformément au permis d’exploitation en cours de validité est fixé à 30 000 pieds en année I, 40 000 en année II, 60 000 en année III, 60 000 en année IV et 60 000 en année V.

« Afro Asie Bois Mali » déserte Kita

Pour cette affaire, un montant des redevances est à percevoir par la partie malienne. Ce montant à percevoir pendant la durée de l’exploitation est fonction du quota annuel de prélèvement. Il a été convenu entre « Afro Asie Bois Mali » et la direction nationale de la conservation et de la préservation de la nature, qu’à la signature du contrat, « Afro Asie Bois Mali » verse un montant équivalent au 30 % du quota de prélèvement en année I, soit 67,5 millions de F CFA, le reliquat 70 %, soit 157,5 millions F CFA en 3 tranches de 52,5 millions de F CFA, dès que les montants versés couvriront les permis de coupe délivrés.

Il est dit que les règlements se font sur virement bancaire sur les comptes ouverts par la direction régionale de la conservation de la nature de Kayes et de Koulikoro. Les recettes perçues servent en priorité au financement des activités d’aménagement et de protection des zones soumises à l’exploitation.

Devant le mécontentement de la population de Kita, le ministre de l’Environnement et de l’Assainissement avait suspendu provisoirement cette coupe anarchique. Et depuis mars 2007, « Afro Asie Bois Mali » a plié ses bagages de la zone de Kita.

A un moment donné, une organisation de protection du patrimoine génétique, la Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain (Copagen) et ses organisations membres (dont la Fecong), a adressé une lettre au ministère de l’Environnement et de l’Assainissement lui demandant d’annuler le contrat d’exploitation forestière accordé à l’opérateur privé « Société Afro Asie Bois Mali ».

On le voit le Mali dispose aujourd’hui de plans d’affectation des sols qui devraient limiter la tendance, mais la volonté ou les moyens de les appliquer manquent.

Amadou Sidibé

26 Septembre 2008