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Décidément, les hommes politiques -à l’instar de l’honorable Mohamed Aly D. Maïga de l’URD, plus connu sous le nom de Sakama Maïga- n’auront de cesse de se jouer de l’ignorance des citoyens. Une ignorance due, en partie, à l’illettrisme ou l’analphabétisme d’une frange importante de la population.

Cela est d’autant plus vrai qu’on se demande comment Mohamed Aly D. Maïga a pu se faire élire dans la circonscription électorale de Djitoumou. En effet, comment un homme, qui a fait de la coupe abusive des bois un de ses thèmes centraux de campagne, a pu bénéficier du suffrage des électeurs dans cette circonscription ?

Tout comme d’autres secteurs d’activités, la politique a-t-elle un sens si elle ne donne aucune place au respect de l’environnement ? Il semble que l’élu Mohamed Aly D. Maïga n’a que faire de ce genre de questions, du moment qu’il peut aisément tirer son épingle du jeu de la situation, au grand dam de ses adversaires.

En effet, lors des législatives dernières, l’élu URD n’a trouvé d’autres moyens de s’attirer la sympathie des électeurs de Djitoumou que de braver une décision du maire interdisant la coupe abusive des bois dans la localité. En plus d’autres types d’arbres, le maire avait sélectionné certaines variétés menacées comme le karité, avec interdiction formelle de les couper.

Ces mesures, si salutaires qu’elles puissent être, sont pourtant souvent sources de mécontentement des villageois qui pensent avoir tous les droits sur leur environnement. Ainsi, ceux qui avaient fait de la coupe abusive de bois un fond de commerce n’ont guère apprécié la décision du maire. Aussi, cette situation mi-figue mi-raisin manifestée par les populations a été une aubaine pour le député Mohamed Aly D. Maïga en vue de ratisser large lors des législatives dernières.

Pendant que les autres prétendants au poste de député avaient donné une place de choix à la protection de l’environnement, Mohamed Aly D. Maïga clamait haut et fort -et à qui voulait l’entendre- que s’il était élu, il autoriserait tous hommes, femmes et jeunes à couper du bois comme ils le désirent. Selon lui, et d’après ce qu’il a expliqué aux électeurs, il n’était pas normal qu’on prive les populations des bienfaits que la nature leur procure. Il n’était pas non plus normal que les femmes marchent sur des kilomètres, uniquement pour se trouver du bois de chauffe, alors qu’elles pouvaient en trouver juste derrière leurs maisons.

C’est dire qu’en ce XXIe siècle, il y a encore des hommes politiques qui n’ont aucun égard pour l’environnement. Toujours est-il que ces propos de campagne électorale de Mohamed Aly D. Maïga, qui devaient pourtant compromettre à jamais sa carrière politique, lui ont plutôt royalement ouvert la voie menant à l’Hémicycle. C’est que les populations de Djitoumou ne savaient pas que le rôle du député n’est pas de contester les décisions du maire, encore moins de décider de quelque chose dans la vie de la Commune. Aussi sont-elles en train de se mordre en ce moment les doigts.

En effet, depuis l’élection de Mohamed Aly D. Maïga, ce dernier les a complètement abandonnés, puisqu’il a déjà réussi à mettre l’autorité du maire à mal. En arguant haut et fort qu’il n’était pas juste d’empêcher les populations de couper du bois comme elles l’entendent, ces dernières avaient décidé de défier les autorités communales.

A défaut de couper les arbres en plein jour, certains hommes avaient usé de méthodes peu orthodoxes pour parvenir à leur “faim “ : ils disséquaient les arbres -surtout les karités- pour y introduire des produits toxiques très nocifs. Ainsi, deux ou trois jours suffisaient pour que ces arbres se fanent. Et les malfaiteurs de l’environnement obtenaient ainsi un bel alibi pour couper ces arbres. Constatant que leur environnement se dégradait au fil du temps, et que les arbres nourriciers comme le karité étaient en voie d’instinction, les femmes de Djitoumou décidèrent alors de se révolter.

Quand les femmes se rebiffent

Peu d’hommes résistent lorsque les femmes se révoltent, dit-on. Aussi, soit pour punir leurs maris, soit pour qu’ils arrêtent la coupe abusive des arbres, les femmes de Djitoumou ont décidé…de ne plus cuisiner des mets à base d’huile de Karité.

Ni les menaces, ni les intimidations de leurs maris ne les ont pas empêchées d’appliquer leur décision et de continuer leur grève. Bien au contraire ! Elles ont plutôt menacé, à leur tour, de monter la surenchère, c’est-à-dire, de déplacer la révolte sur un autre terrain, si leurs maris n’arrêtaient pas leur hooliganisme contre l’environnement.

L’on ignore sur quel terrain elles comptent mener leur révolte, mais pas les hommes de Djitoumou, car la menace des femmes a été prise au sérieux. Et depuis, les arbres peuvent “respirer ” dans le Djitoumou, à la grande satisfaction du maire.

Une chose est cependant claire : les populations de la contrée attendent de pied ferme l’honorable Mohamed Aly D. Maïga de l’URD au tournant. Mais en attendant, ce sont les femmes de Djitoumou qui méritent une mention spéciale et l’appui de toutes les structures oeuvrant dans le cadre de la protection de l’environnement.

Adama S. DIALLO

09 avril 2008.