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La forêt du village de Memissala dans la Commune de Dembella en 3e région est le théâtre de coupes illégales de bois. De gros arbres comme les caïlcédrats et fromagers sont abattus par des exploitants forestiers qui ont tenté de réduire au silence le chef de village, opposé à leur pratique néfaste.

Avec la décentralisation, les populations du village de Memissala dans la Commune de Dembella, situé à 120 km de Sikasso, ont pris en charge la gestion de leur forêt à la suite de rencontres avec les autorités locales, le service forestier et les communautés riveraines.

Une brigade locale de surveillance de l’environnement a été mise en place. Elle est composée des jeunes du village. Elle a pour mission de sensibiliser les populations sur les dangers de la déforestation. Elle doit dénoncer au service des eaux et forêts les destructeurs de la nature.

En patrouille, elle vient de mettre le grappin sur des exploitants de bois de Sikasso. Dans la forêt de Memissala, ceux-ci ont abattu 84 caïlcédrats et fromagers en 2 mois. Parmi eux, un grand fromager, objet de discorde, situé au bord du marigot qui sépare les villages de Memissala et Tella. Il servait de site à un rituel annuel, protecteur du village, selon des techniciens de l’environnement. Toujours est-il que tous les arbres coupés ont environ 100 ans d’âge et 4 mètres de circonférence.

Les dégâts constatés sont évalués à plus de 10 millions de F CFA. Les arbres coupés servent à faire des planches et des chevrons. Alerté, le service local de l’environnement est parvenu à prendre les auteurs la main dans le sac. Le butin (900 m de planches) et le matériel de travail ont été saisis. Ils ont été déposés chez le chef de village, Sidi Togola.

Convaincus d’avoir exercé une action patriotique de sauvegarde de la nature, les populations du village de Memissala retrouveront pourtant quelques jours après leur chef de village sous les verrous à la brigade de gendarmerie de Niena pour vol de planches et chevrons.

Abandonné puis piégé par le maire de la Commune, Zoumana Fané, et l’agent des eaux et forêts, il ne recouvrera la liberté que grâce à la médiation des ressortissants de son village à Niena.

« Je suis humilié devant mes populations. Je me demande où va le Mali. A 70 ans, on me qualifie de voleur de bois et on me jette en prison. D’où vient cette machination ? Mon rôle est de diriger mon village, de protéger les populations et l’environnement comme l’ont fait mes prédécesseurs. Nous ferons tout pour rencontrer le ministre et lui expliquer nos préoccupations« , assume Sidi Togola.

Cette arrestation arbitraire de l’autorité traditionnelle crée des suspicions. Les populations parlent de laxisme ou de prise de pot-de-vin par l’autorité locale qui ferme les yeux sur la destruction des arbres protégés. Le cri de cœur des populations de Memissala porte sur la dégradation du couvert végétal, l’érosion, la faible pluviométrie, les aléas climatiques persistants avec pour corollaire la « sahélisation », puis la désertification.

Pour eux, c’est le début de la déforestation de Memissala dans une conspiration orchestrée par les services locaux administratifs, sécuritaires et de l’environnement. Les populations de Memissala, face aux dégâts causés à la flore, contemplent avec tristesse et frustration la coupe abusive du bois de leur terroir.

Des pieds de caïlcédrats et fromagers et autres grands arbres sont dans la ligne de mire des scies motrices ordonnées par les autorités administratives locales, de concert avec les services de sécurité et de l’environnement, pourtant censés protéger les arbres.

Le cri d’alarme lancé depuis le Ganadougou va en direction des autorités supérieures de l’environnement afin qu’elles trouvent une solution, marquant un terme définitif au déboisement de la commune.

Dans le cas contraire, sous les effets conjugués du réchauffement climatique et de la déforestation régionale, la « sahélisation », puis la désertification, prendront à coup sûr le pas sur ce magnifique couvert végétal, prisé des écologistes, l’un des greniers actuels de l’agriculture céréalière et de l’élevage de la région de Sikasso.

B. Y. Cissé

(correspondant régional)

14 Mars 2012