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A cause de la grave crise sociopolitique que traverse le Mali, le gouvernement a suspendu le budget spécial d’investissement (BSI) au titre de la campagne agricole 2012-2013.

Le coup d’Etat perpétré le 22 mars 2012 contre le régime démocratiquement élu a plongé le Mali dans une crise sociopolitique sans précédent. L’instabilité qui en a résulté a amené les partenaires techniques et financiers (PTF) à plier bagages pour ne pas dire à fermer le robinet.

L’arrêt des grands travaux à l’Office du Niger puis leur reprise en constitue l’illustration la plus parfaite. Toutefois, l’horizon ne se dégage pas totalement avec la suspension annoncée par le gouvernement à travers le ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche du budget spécial d’investissement (BSI) au titre de la campagne agricole 2012-2013.

A cause de la crise engendrée par les événements du 22 mars 2012, ni les offices (Office riz Ségou, Office riz Mopti…) ni la Compagnie malienne de développement des textiles du Mali (CMDT) ne bénéficiera, du moins pour cette année, de cet appui de l’Etat qu’est le budget spécial d’investissement.

Le BSI est ce fonds destiné au curage des canaux, à la consolidation des digues, à l’entretien des casiers et à celui des ouvrages… Avec sa suspension cette année, il revient à chaque office de prendre en charge les petits travaux avec les fonds issus de la redevance eau. Or, cette redevance est jugée insuffisante au regard des charges de fonctionnement.

Une quadrature du cercle

A l’Office riz Ségou par exemple, la redevance eau cette année est estimée à 300 millions de F CFA. Sur ce montant, 70 % sont consacrés à l’entretien du réseau, 25 % pour le fonctionnement du service et les 5 % représentent le fonds sinistre. Par contre, à l’Office riz Mopti (ORM) le bilan est loin d’être reluisant.

L’année dernière, il a été enregistré des pertes sur plus de 65 % des superficies cultivables de cet Office plus de la moitié des superficies cultivables du fait de l’insuffisance pluviométrique. Dans ce contexte, la redevance eau ne représente pas grand-chose. Le gel du budget spécial d’investissement sera un coup dur pour les offices qui ne peuvent en l’absence de ce fonds entreprendre des travaux d’envergure.

Or, il y va du succès de la campagne agricole. Au cours de l’arbitrage pour le BSI, il était convenu de mettre à la disposition de l’Office riz Mopti 300 millions de F CFA alors qu’il était demandeur de 400 millions de F CFA.

Mais avec la suspension du BSI, il n’aura rien de même que l’Office riz Ségou qui perd également près de 400 millions de F CFA. Ils doivent chacun se débrouiller. Mais comment ? C’est là la quadrature du cercle. D’autant que le ministère de tutelle demande au monde rural de produire beaucoup et plus. Ce qui serait un leurre sans les moyens même si quelque part l’Etat a décidé du maintien de la subvention de l’engrais.

Mohamed Daou

Les Echos du 18 Juin 2012