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La situation catastrophique dans laquelle se trouve notre pays est le résultat de dix ans de mensonges, de ruse, d’intelligence et de complicité avec Al Qaïda au Maghreb islamique, d’abandon d’une partie de notre souveraineté au profit de trafics de tous genres, de relation de vassalité avec Kadhafi, de traitement royal réservé aux bandits armés de retour de la Libye.

Ce cocktail explosif ne pouvait que sauter un jour. Et finalement, il a sauté ce 22 mars à la figure de celui qui avait préparé cet explosif pour les autres, à quatre jours de la date anniversaire (26 mars 1991) de son coup d’Etat contre le général Moussa Traoré, comme si l’histoire se répétait.

Depuis la signature de l’Accord d’Alger le 4 juillet 2006 avec les rebelles touaregs, regroupés au sein de l’Alliance pour le changement du 23 Mai, les intentions réelles du général ATT ont clairement été affichées : créer le désordre dans le pays pour y rester au pouvoir quelques années après son mandat et s’enrichir davantage dans le payement des rançons pour la libération des otages occidentaux et de l’argent des différents trafics dans le nord de notre pays, transformé à cet effet en no man’s land.

De cette date à maintenant, notre journal a été un avant- gardiste dans le combat contre les dérapages du général président et de sa gestion laxiste des affaires de la gestion. Si personne n’a porté une oreille attentive à ce que nous écrivions, le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDR) vient de nous donner raison par son coup de force du 22 mars. Nous nous réjouissons de ce changement intervenu dans notre pays par un groupe de militaires, excédés par la mauvaise gestion de la guerre dans le Nord en particulier et des affaires du pays en général.

Surnommé Soldat de la démocratie par ses laudateurs, ses courtisans, ses souteneurs, le désormais ex- président de la République, Amadou Toumani Touré (ATT), se croyait tout permis. Il installe ainsi au vu et au su de tout le monde son système de gouvernance sur la violation des textes fondamentaux de la République, la corruption, la gabegie, le pillage en bandes organisées des maigres richesses du pays, l’affaiblissement des partis politiques avec la bénédiction d’une classe politique aux appétits gloutons et voraces.

Ces pratiques néfastes au fonctionnement de l’Etat ont été dénoncées par des femmes et des hommes dont le souci était de préserver les acquis démocratiques, obtenus dans le sang, afin d’éviter à notre pays ce qui lui est arrivé le 22 mars. Malheureusement, ils ont été jetés à la vindicte populaire. Au profit de la politique du ventre.

Arrivé au pouvoir en 2002 et réélu en 2007, l’ex -président ATT symbolisait le changement aux yeux des Maliens. Il pouvait redonner confiance à ce peuple après dix ans d’incroyable gâchis du président Alpha Oumar Konaré. Au lieu d’incarner le vrai changement comme le souhaitait le peuple malien, ATT, en plus des pratiques de vol crapuleux et de détournement de deniers publics par le régime ADEMA, opte pour l’impunité.

Plus grave, il s’entoure d’hommes à réputation sulfureuse dont la seule ambition est de rouler carrosse avec un train de vie ostentatoire et insolant. Ces comportements ont provoqué l’ire des Maliens, clochardisés par des hommes sans vergogne, ni foi.
L’ex-président, Amadou Toumani Touré, durant dix ans, ne s’est jamais montré en homme d’Etat digne de mettre le Mali sur orbite comme l’ont fait ses prédécesseurs.

Au lieu de prendre des décisions courageuses concernant la vie de la nation, il a préféré la politique de dénonciation à l’image de l’homme de la rue. Il n’a pris aucun domaine au sérieux, sauf la promotion de la médiocrité et de l’enrichissement illicite de son clan. Avec comme dénominateur, sa propension à arrondir les angles par des nominations et de distribution d’argent.

L’ex-président Touré a crée ses milliardaires à l’image de Alpha en 1998. Il n’a entrepris aucune initiative pour lutter contre la corruption, malgré les différents rapports des structures de contrôle. Ironie du sort. Pour protéger ses hommes, il a jeté à la figure du peuple malien que les petits poissons sont mis aux arrêts.

Là où le vase a débordé, c’est la crise dans le nord de notre pays. Il est inadmissible que le régime déguisé des généraux soit incapable de résoudre le problème de la sécurité du pays. Ils n’ont rien entrepris pour éviter l’humiliation à notre armée.

A chaque avancée des rebelles, on parle de repli stratégique, comme signe de défaite pour une armée envoyée sans moyens adéquats pour faire face à la défense de l’intégrité territoriale.
Au moment où l’armée replie devant l’ennemi toute honte bue, ATT procède à des distributions fantaisistes de galons de général à des officiers, trempés dans le trafic de la drogue et insouciants du sort des militaires engagés au front.

C’est pourquoi dès la prise du pouvoir par le Comité pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDR), il a dénoncé la corruption de la hiérarchie militaire et l’incapacité du gouvernement à faire face à la guerre dans le Nord.

En acceptant d’accorder un asile doré aux éléments d’Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), ATT a commis un acte de forfaiture, trahisant du coup son serment de sauvegarder l’intégrité territoriale du pays. Chassés de l’Algérie, du Niger et de la Mauritanie, les éléments d’Aqmi avec la connivence d’ATT, ont transformé le Nord de notre pays en un espace par excellence de trafics de drogue, d’armes et de prise d’otages des Occidentaux.

L’opinion nationale constatera avec beaucoup de regret qu’il est le premier sinon le seul chef d’Etat au monde qui négocie avec des preneurs d’otages ; et dans bien des cas, le président lui même s’est proposé comme négociateur principal avec à la clé des mallettes pleines d’argent. Ainsi, il s’est brouillé avec la communauté internationale qui qualifie le «Mali de ventre mou» dans la lutte contre le terrorisme.
Tout le peuple malien est resté coi quant à la gestion laxiste des bandits armés de retour de la Libye. Il les accueille avec vivres et sommes sonnantes et trébuchantes. Comme si la souveraineté du Mali n’est qu’un papier de chiffon.

Malheureusement, le général a failli là où il devrait réussir : la sécurité.
Malgré sa sortie déshonorable par la petite porte de l’Histoire, on ne peut pas cracher sur tout son bilan. ATT est parvenu à doter notre pays de certaines infrastructures de développement (ponts, désenclavement intérieur et extérieur). Des zones de production ont été reliées aux centres de consommations par des voies bitumées, facilitant l’écoulement des produits agricoles. L’ex-président a changé le visage des villes secondaires par le bitumage des voies, l’éclairage public, l’installation des adductions d’eau.

Aussi, peut- on ajouter à ce bilan, la construction de deux grands hôpitaux dont l’un à Sikasso et l’autre à Bamako.
Décidément, comme on le dit, qui sème le vent, récolte la tempête.

Yoro SOW

27 Mars 2012