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De l’échec de la rencontre entre le ministre de la Défense et des anciens combattants, Général Sadio Gassama et les militaires du camp Soundiata de Kati, à la prise du pouvoir par ces derniers, le mercredi 21 mars 2012, il n’a fallu que quelques heures de mutinerie pour que le Capitaine Amadou Haya Sanogo et sa troupe prennent le contrôle de l’ORTM et du Palais de Koulouba.

Sorti de nulle part, un groupe de militaires conduit par le Capitaine Amadou Haya Sanogo, inconnu du grand public, est désormais à la tête du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (Cnrdre). Ce groupe profite d’une rencontre, qui dégénère, avec le ministre dela Défense, Sadio Gassama, pour s’accaparer d’armes, de munitions, de véhicules avant de prendre les larges de la ville, tirant en l’air, provoquant une panique générale au sein de la population de Kati et de Bamako.

N’ayant rencontré aucune résistance dans leur mouvement, le groupe de militaires nourrit spontanément de nouvelles ambitions et prend le contrôle de l’Office de radiodiffusion diffusion et télévision du Mali en le vidant de son personnel. Aux environs de 15h30, le signal est coupé sur l’Ortm.

Ensuite ce fut le tour d’Africable télévision aux alentours de 21heures provoquant une panique totale au sein de la population.

Des personnalités civiles, politiques et militaires, certains membres du Gouvernement sont mis aux arrêts.

C’est le 22 mars 2012, vers 05heures du matin, qu’un groupe de militaires déclare avoir renversé le régime du Général Amadou Toumani Touré dans un communiqué lu par le lieutenant Amadou Konaré qui se présente comme étant le porte-parole des mutins, devenus entre temps des putschistes.

Visiblement surpris par le pouvoir, les putschistes avaient du mal à lire les premiers communiqués. Se demandaient-ils certainement si c’était un rêve ou une réalité.

Dans tous les cas, la nouvelle du coup d’État a fait le tour du monde avec une vague de condamnations tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.

Pendant que Oumar Mariko, secrétaire général de Sadi se réjouissait du coup d’État sur les antennes d’une radio étrangère, la classe politique nationale dans sa majorité condamnait ce coup de force et demande le retour à l’ordre constitutionnel.

Dans la nuit du 21 au 22 mars, Bamako a vécu des scènes de pillage, de vandalisme par des hommes en uniforme. Les citoyens ont été expropriés de force de leurs véhicules dont le plein est fait de force dans les stations d’essence.

Si au départ de cette aventure, les militaires reprochaient au pouvoir de ne pas doter l’armée de moyens nécessaires et adéquats pour combattre la rébellion du nord, le président du Cnrdre semble avoir d’autres préoccupations d’ordre social. Malgré la divergence des avis sur ce coup de force, il y a lieu de se poser des questions sur les motivations réelles de la junte. Est-ce réellement une question de moyens militaires pour sécuriser le pays ? Est-ce un complot ourdi en complicité avec des hommes politiques qui avaient carrément peur d’aller aux élections ?

Les mutins avaient-ils besoin de ce coup de force pour satisfaire leurs revendications ? Pourront-ils avoir les moyens adéquats pour doter l’armée de matériels de guerre dans un laps de temps avec cette condamnation unanime de la communauté internationale ? Autant de questions qui taraudent les esprits.

Seule certitude, c’est que les putschistes sont tombés dans leur propre piège. Ils auront du mal à gouverner ce pays avec ces condamnations de la communauté internationale et du Front unis pour la sauvegarde de la démocratie et de la République. Sans l’approbation de ces derniers, les mutins ne pourront jamais gouverner le pays quand on sait qu’elle ne dispose pas d’autorité nécessaire, ni de la caution des grands partis politiques.

En attendant de trouver la solution à cette équation et bien d’autres, le Mali vit dans une situation peu confortable pour un pays en guerre contre une rébellion armée et qui doit faire face à une situation d’insécurité alimentaire.

Lassana Sidibé

Juriste

30 Mars 2012