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Les diplomates américains trahis par Wikileaks n’avaient, jusque-là, épinglé que trois pays de l’Afrique de l’Ouest : Guinée Bissau carrément traitée de narco-Etat; Guinée Conakry considérée comme une autre plaque tournante et Ghana dont l’implication de certains officiels était, cependant, soupçonnée et dénoncée par le président Atta Mills. Voici que, nous prenant à revers, le très planétaire quotidien « Le Monde » présente le Mali comme un autre carrefour du narcotrafic.

Du cannabis non mais de la cocaïne ! Et dans des détails dignes seulement des thrillers américains. Il y a l’avion de Tarkint dont on reparle avec des éléments peut-être nouveaux – l’Espagnol qui aurait reconnu avoir convoyé le kérosène pour le bœing par la suite incendié ayant été, semble t-il, arrêté au Maroc, il y a quelques semaines. Plus d’un an après le rocambolesque atterrissage, l’article du « Monde » donne l’opportunité au gouvernement d’informer la nation des suites de la plainte qu’il porta, en son temps, contre X.

Deuxième affaire tout aussi surréaliste que notre confrère L’Indépendant nous avait permis de suivre en temps réel : celle du Consortium Espagnol d’Investissements. Il s’agit de trois malfrats pris par notre police alors qu’ils passaient à la tronçonneuse leur infortuné partenaire colombien. Pas à Bogota mais à Bamako. Ils sont en détention à la prison centrale, selon « Le Monde », un des détenus a pu s’échapper. Quelques semaines auparavant, notre confrère le 26 mars avait pourtant parlé d’un plan d’évasion aussi diabolique que sanglant de la part des trois prisonniers qui avaient, selon l’hebdomadaire, pris leurs aises à la Maison Centrale d’Arrêt.

Ces troublantes informations méritent une explication claire de la part de la partie malienne. Voire un démenti. Parce qu’en l’état, elles nous discréditent comme nation, les nouvelles circulant à la vitesse de la lumière grâce à Internet. Il ne sert donc à rien de feindre de ne pas être au courant. Ce qu’il faut au contraire, c’est prendre la juste mesure des défis de la communication au siècle des nouvelles technologies et réagir conséquemment.

Le cadeau du « Monde » en ce début de nouvel an ressemble à un coup de poignard. Le silence de nos autorités sur ces graves allégations qui ont déjà fait le tour de la planète – ne nous faisons pas d’illusions là-dessus – tiendrait, lui, de second coup de poignard. Or ce pays resté honnête et digne dans son écrasante majorité a besoin qu’on lui dise, si tristement nous sommes tombés aussi bas ou s’il s’agit d’un simple complot contre notre image.

Adam Thiam

04 Janvier 2011.