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Après neuf mois de tangage sur les eaux tumultueuses du Djoliba, le bateau de la transition malienne observe un arrêt forcé à mi-chemin de son parcours depuis le 24 mai dernier. Et pour cause : la prise en otage, ce jour-là,  du président Bah N’Daw et de son Premier ministre Moctar Ouane, par le Colonel Assimi Goïta et ses frères d’armes de Kati mécontents du remaniement ministériel qui a vu l’éviction de deux des leurs de l’équipe gouvernementale. Depuis lors, la communauté internationale qui a unanimement condamné l’acte, cherche par tous les moyens à remettre la transition sur les rails, en vue de sauver  ce qui peut encore l’être du processus et au-delà, de la démocratie par le retour à l’ordre constitutionnel normal dans les délais impartis. C’est dans ce cadre que le négociateur en chef de  la CEDEAO, l’ancien président nigérian, Goodluck Jonathan, à la tête d’une délégation, séjourne, depuis le 25 mai dernier, dans la capitale malienne où, dans une démarche diagnostique, il n’a pas perdu de temps pour prendre langue avec les différentes parties dans le but de bien appréhender la situation et prescrire la thérapie la mieux adaptée pour une sortie de crise rapide. 

C’est à se demander si le vice-président de la Transition fait preuve de bon sens quand il croit être dans son bon droit de démettre son supérieur hiérarchique

Pendant ce temps, la communauté internationale, fortement agacée par l’attitude récidiviste des putschistes d’août 2020, brandit, à travers l’Union européenne (UE), les Nations unies et la CEDEAO, la menace de sanctions pour mettre la pression sur  les militaires. Comment ne pas les y encourager quand on voit la manière dont les militaires de Kati ont rusé pour se maintenir au cœur de la transition après la chute du président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) ? Comment ne pas soutenir de telles sanctions pour autant qu’elles soient suffisamment dissuasives quand, par leurs actes, Assimi Goïta et ses camarades tendent à apporter de l’eau au moulin de ceux qui ont toujours pointé du doigt leur insincérité en les accusant de vouloir fabriquer un bébé dans le dos de la transition ? C’est à se demander si le vice-président de la Transition, fait preuve de bon sens quand il croit être dans son bon droit de démettre son supérieur hiérarchique qui est le président de la transition, et son Premier ministre, alors qu’il n’en a aucune prérogative au terme de la charte de la Transition sur laquelle il prétend s’appuyer pour justifier son acte. Si ce n’est pas une preuve de légèreté, cela y ressemble fort ou, à tout le moins, à de l’immaturité politique. A moins que tout ceci n’ait in fine pour objectif de les contraindre à la démission pour se donner une marge de manœuvre. Chose que lui et ses hommes viennent d’obtenir de Bah N’Daw et de Moctar Ouane. En tout état de cause, en allant tirer Bah N’Daw de sa douce retraite pour le porter opportunément à la tête d’une transition qu’il a toujours voulu contrôler, si Assimi Goïta pensait avoir trouvé en lui un pantin manipulable à souhait, tout porte à croire qu’il se sera fourré le doigt dans l’œil. Toujours est-il qu’il a obtenu sa démission à la mi-journée d’hier à Bamako. 

Ce que Assimi Goïta et ses camarades veulent, c’est le pouvoir et tout le pouvoir à Bamako

C’est la preuve qu’en réalité, le chef de la junte militaire et ses camarades n’ont jamais été dans la logique d’un transfert du pouvoir aux civils,  comme le recommande la communauté internationale dans la perspective d’un retour rapide du pays à l’ordre constitutionnel normal. C’est dire si la démocratie est véritablement en danger au Mali, avec cet appétit vorace et gargantuesque de la soldatesque qui semble persuadée  d’être à sa place, au sommet de l’Etat malien. C’est pourquoi on espère que le silence à la limite de l’apathie du peuple malien qui semble subir les événements, est tout sauf de la résignation, au moment où la communauté internationale s’active à trouver une solution. Car, le combat pour la démocratie et le refus de l’Etat d’exception, est d’abord le combat des Maliens. Le combat contre la confiscation du pouvoir par une junte militaire visiblement boulimique du pouvoir, est celui de l’ensemble des acteurs politiques, de la société civile et des forces vives de la nation malienne. Car, il ne faut pas se voiler la face : ce que Assimi Goïta et ses camarades veulent, c’est le pouvoir et tout le pouvoir à Bamako. Et il faut croire que leur action a toujours été teintée de fourberie et de roublardise plutôt que de patriotisme. Que fera à présent la communauté internationale après ce coup de force consommé, avec ces démissions ? Vivement que les sanctions pleuvent sur le blakoro et compagnie ! Car, à défaut d’une mobilisation populaire du peuple malien, c’est la seule manière de refroidir les ardeurs des tombeurs d’IBK qui viennent de prendre les institutions maliennes en otage.

« Le Pays »