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La capitale du Burkina Faso accueille, depuis le dimanche 16 novembre 2008, la réunion annuelle du Comité consultatif international du coton. Cette instance rassemble la plupart des Etats producteurs et consommateurs. Cette rencontre a relancé le débat sur l’avenir de la cotonculture dans le monde. Cela au moment où des pays comme le Mali veulent privatiser ce secteur au grand dam des rares paysans qui croient encore que le coton peut redevenir l’or blanc pour la sous-région.

« La filière du coton africain en crise » ! C’était le titre de la « chronique des matières premières » de RFI le 14 novembre 2008. C’était à la veille de l’ouverture d’une importante réunion sur la question à Ouagadougou. Une rencontre qui intervient dans un contexte extrêmement difficile pour la filière en Afrique de l’Ouest.

En effet, face à la chute vertigineuse des prix d’achat, de nombreux paysans ont abandonné la culture du coton. C’est dire que le coton n’est plus ce qu’il était dans les années 1980 et 1990 : l’or blanc ! A la place des bénéfices, de nombreux paysans se retrouvaient endetter à la fin des campagnes commerciales.

D’où la multiplication des abandons. Ce qui fait que, cette année, un pays comme le Mali n’attend que 80 000 tonnes de coton fibre contre 300 à 600 000 tonnes les années fastes.

Endettés, affamés, les cotonculteurs se sont retournés vers la production céréalière. Surtout que la flambée des produits agricoles laisse entrevoir un destin plus réjouissant pour eux. Crise alimentaire aidant, il est aujourd’hui réaliste de vouloir tirer un revenu décent des cultures vivrières comme c’est le cas cette année au Mali.

Mais, comme le dit le chroniqueur de RFI, « le modèle du développement par le coton n’est, pourtant, pas remis en cause par les Etats car la fibre fait marcher de nombreux secteurs comme les transports, les banques, les usines d’égrenage et les huileries ».

Même si cela reste à vérifier sur le terrain, il est indéniable que nos Etats soutiennent le redressement de la filière car elle a, un moment, contribué à maîtriser l’exode rural et à relativement améliorer les conditions de vie dans les zones de production.

Si la volonté est la même, les stratégies sont différentes. Au Mali, « où la société cotonnière est sans doute la plus mal en point », selon RFI, les autorités ont inexorablement opté pour la privatisation pour relancer la filière. La récente nomination d’un responsable de la Mission de restructuration du secteur, Tiéna Coulibaly à l’occurrence, va en tout cas dans ce sens. Il aura sans comme principale mission de boucler rapidement et avec succès la privatisation de la Compagnie malienne du développement des textiles (CMDT).


Sous l’emprise de la crise financière

Ce qui est sûr, la relance de la filière ne sera pas une sinécure pour ceux qui sont chargés de cette redoutable mission. En effet, le secteur n’échappe pas aux effets négatifs de la crise financière internationale qui affecte l’économie mondiale.

Celle-ci entraîne la chute des cours et la consommation de coton. Il y a environ deux semaines, le cours fixé à New York est tombé à son plus bas niveau depuis 2005, c’est-à-dire en dessous du seuil des 45 cents la livre pour le contrat de décembre 2008.

Et les analystes financiers conseillent que, « il ne faut pas compter sur ceux qui l’ont porté artificiellement au firmament, au mois de mars 2008, pour redresser la barre : ils se sont volatilisés ». Il s’agit naturellement des investisseurs qui ont accéléré la liquidation de leurs positions acheteuses quand la débâcle financière s’est déclenchée à la mi-septembre 2008.

Ce qui fait que sur le marché du coton, comme le dit un expert du commerce international, « les fondamentaux ont repris le dessus pour tirer les cours vers le dessous. Il est alors devenu encore plus difficile de sortir le coton africain du marasme dans lequel il se trouve aujourd’hui ».

Comme l’automobile ou la sidérurgie, le textile est touché de plein fouet par la crise économique. Ce qui explique le très net ralentissement de la demande. Et si l’on se réfère au calendrier de la cotonculture, l’espoir n’est pas à attendre du côté de l’offre. En effet, la récolte américaine est déjà annoncée.

Sans compter que même si la quantité baisse par rapport à 2007, l’offre abondante du premier exportateur au monde (Etats-Unis) de fibre pèsera lourdement sur le marché.
Quel avenir en Afrique de l’Ouest ?

Sur l’avenir il y a encore pour le coton, il sera sans doute biologique. Malgré le retrait des paysans de la culture du coton, on constate que la production de la fibre biologique est en nette croissance dans des pays comme le Mali.

Mieux, elle a désormais le soutien des bailleurs de fonds. Ainsi, en octobre dernier, on apprenait que l’Agence française de développement (AFD) a accordé une subvention de 4,5 millions d’euros destinée au Projet d’appui au développement du coton équitable et bio-équitable en Afrique de l’Ouest et du Centre.

Mené par l’Association des producteurs de coton africains (Aproca), ce projet a comme objectif de développer la production du coton et de textiles issus du commerce équitable et de l’agriculture biologique. Il s’agit aussi, par ricochet, « de promouvoir le coton africain sur le marché mondial ».

L’avantage du coton bio, c’est qu’il n’est pas confronté à un problème d’écoulement car la demande est de loin supérieure à l’offre actuelle. Ce ne sont pas les paysans maliens et burkinabés qui diront le contraire car ils se frottent les mains aujourd’hui grâce à la culture du coton bio.

Dans la même mouvance, la région Bretagne en France et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa) viennent de signer un accord qui prévoit l’exportation jusqu’en 2010 de 3000 tonnes de coton bio-équitable depuis le Mali et le Burkina Faso.

A l’origine de cet accord un double constat : quatre entreprises bretonnes de vêtements éprouvaient de grosses difficultés à s’approvisionner en coton biologique et équitable, alors qu’elles étaient disposées à payer un surcoût pour ce double label.

La bouée de sauvetage de la filière

Parallèlement, de nombreux producteurs de coton africains étaient étranglés par la chute des cours et la hausse des prix des engrais et des pesticides. Pour qu’ils puissent continuer à vivre de leur travail, le passage au coton biologique est apparu comme une solution. L’ONG suisse Helvetas, spécialisée dans la bio-agriculture, a alors mis les différents partenaires en relation afin de sécuriser la filière entre cotonculteurs africains et industriels bretons.

La région Bretagne va ainsi financer, pendant trois ans, la reconversion à l’agriculture bio de 5000 producteurs maliens et burkinabés. Elle va investir pour cela plus de 342 millions F CFA (525 000 euros) et l’Uémoa va apporter de son côté 142 millions F CFA (218 000 euros).

Dix villages de la région de Fada N’Gourma (Burkina Faso) et vingt villages de la zone de la Haute vallée du Niger au Mali sont concernés par le projet. La culture et l’égrenage de « l’or blanc » se feront en Afrique, le filage à Fès (au Maroc) et à Laval (France). La fabrication des vêtements sera assurée par les quatre entreprises textiles bretonnes à l’origine de l’histoire. « Les pratiques seront celles du commerce équitable, tant du point de vue des conditions de travail que des revenus », insiste le Conseil régional de Bretagne.

L’histoire a donné raison à l’initiateur du coton bio. Opposé à cette culture, la CMDT s’est finalement rallié au coton bio. « Nous étions sceptiques au départ. Nous voulions savoir si c’est rentable. Maintenant, on sait que le coton biologique a sa place au Mali », a récemment reconnu un responsable de la CMDT. Aujourd’hui, cette compagnie s’est jointe à Helvetas pour faire la culture du coton biologique un moyen de lutte contre la pauvreté.

Aujourd’hui, au Mali, ils sont des milliers de producteurs, dont de nombreuses femmes, à s’engager dans la culture du coton bio. La production prévisionnelle pour la campagne 2008 est de 1200 tonnes. Les producteurs s’en tirent avec 306 F CFA par kilo contre 160 F CFA pour le coton conventionnel.

Pour qui connaît l’intérêt croissant des consommateurs européens pour les produits bio, les autorités feraient mieux de suivre l’exemple de l’Uémoa et de ses partenaires en s’investissant réellement dans la vulgarisation de cette culture dans toute la sous-région.

Vieux Georges

21 Novembre 2008