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Le président de l’Assemblée nationale ivoirienne, Guillaume Kigbafori Soro, vient de demander pardon à son peuple, à ses anciens amis et à son adversaire qu’il a combattu par les armes en l’occurrence l’ancien locataire du palais de Cocody, Laurent Gbagbo. Quel peut- être le sens de ce pardon pour un observateur averti ? Il faut rappeler qu’en 2002, Guillaume Soro crée une rébellion contre le pouvoir du président Laurent Gbagbo. Il avait élu domicile dans la grande ville de Bouaké. Cette rébellion fera date dans les annales de l’histoire politique de la Côte d’Ivoire. Les dégâts matériels et en vies humaines sont manifestes.

A la tête des militaires qu’il a baptisés «Forces nouvelles», Guillaume Soro a pratiquement coupé le pays en deux (02): l’une commandée parle président Laurent Gbagbo et l’autre par lui-même. Cette rébellion a ravivé les tensions et a conduit à l’organisation de l’élection présidentielle pour mettre Gbagbo hors-jeu. Le président a eu Soro et la France sur son dos.

La suite n’a échappé à personne: Gbagbo est arrêté par les soldats de la coalition dirigée par Guillaume Soro, l’actuel président de l’Assemblée nationale. Depuis l’extradition de Gbagbo à la Cour pénale internationale (CPI), la carte politique de la Côte d’Ivoire ne cesse de connaître des soubresauts aux contours multiples et multiformes. Et depuis, beaucoup d’eau a coulé sous le pont ivoirien, et les mobiles se dessinent progressivement et les forces s’organisent.

Depuis un certain temps, on assiste en Côte d’Ivoire aux mutineries à répétition dans la quasi-totalité des garnisons militaires du pays. Ces mutineries portent-elles l’empreinte de l’ex-chef rebelle Soro ? En tout cas, la cache d’armes découverte au domicile du plus proche de ses fidèles laisse planer le grand doute sur les intentions réelles de Soro par rapport au pouvoir de Alassane Dramane Ouattara (ADO) qui lui aussi s’enferme dans une panoplie de dispositions sécuritaires ayant conduit le président de la République à démettre de leur fonction, le ministre de la Défense, le plus fidèle des fidèles du président de l’Assemblée nationale Guillaume Soro, remplacé par Hamed Bagayoko, un proche du président Ouattara.

En ces temps d’incertitudes de plus en plus grandissantes quant au sort futur de Gbagbo, le pardon de son ennemi Soro pourrait être une fuite en avant de celui-ci parce que ne sachant plus la direction du vent. Aussi, les changements opérés au sein des forces de défense et de sécurité le déplument vraiment de toutes ses forces de combat. Tout se passe comme si Guillaume Soro se voit de plus en plus phagocyté par les tournures des évènements politico-militaires de la Côte d’Ivoire.

Est-ce pour mieux sauter qu’il a demandé pardon à tous ? Est-ce pour endormir les consciences et les diables des forces politiques et militaires en face de lui ? L’ombre de Gbagbo ne plane-t-il pas chaque jour davantage sur le président de l’Assemblée nationale ivoirienne ? Sent-il sa fin politique s’approcher à grand pas ? Prépare-t-il un coup contre son «allié», Alassane Dramane Ouattara ?

En politique, toutes les hypothèses se valent quand on sait qu’en cette matière il n’y a pas de calcul absolument vrai. Il n’est point besoin de rappeler ici les liens qui unissent la Côte d’Ivoire et la France depuis la fin de la colonisation française. L’on peut simplement rappeler que sous Laurent Gbagbo neuf (09) Français ont perdu la vie suite à ce que certains ont appelé «erreur de pilotage» de l’avion militaire Antonov qui les a visés.

La réponse du berger à la bergère n’a pas tardé. Depuis Paris, le ministre français de la Défense a ordonné à la base française en Côte d’Ivoire de mettre hors d’état de nuire tous les avions militaires ivoiriens. En quelques dix (10) minutes, tout est fait, laissant le pouvoir Gbagbo sans moyen aérien de protection. A l’époque, une célébrité avait laissé entendre que Gbagbo n’a pas raison d’engager des brouilles avec celui qui fabrique des armes.

A la faveur de la rébellion créée par Soro, au regard de l’élection contestée de Gbagbo et les Français ont tout simplement œuvré à l’arrestation dans sa forteresse de Cocody du président et sans autre forme de procès, il est conduit à la Haye pour y être jugé, loin des regards des ivoiriens, notamment ses fidèles compagnons. Le pardon de Soro est pour le moins révélateur, en tout cas inopportun.
– Soro se reproche certainement quelque chose en sa qualité de tombeur de Gbagbo et de bras trahi par le président Ouattara.

– Veut-il rallier le camp Gbagbo pour se mettre à l’abri des velléités du pouvoir de Ouattara ? Et qu’est-ce que celui-ci prépare contre Soro ? Sans être dans le secret des dieux, il faut dire que l’étau se ressert autour du chef rebelle des Forces nouvelles de 2002.

Mais pour rejoindre le camp Gbagbo, Soro doit d’abord aller à la Haye pour faire libérer Laurent Gbagbo qui vraisemblablement a été injustement écarté du pouvoir. La seconde alternative (cela semble peu probable pour qui connaît l’homme) n’est autre que de se mettre à la disposition de la justice.

En tout cas, son ancien camarade de la Fédération des étudiants de la Côte d’Ivoire (FECI), Charles Blé Goudé parle à haute et intelligible voix à la CPI parce que n’ayant rien à se reprocher. Pour tout homme averti, un orage se prépare activement en Côte d’Ivoire. Que Dieu sauve le peuple ivoirien !

Fodé KEITA

Du 31 Juillet 2017