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Les autorités françaises recommandent aux familles de ses ressortissants de quitter la Côte d’ivoire. Á l’heure où chacun redoute une escalade de la violence dans le pays, aucun scénario n’est pourtant écrit d’avance. Même l’intervention militaire de la Cedeao, dont les plans sont désormais officialisés, paraît extrêmement compliquée.
Une explosion de violences d’une ampleur catastrophique en Côte d’Ivoire est-elle inévitable ? À moins qu’une intervention militaire de la Cedeao ne soit sur le point d’arriver – personne n’osant véritablement croire à la réussite de la médiation des trois chefs d’État envoyés par l’organisation ouest-africaine à Abidjan mardi dernier, et qui doit y retourner lundi prochain… Autre perspective calamiteuse : va-t-il y avoir un soulèvement d’une partie des Forces armées nationales de Côte d’Ivoire (Fanci), encore loyales à Laurent Gbagbo ? Ou encore ces trois hypothèses peuvent-elles se produire en même temps ?

En prévision de toutes ces éventualités, dont aucune n’est vraiment rassurante pour la stabilité de la Côte d’Ivoire, la France a finalement recommandé vendredi à toutes les familles de ses ressortissants qui résident avec des enfants dans le pays de partir. Le communiqué du ministère des Affaires étrangères annonce également le report de la rentrée scolaire dans les écoles françaises. Une annonce qui intervient alors que les bruits des armes qu’on aiguise se fait chaque jour plus aigu.

Dérapages inévitables

D’un côté, le camp du président illégitime Laurent Gbagbo recrute de plus en plus de jeunes miliciens dans l’Ouest et à Abidjan en prévision d’une épreuve de force avec la communauté internationale. Le leader des jeunes « patriotes », Charles Blé Goudé, a d’ailleurs appelé à « libérer à mains nues » à partir du 1er janvier prochain l’hôtel du Golf où s’est retranché le président élu Alassane Dramane Ouattara. Une menace qui fait craindre le pire : des dérapages seraient bien-sûr inévitables, quelque 800 Casques bleus ayant pour mandat de protéger le président élu et les fonctionnaires de l’Onuci.

Mais du côté de la Cedeao, qui a menacé le camp Gbagbo d’utiliser la « force légitime » contre lui, on se prépare aussi au pire : Laurent Gbagbo n’a visiblement aucunement l’intention de laisser le pouvoir, et toute négociation avec lui paraît vouée à l’échec. Les responsables militaires ont donc préparé des plans d’intervention, dont Abuja annonce qu’ils sont officialisés. Ceux-ci pourraient mobiliser au moins 2 000 à 3 000 hommes.

« Ça va entraîner beaucoup d’affrontements entre partisans de Gbagbo et Ouattara », s’alarme Kwesi Aning, chef du département pour la prévention et la résolution des conflits, au Centre international de maintien de la paix « Kofi Annan », basé au Ghana. Gbagbo dispose d’« un fort soutien, il ne va pas se rendre facilement », assure-t-il.

Force multilatérale ?

Surtout, l’intervention aurait peu de chance de réussir rapidement, ce qui pourrait contribuer au renforcement du président sortant. Le général à la retraite Ishola Williams, secrétaire exécutif du Groupe panafricain de stratégie et de recherche politique affirme même qu’une « intervention militaire en Côte d’Ivoire ne va pas réussir ». Selon lui, Gbagbo est un politicien « très intelligent », qui a le soutien de la hiérarchie militaire et des jeunes de la rue mobilisés par Charles Blé Goudé.

En outre, aucun pays n’a à ce jour officiellement annoncé sa participation à cette force régionale. Le Ghana, voisin de la Côte d’Ivoire, a même annoncé jeudi qu’il n’enverrait pas de troupes, faute d’effectifs suffisants de son armée nationale. Le Nigeria, poids lourd de la région et pays le plus peuplé du continent avec plus de 150 millions d’habitants, devrait être le principal contributeur, mais il doit aussi mobiliser ses troupes pour sa sécurité intérieure, qu’il a déjà le plus grand mal à assurer à quatre mois d’élections générales cruciales pour le président par intérim, Goodluck Jonathan.

Jeune Afrique avec AFP

31 Décembre 2010.

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Côte d’Ivoire :Les chefs militaires de la Cédéao ont finalisé leurs plans

Les chefs militaires de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ont finalisé leurs plans visant à renverser par la force le président sortant ivoirien Laurent Gbagbo si les discussions en cours pour qu’il cède le pouvoir à Alassane Ouattara échouent, a annoncé vendredi l’armée nigériane.

LAGOS, 31 déc 2010 (AFP) – vendredi 31 décembre 2010 – 12h41