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Aujourd’hui, nous sommes témoins de scènes absurdes et surréalistes sur les trottoirs et dans nos rues à cause de cortèges de mariages, qui prennent de plus en plus de l’ampleur. Et cela malgré la décision de la police de les réprimer sur les trottoirs en cas d’infraction…

Le mariage est la procédure qui établit un rapport légal entre un homme et une femme. Il scelle donc l’union entre eux, et il est tout à fait raisonnable que les nouveaux mariés soient joyeusement accompagnés au seuil de leur nouvelle vie pourvu que cela se fasse dans des cadres paisibles et sains. Hélas ! Tel n’est plus le cas au Mali depuis belle lurette.

En cette veille de mois de ramadan, Bamako est le théâtre d’une profusion de mariages, qui offrent l’occasion de manifestations de joie comme les cortèges. Fortement ancrés dans les habitudes, les cortèges sont aujourd’hui un phénomène dangereux à tous points de vue. La démonstration de joie tourne le plus souvent en safaris tragiques et mortels.

Impossible de circuler à Bamako maintenant les jeudis, samedis après-midi et les dimanches à cause des débordements, des excès, des scènes surréalistes et absurdes liées à ces courses folles dans le district et, de plus en plus, dans les villes de l’intérieur.

En effet, on peut observer des acrobaties de motocyclistes juchés à deux, trois ou quatre sur des engins à deux roues. Quant aux conducteurs de voitures, ils rivalisent de témérité avec les pilotes du Paris-Dakar, voire de Formule 1.

Toutes choses qui font que les principes sacro-saints du code de la route sont foulés au pied, car ces scènes ont lieu aussi bien sur les artères de la ville que dans les rues de nos quartiers. C’est ainsi que, au nez et à la barbe des agents de la circulation, les participants aux cortèges de mariage sont les auteurs de surcharge, d’excès de vitesse, de conduite en état d’ébriété, de non respect des feux de signalisation, du refus d’obtempérer…

La conséquence de ces débordements et infractions transforme souvent des mariages, événements majeurs de joie, en scènes de drame dans la mesure où on y déplore toujours des blessés graves et même souvent des décès dus aux accidents. A ceux-ci, il faut ajouter les pertes énormes que ces cortèges causent aux autres citoyens empêchés de vaguer tranquillement à leurs activités à cause des embouteillages qu’ils occasionnent.


Désordre et inefficacité des mesures

Tous ces actes insignifiants et périlleux se déroulent au vu et au su des autorités sans que celles-ci prennent une mesure efficiente pour les contrecarrer. Nous nous souvenons que la police avait pris la décision de réprimer toutes les infractions au code de la route commises lors des cortèges. Mais, les citoyens se sont très vite rendus à l’évidence que cette volonté n’aboutirait jamais à une réelle répression de ces safaris moto-autos dans nos villes.

Selon un agent de circulation, ce sont des personnalités qui sont même responsables de l’état de grâce dont bénéficient les cortèges au Mali. « Quand nous arrêtons un cortège de mariage ou décidons de le sanctionner pour infraction au code de la route, nous sommes sommés de fermer les yeux par un haut cadre de ce pays ou par l’un de nos supérieurs hiérarchiques ». A l’en croire, les mesures ne peuvent pas fonctionner dans la mesure où, dans notre pays, le social prime sur toute autre considération sécuritaire voire humaine.

Cet agent de circulation est soutenu par un conseiller municipal de Bamako qui, au niveau de sa mairie, avait pris des mesures visant à dissuader les excès. Mais, il a été vite stoppé dans sa détermination de sévir contre les récalcitrants. « J’avais conditionné la célébration du mariage à la limitation du nombre d’engins à la devanture de la mairie. Cela a marché quelque temps avant qu’un baron du régime ne mette fin à mes illusions en affirmant que je ne disposais d’aucune loi pour appliquer cette mesure », a-t-il déploré.

A quel sain les citoyens doivent-ils alors se vouer ? Certainement à leur instinct qui leur permet de prendre leurs jambes au coup pour ne pas être fauché par les engins fous d’un cortège !

Ogopémo Ouologuem
(stagiaire)

21 août 2007.