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Le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux, Me Mamadou Ismaila Konaté, était devant la presse le mardi 2 août dans les locaux de son département, pour échanger avec elle sur les préavis de grève des magistrats et sur la justice en tant que telle au Mali.

C’était en présence des Directeurs des services rattachés à son département et du Procureur général près de la Cour d’Appel de Bamako, Mamadou Lamine Coulibaly dit Mala. Au cours de la rencontre, le ministre de la Justice a confié tout d’abord que, dès sa prise de fonction, il avait trouvé en instance deux préavis de grève, émanant du Syndicat autonome de la magistrature (SAM) et du Syndicat libre de la magistrature (SYLIMA) en association avec le Syndicat des greffiers. «Donc, deux défis majeurs étaient déjà en face de moi lorsque j’arrivais comme ministre de la Justice.

Le premier défi concerne les acteurs de la justice. On a coutume de dénoncer toujours l’absence de justice, l’absence de performances de la justice et la mauvaise qualité de la justice. Lorsque la justice est defaillante, c’est la responsabilité des juges qui est engagée. Il est bien de mettre en cause la justice. Il est facile de mettre en cause la justice, mais remettons-nous d’abord en cause pour être corrupteurs, car «Pas de corrompu sans corrupteur».

La situation du juge, plus que d’autres situations, est dramatique. Le juge est mal loti, le juge a mal à sa peau, mal à son corps et mal à son esprit. Soyons donc conscients de l’état de la maladie du juge», a expliqué le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme.

Il a par ailleurs ajouté qu’il n’était pas présent ici pour être l’avocat des juges, mais pour dénoncer certaines choses qui font mal chez les juges. Il s’est dit obligé de travailler avec les juges, car il se trouve à la tête de leur département. La juridiction malienne comptant aujourd’hui 526 juges, il est en train de se battre pour qu’ils soient les meilleurs demain.

«Le second défi concerne les revendications faites par les juges. Il faut que l’Etat fasse un effort pour pouvoir en satisfaire le maximum. Pour mémoire, l’indice de base de la rémunération du juge débutant est identique à celui d’un sous-lieutenant de l’armée.

Ils ont demandé des primes, des indemnités. Même si toutes leurs revendications ne sont pas satisfaisables, il y en a quelques unes parmi elles qu’il faut regarder avec indulgence. La sécurité du juge aujourd’hui est exposée, même dans les tribunaux et la part de la Justice dans le budget national n’est que de 0,58%».

Le ministre a saisi l’occasion pour mettre en exergue l’état de détresse des prisons, ajoutant que le Directeur des prisons avait déjà élaboré un plan de désengorgement de celles-ci. La contruction d’une autre Maison d’Arrêt Centrale est également envisagée à Bamako.

Le ministre a demandé aux justiciables de dénoncer toute chose qui ne va pas bien au niveau de la justice. «En matière de corruption, en 2007, sur 208 dossiers, 110 ont été classés sans suite. Le total des poursuites équivaut à l’équivalent de 320 milliards de FCFA que l’Etat n’a pas encaissés».
Me Konaté a ensuite saisi l’occasion pour faire une mise en garde à l’égard des juges, affirmant détester les juges «pourris». «Tout juge qui sera pris pour corruption passera en Conseil de discipline et ne sera pas à l’abri de la radiation.

Il a aussi promis aux journalistes qu’il entamerait très bientôt un dialogue national pour l’instauration d’une justice de qualité au Mali. Répondant aux questions, Me Konaté confiera que, s’agissant les auteurs des tirs de la Marche de Gao, des analyses étaient en cours pour déterminer la nature des balles tirées.

Adama Bamba