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Ce 25 Novembre 2008, le Président de la République a présidé l’ouverture des Etats Généraux sur la corruption et la délinquance financière, au Centre International de Conférence de Bamako, en présence des plus hautes autorités maliennes et étrangères. “En prenant l’initiative des Etats Généraux sur la corruption, l’ambition du Mali est d’instaurer un débat national pouvant amener toutes les couches de la population à l’information et la sensibilisation à une meilleure compréhension du phénomène”, a déclaré le Chef de l’Etat.

A cet effet, un Comité préparatoire des Etats généraux sur le phénomène a été mis en place depuis le mois de Juin dernier. Dans la lettre de mission que ses membres ont reçu du Président de la République, il leur a été assigné la tâche de préparer les présentes assises, en accordant une place prépondérante à la participation de tous les acteurs de la vie sociale.

L’objectif recherché est de les associer au diagnostic du phénomène, en vue de définir des solutions pertinentes visant à le combattre. A la lumière de ces orientations, le Comité a procédé à l’identification de toutes les forces vives et s’est mis à leur écoute, sur une période d’un mois. Ainsi ont été concernés la société civile, les organisations socio professionnelles, le secteur privé, les administrations d’Etat, les partis politique, les partenaires techniques et financiers, des personnes ressources…

L’initiative du Comité préparatoire

Aux dires du président du Comité préparatoire, les entretiens avec ces organismes et structures ont porté sur deux axes principaux : l’identification et la description des manifestations du phénomène, et les propositions de solutions vivant à le combattre. “De l’avis général des personnes entendues, il ressort très clairement que la corruption et la délinquance financière constituent bel et bien une réalité dans le pays et affectent la plupart des secteurs”, a indiqué le président du Comité préparatoire, M. Modibo Keïta.

Des propositions faites, il a été retenu de cerner et analyser le phénomène dans les domaines suivants : les services économiques (ceux de l’assiette et du recouvrement) la gestion foncière et les marchés publics, l’administration et la fonction publique, l’éducation nationale et la formation, les services judiciaires, la santé, les forces armées et les services de sécurité, la décentralisation, la vie politique et institutionnelle… Se basant sur de très nombreuses contributions, le Comité a également confié, à une équipe d’experts nationaux, l’analyse et l’affinement des propositions ,à la lumière du droit, du réalisme et des valeurs morales du pays.

Ainsi, parmi les personnalités étrangères reçues par le Comité préparatoire, le président du Comité a cité Mme Eva Joly de Norvège et la représentation de l’ambassade du Danemark. Aux dires du président du Comité, les Maliens estiment tous qu’il faut conférer une dimension pérenne à la lutte contre le phénomène. Pour cela, tous souhaitent l’application stricte des dispositions législatives et règlementaires en cours dans notre pays, et la mise en place d’un mécanisme de suivi et d’évaluation d’un programme national.

La détermination du Chef de l’Etat

Quant au Chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré, il a évoqué tous les contours et visages du phénomène de la corruption et de la délinquance financière. Mais auparavant, il a tenu à louer les qualités morales des membres au Comité préparatoire de ces Etats Généraux, à travers le président dudit Comité, M. Modibo Keïta, qui n’est point un inconnu dans le pays, pour avoir été Premier ministre sous Alpha O. konaré.

La lutte contre la corruption ne doit pas se limiter à l’indignation morale où à la dénonciation outrée ! ”, a martelé le Chef de l’Etat. Selon lui, une des conditions, pour vaincre le mal, est de disposer d’une administration efficace et performante, avec des agents vertueux, des conditions décentes de vie et de travail, mais surtout, des règles de transparence de recrutement, de promotion, de sanction des fautes et de récompense du mérite.

Pour illustrer cela, le Chef de l’Etat a évoqué le cas de ces cadres qui savent que chaque acte de corruption est un manque à gagner pour les jeunes qui veulent travailler, pour les filles et garçons qui veulent aller à l’école, pour les citoyens qui veulent se soigner, pour les travailleurs qui aspirent à l’amélioration de leurs conditions de vie. Le Chef de l’Etat a surtout insisté sur une prise de conscience collective, car “la seule responsabilité individuelle ne suffit pas. Et l’Etat doit aussi assumer sans complaisance ses responsabilités“, a-t-il déclaré.

A cet effet, ATT a évoqué un ensemble de réformes et initiatives lancées depuis 2002 pour préserver les deniers publics. Entre autres, on retient la mise en place, dès Septembre 2002, d’un Comité ad hoc, chargé d’examiner le rapport de la Banque Mondiale sur la corruption au Mali ; l’installation de pôles économiques et financiers ; le renforcement des moyens humains et financiers des structures de contrôle de l’administration ; l’institution du Vérificateur Général dont l’originalité réside dans sa double indépendance organique et fonctionnelle ; la création récente de l’Autorité de régulation des morales publiques.

“Mais malgré toutes ces mesures, le fléau demeure. C’est pourquoi déclare t-il la lutte contre le phénomène est une lutte de longue haleine qui nécessite l’adoption constante de principes de gestion de ressources publiques, de normes de procédure, de mécanismes de contrôle et d’évaluation des structures en charge de la prévention et de la répression”, a signalé le Chef de l’Etat.


Et d’ajouter :
Les Etats Généraux sur la corruption sont à inscrire dans la continuité de la volonté de transparence qui confère à l’action publique sa crédibilité”, avant de conclure : “Notre pays ne détient ni le monopole, ni le record, en matière de corruption”.

Laya DIARRA

26 Novembre 2008