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La lutte contre la corruption ne doit pas se limiter à l’indignation morale ou à la dénonciation outrée, mais de disposer d’une administration dont les responsables ont le souci du pays et l’avenir de ses enfants .

jpg_etats_generaux.jpgLe Mali ne détient ni le monopole ni le record en matière de corruption. Mais, de l’avis général, la corruption constitue une réalité dans notre pays et affecte dangereusement les secteurs d’activités. Le rapport du Vérificateur général en 2006 faisait état d’un manque à gagner de près de 103 milliards de F CFA pour l’Etat malien dû exclusivement à la fraude et à la mauvaise gestion, contre plus de 15 milliards de F CFA en 2004-2005.

Ce montant, dit-on, aurait pu servir au bitumage de 130 km de route, à la construction de 26 lycées, de 1559 dispensaires et au creusement de 693 puits modernes. Le constat qui se dégage est que les différentes tentatives menées par les différentes Républiques sont demeurées des fétus de paille.

Mais puisque mieux vaut tard que jamais, les plus hautes autorités ont décidé de ne pas faire de la lutte contre la corruption un sujet tabou. Un engagement qui explique la tenue des assises nationales sur la corruption et la délinquance financière, ouvertes mardi au Centre international de conférence de Bamako sous la présidence du président de la République, en présence des membres du gouvernement, des gouverneurs de région et des acteurs impliqués dans la lutte contre le fléau.

En prenant l’initiative d’organiser les Etats généraux sur la corruption et la délinquance financière qui se poursuivront jusqu’au 28 novembre, les pouvoirs publics ambitionnent d’instaurer un débat national susceptible d’amener toutes les couches de la population, à travers l’information et la sensibilisation, à une meilleure compréhension du phénomène, de sa nature et des effets pervers.

Mis en place en juin dernier, le Comité préparatoire des Etats généraux sur la corruption et la délinquance financière a travaillé conformément à la lettre de mission du Premier ministre à lui adressée pour faire le diagnostic du problème et des propositions de solution. Pour ce faire, le Comité s’est s’entretenu avec plus de 150 personnes et structures pour identifier les manifestations de la corruption. Avant de transporter les débats au niveau régional avec la tenue des concertations.

Phénomène complexe, aux formes de plus en plus sophistiquées, la corruption implique aussi la loi du silence dans la mesure où corrupteur et corrompu sont des complices. Le temps du don de soi et une mise en cause de certains comportements semblent venir au nom des exigences de l’Etat de droit, mais aussi de la nécessité d’accroître les ressources de l’Etat et de les utiliser exclusivement dans l’intérêt général.

Pour le président de la République, la lutte contre la corruption va au-delà de la simple indignation morale et tient beaucoup plus à une administration efficace et performante, avec des agents vertueux. « Des cadres qui savent que chaque acte de corruption est un manque à gagner pour les jeunes qui veulent travailler, pour les filles et garçons qui veulent aller à l’école, pour les Maliennes et Maliens qui veulent se soigner, pour les travailleurs qui aspirent à l’amélioration de leurs conditions de vie ».

Le chef de l’Etat a ajouté qu’il appartient à l’Etat d’assumer sans complaisance ses responsabilités avant d’inviter tous les fils du pays à une prise de conscience individuelle et collective.

Et au président du Comité préparatoire, Pr. Modibo Kéita, de dire que la lutte contre la corruption passe par la mise en place d’un mécanisme de suivi et d’évaluation mais aussi et surtout de conférer à la lutte une dimension pérenne. Il s’est félicité des propositions « courageuses » et « intéressantes » qui ont été formulées lors des concertations régionales.

Au cours de la cérémonie un message dénommé « Message de la patrie » qui interpelle et met en garde a été remis au président ATT par une adolescente du nom d’Oumou Kanté.

Mohamed Daou

26 Novembre 2008