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Bernard Tapie a qualifié le fameux match PSG-Bordeaux de 1999, qui devait priver l’OM du titre de champion, Bordeaux l’ayant emporté 2-3, d’ « exemple flagrant de corruption ». Le ridicule ne tue pas, diront certains, en faisant référence qu’en 1993, c’est Tapie qui était accusé de corruption dans l’affaire Valenciennes-OM. Il était le président de l’Olympique de Marseille au moment des faits. Le joueur de l’OM Eydelie a écrit sur l’affaire.

Eydelie poignarde Tapie

Jean-Jacques Eydelie, l’ancien joueur de l’OM qui publie ses révélations explosives, 13 ans après (1993-2006), sur l’affaire VA-OM dans son livre « Je ne joue plus » (Editions de l’Archipel), explique la motivation qui animait Bernard Tapie en 1993 pour tenter de corrompre trois joueurs valenciennois avant de s’en aller affronter le grand Milan et obtenir le sacre que l’on sait, unique succès français dans la compétition reine d’Europe. Eydelie raconte aussi comment il aurait informé l’ensemble de l’équipe de toute l’affaire, dans le bus qui ramenait l’OM à la maison, de quelle façon aussi Tapie aurait auparavant fait de claires allusions à sa volonté d’arranger le match devant des internationaux français, lors d’un rendez-vous à bord du Phocéa digne d’un roman d’espionnage ! Même 13 ans après, tout cela ne sent pas très bon… En témoigne le concert de réactions qu’a déclenché le témoignage de l’ancien joueur, à l’exception de celle d’Arsène Wenger (voir plus bas). Jean-Pierre Bernès l’avait déjà dit, à l’ouverture du procès en mars 1995 : « Tous les joueurs savaient que le match était arrangé, demandez à Desailly ou Deschamps ». Des icônes nationales éclaboussées ! Ces temps sont-ils révolus ? L’ancien juge Éric Halphen, membre de la Commission d’éthique de la Ligue, affirme qu’il est persuadé que des rencontres continuent d’être arrangées.

Témoignages d’Eric de Montgolfier

Eric de Montgolfier, procureur à Valenciennes lors de l’affaire VA-OM en 1993, estime que les révélations de l’ancien footballeur Jean-Jacques Eydelie sur les pratiques de Marseille version Bernard Tapie, sont « une confirmation » : « Sur le fond, cela n’apporte pas grand-chose au dossier, estime Montgolfier. Mais ces déclarations apportent tout de même des détails. Par exemple le fait que tous les joueurs de l’OM aient menti. J’ai le souvenir que l’équipe entière, entendue à Font-Romeu par le juge Beffy, prétendait ne rien savoir. Or, Jean-Jacques Eydelie dit qu’il les a tous informés. C’est une confirmation de ce que nous subodorions. »

…et d’Arsène Wenger

Après les révélations d’Eydelie, une seule voix s’est élevée pour briser la loi du silence, mais pas la moindre : celle d’Arsène Wenger, entraîneur plusieurs fois titré champion de France puis d’Angleterre (trois fois !), où il officie sur le banc d’Arsenal. «ça ne me surprend pas, a-t-il déclaré. J’affirme en tous cas que cela ressemble à cent pour cent à ce que j’ai connu. Ce sont des choses que je savais, que beaucoup de gens savaient. On parle ici de la pire période qu’a connue le football français. Il était gangrené de l’intérieur par l’influence et les méthodes de Tapie à Marseille. C’était très dur. A l’époque, on vivait dans le sentiment de la corruption et du dopage. Il n’y avait rien de pire que de savoir que les dés étaient pipés ». L’ex-entraîneur de Monaco affirme même avoir soupçonné certains de ses propres joueurs de « lever le pied » pour fausser le résultat de matches : « J’ai eu des doutes et j’en ai parlé à certains d’entre eux », confesse-t-il, sans citer de noms.

Le mystère du match PSG-Bordeaux de 1999

« Le président du club adverse s’est approché de nous sur le terrain d’échauffement, juste avant le match, à 20 h 15, avant de retourner au vestiaire pour enfiler les maillots. Nous étions en fin de saison, le match était important pour son équipe, pas pour la nôtre. Il nous a demandé combien on touchait de prime en cas de victoire. À l’époque, c’était entre 25 000 et 50 000 francs, suivant les joueurs et leur réussite. Il a proposé le double en liquide à chacun de nous si nous les laissions gagner. Pendant 80 minutes, on a joué normalement et, à dix minutes de la fin, alors que nous étions à deux buts partout, nous avons laissé filer l’attaquant adverse. Le type a marqué un joli but. Ils ont gagné. Tout le monde était content ». Facile, non ? Le mystère plane toujours, six ans après, sur l’identité du témoin cité par le mensuel Capital en mars 2000, qui ne précise pas non plus quel match a ainsi été « arrangé », comme l’on dit pudiquement.

Le PSG-Bordeaux qui devait offrir le titre aux Girondins au détriment de l’OM en 1999 ? Même score final, match de fin de saison, enjeu pour une équipe et pas pour l’autre, but victorieux dans les dix dernières minutes, et la rumeur d’enfler… Jusqu’à ce que Capital démente : le match concerné est plus ancien et le corrupteur est un club de première division du sud de la Loire. Le rédacteur en chef adjoint, François Genthial, ajoute qu’il ne peut en dire plus, mais précise : « Je vais vous dire que tout le monde serait vachement déçu parce que c’est du petit ».

La corruption ordinaire, banalisée, en somme… Comme l’illustre une affaire qui a agité le Landerneau du football français ; elle a impliqué deux clubs amateurs ! Le 13 janvier 2006, Claude Courgey, président du RC Besançon, porte en effet plainte contre X pour une affaire qui concerne la rencontre Croix-de-Savoie/Tours (2-1), comptant pour la dernière journée du championnat National 2004-2005.

A l’issue du match, Croix-de-Savoie sauve sa place in extremis alors que Besançon est relégué en CFA. Le président bisontin disposerait de preuves émanant de proches du club savoyard : 4 joueurs de Tours se seraient partagés 12 000 euros afin de laisser Croix-de-Savoie gagner. Un mal qui gangrène donc le foot français des amateurs à la Ligue 1, pour éviter la relégation en CFA ou être sûr de ne pas compter de blessés avant une finale de coupe d’Europe !

Dans tous les cas, le phénomène de la corruption dans le football est loin de ne concerner que la France.

Le Vietnam emprisonne, la Chine pardonne

En Asie, largement concernée par le phénomène des paris clandestins, il y a diverses manières de lutter contre la corruption.
En janvier 2005, 7 clubs sur les 12 que compte le championnat de première division de Chine ont ainsi officiellement menacé de ne pas finir la saison, dénonçant pêle-mêle matches truqués, sifflets noirs (arbitres achetés) et paris clandestins. Le président de la fédération a présenté ses excuses, le championnat a repris et rien n’a vraiment changé…

On est plus énergique au Vietnam, où 4 internationaux – dont un attaquant vedette – ont été écroués en décembre 2005 à la prison de la province de Ha Tay, pour avoir accepté 20 millions de dongs (1 095 euros) pour faire perdre l’équipe nationale face à la Birmanie et que des parieurs empochent le paquet. Une quinzaine de manageurs de club, d’arbitres et d’entraîneurs ont été également arrêtés par les autorités de Hanoï qui semblent décidées à faire le grand ménage qui s’impose.

Afrique du Sud : « Opération dribble »
En juin 2004, la police sud-africaine met le paquet en arrêtant 22 personnes à l’occasion de la bien nommée « Opération dribble ». Plus d’une dizaine d’arbitres et trois directeurs de clubs se retrouvent ainsi sous les verrous. Les arbitres recevaient 10 000 rands (1 800 euros) par match de championnat et trois à quatre fois plus pour les matchs de Coupe.
« La corruption a toujours été là, depuis des saisons. Ce qui a décrédibilisé le championnat et détourné l’intérêt des supporters, de moins en moins nombreux à aller au stade », explique Germaine Craig, journaliste sportif au quotidien local The Star.

Belgique : le mystérieux Ye Sheyun

C’est en octobre 2005 qu’éclate l’affaire des matchs présumés truqués en Belgique. Personnage clé du dossier : Ye Sheyun. Ce mystérieux Chinois est soupçonné d’avoir « arrosé » des joueurs et entraîneurs pour truquer les résultats d’une vingtaine de matchs. Il aurait agi pour le compte de la mafia chinoise des jeux. Il est arrêté, au Hilton de Bruxelles, en compagnie de Pietro Allatta, une vieille connaissance de la justice belge.

Allatta est un caïd du milieu italien condamné dans la célèbre affaire Bongiorno où apparaissait, en toile de fond, l’assassinat d’un journaliste de Charleroi. Avec eux également, Olivier Suray, ancien joueur. Ensemble, les trois hommes venaient de défrayer la chronique en Finlande.

Le Chinois, propriétaire de l’AC Alliansi, y avait engagé Suray comme entraîneur par l’intermédiaire d’Allatta. Pour son premier match, Suray avait fait fort : le club finlandais avait été battu 0-8. Et la justice avait ouvert une enquête.

Toujours est-il que Ye Sheyun est interrogé par les enquêteurs belges notamment sur un match Saint-Trond – La Louvière, sur lequel 600 000 euros avaient été pariés en divers endroits du monde ! Non inculpé et laissé libre, il disparaîtra dans la nature.

Quant à Allatta, il s’empressera de prendre l’avion pour se réfugier à l’île Maurice.

Mais voilà que la Cour d’appel de Bruxelles donne raison à certains des joueurs impliqués dans ces fraudes qui refusent d’être sanctionnés. Du coup, la commission de contrôle de l’Union belge a décidé de jeter l’éponge et de classer tous les dossiers sans suite.

SEKOU TAMBOURA

04 décembre 2008