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Partout dans le monde sortent des affaires de corruption concernant des matchs de football. Nous faisons ici le tour d’horizon de certaines d’entre elles, à commencer par le sulfureux ouvrage du journaliste canadien Declan Hill qui accuse le Ghana d’avoir vendu son match contre le Brésil lors du Mondial 2006 (0-3) et les soupçons de corruption de Emmanuel Petit sur l’OM de Bernard Tapie.

« Comment truquer un match de foot? »

Ce livre fait couler beaucoup d’encre, avec un titre efficace. Signée d’un journaliste canadien, Declan Hill, cette enquête touffue dénonce la corruption dans le football et les paris truqués.

Declan Hill a enquêté pendant quatre ans sur le truquage des matches. Son verdict : le football est corrompu. Certains matches sont truqués, des scores sont arrangés. Ça, c’est déjà connu. Mais si le livre-enquête de Declan Hill a le mérite de décortiquer les mécanismes de cette vaste entreprise de corruption. Le journaliste canadien est allé à la rencontre de ces véritables mafias, notamment implantées en Asie, qui ont fait du truquage des matches un business ultra-lucratif.

Là où le travail de Hill est impressionnant, c’est qu’il montre l’ampleur du phénomène et son caractère mondial. Selon le journaliste, le marché des paris illégaux en Asie pèse beaucoup plus lourd que celui représenté par les officines légales en Europe et aux Etats-Unis.

Pour Declan Hill, il existe deux modes de truquage des matches. Le premier consiste à corrompre un ou deux joueurs d’une équipe ou un arbitre en les soudoyant ; le deuxième passe par les paris illégaux.

Un phénomène qui est devenu, notamment en Asie, une véritable industrie qui brasse des milliards de dollars. Des paris pris sur d’obscurs matches dans des ligues mineures en Finlande ou à Singapour, mais qui touchent aussi les plus grandes rencontres internationales. « Plus un événement génère de paris, plus il est facile de truquer », explique l’auteur. Et quel événement, plus que la Coupe du monde, pourrait susciter l’appétit des mafias du jeu ?

Point d’orgue de son livre, Declan Hill révèle ainsi qu’il a été informé du résultat de quatre matches de la dernière Coupe du monde, en 2006, en Allemagne, avant qu’ils ne soient joués. Pour trois d’entre eux -Italie-Ghana, Angleterre-Equateur et Italie-Ukraine-, le journaliste reconnaît ne pas avoir de preuves formelles autres que la parole d’un truqueur asiatique qui lui a livré l’information.

Mais pour le quatrième -Brésil-Ghana-, huitième de finale du Mondial, si là encore il ne dispose pas de preuves irréfutables, il affirme prudemment avoir de très forts soupçons.

Le Ghana a-t-il vendu son match contre le Brésil ?

Un mois avant le début de la compétition, le journaliste canadien avait ainsi rencontré une figure du crime organisé en Asie qu’il appelle Chin Lee, un homme qu’il a rencontré au total une douzaine de fois dans le cadre de son enquête. Celui-ci lui avait expliqué être en contact avec des membres de l’équipe du Ghana et Hill a effectivement été témoin de conversations entre un Ghanéen et des truqueurs asiatiques.

Deux jours avant le match, Chin Lee lui affirme non pas que le Brésil va perdre, mais que le Ghana ne gagnera pas. Et que les coéquipiers de Ronaldinho s’imposeront avec au moins deux buts d’avance. Score final: 3-0 pour les Auriverde à l’issue d’un match que Declan Hill qualifie de « bizarre »

Deux mois plus tard, Declan Hill est au Ghana. Il y retrouve un des truqueurs asiatiques et rencontre notamment Stephen Appiah, le capitaine de l’équipe nationale, qui lui avoue être régulièrement approché par des intermédiaires et qu’il a accepté deux fois de l’argent « pour gagner, pas pour perdre », lors du Mondial des U20 ans en 1997 et lors des Jeux olympiques en 2004. Selon Declan Hill, le Ghana est régulièrement approché depuis 1991, mais si son enquête l’a conduit dans ce pays africain, il se dit persuadé que le phénomène est répandu à bien d’autres équipes nationales.

Hill évoque également un ancien international ghanéen, un temps entraîneur des U17 ans de son pays, qu’il a vu jouer le rôle d’intermédiaire entre parieurs et joueurs.

La fédération ghanéenne n’a, semble-t-il, pas apprécié la teneur du livre et a déposé plainte contre son auteur. A son grand dam. « J’en suis très triste, dit-il. Mon but n’est pas salir le Ghana, mais je veux protéger le foot. »

Au contraire, la fédération équatorienne dont l’équipe nationale pourrait également être impliquée dans un match trouble a saisi la Fifa pour qu’une enquête soit diligentée. Louable même si pour Jens Andersen, directeur de Play the Game, une ONG danoise qui a pour ambition de promouvoir la démocratie, la transparence, l’éthique et la liberté d’expression dans le sport mondial, « il n’y a pas à la Fifa une grande tradition pour lutter contre la corruption ».

Cette industrie génère « plusieurs milliards de dollars de chiffres d’affaires » en Asie, s’inquiète Hill qui a demandé à ses avocats de faire suivre à la justice enregistrements et photos étayant ses accusations « s’il devait m’arriver quelque chose ou à un membre de ma famille ».
« Le football européen est comme un magasin de bonbons, dont les portes seraient grandes ouvertes pour ces organisations« , prévient-il.

« Tous les championnats professionnels nord-américains ont des services de sécurité avec des policiers de haut-rang en charge de la surveillance du crime organisé. Pas la fédération allemande, l’UEFA ou la Fifa », rappelle Hill.

Les révélations troublantes de Emmanuel Petit

Dans son autobiographie intitulée « À fleur de peau », Emmanuel Petit ajoute aux soupçons de corruption pesant sur l’OM de Bernard Tapie. Que raconte l’auteur du 3è but français de la mythique finale de la coupe du monde 1998 contre le Brésil ?

« Au printemps 1992, nous étions qualifiés pour la finale de la Coupe d’Europe contre le Werder de Brême. Quelques jours auparavant, on joue le titre de champion de France contre l’Olympique de Marseille, chez nous, et on perd 3-0. On était dégoûtés. La Ligue n’avait pas voulu nous accorder un seul jour de repos supplémentaire. Arsène Wenger me convoque dans son bureau.

Il ferme la porte, me demande de m’installer et commence à me montrer les buts marseillais à la vidéo. Il me passe les buts au ralenti et finit par me demander : À quoi penses-tu lorsque tu vois ces buts ? Je finis par lui dire que nous avons commis des erreurs de débutants, ce qui n’est pas dans nos habitudes. Sa réponse me cloue sur place : C’est bon, tu peux t’en aller. C’est la confirmation de ce que je pense également. Nous sommes plusieurs à supposer que certains de nos joueurs ont été achetés par Marseille ».

Emmanuel Petit enfonce le clou dans une interview accordée au Parisien/Aujourd’hui en France : « Monaco et le PSG ont été privés de deux ou trois titres de champion à une époque où un club dominait les autres en appliquant des méthodes un peu troubles ».

Petit livre une autre anecdote illustrant le drôle de climat régnant à l’époque, qui s’est déroulée lors de sa première sélection en équipe de France, en 1993 : « Quand je suis arrivé en équipe de France, j’étais le seul Monégasque et le seul jeune. Il devait y avoir 8 ou 9 joueurs de l’OM et Tapie commençait à avoir un poids politique. Quand les affaires de corruption ont éclaté, il ne fallait surtout pas en parler.

Du haut de mes 19 ans, j’ai eu le malheur de dire dans les médias que dans une course de 100 m, sur 20 clubs, il y en a un qui fait une course de 80 m. On m’a tout de suite fait comprendre qu’il fallait que je ferme ma gueule ». Les Marseillais Pascal Olmeta, Bernard Casoni et Bernard Pardo tentent de me mettre au pas.

« Ici, c’est l’équipe de France, me disent-ils. Regarde bien où tu es. Nous sommes beaucoup de Marseillais. Tu es simplement toléré dans l’équipe. Tu dois te tenir à carreau. Tu trouves ta place, tu creuses ton trou, tu te mets dedans et on ne veut plus t’entendre ». (A suivre)


SEKOU TAMBOURA

20 Novembre 2008