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Depuis une année, le visa pour entrer aux émirats arabes unis est devenu inaccessible aux commerçants maliens

jpg_une-2139.jpgC’est un truisme que de dire que Dubaï est la caverne d’Ali Baba pour les commerçants africains. Le mot magique, pour ouvrir cette caverne était « argent ». Cette ville émirati est devenue depuis une décennie, un point culminant, voire incontournable, pour le monde africain du commerce et des affaires. En ce qui concerne le Mali, Dubaï est devenu en une décennie, la troisième destination pour l’importation des produits manufacturiers, après la Chine et l’Europe. A partir de Dubaï, nos commerçants importent les matériels électroménagers (frigo, fours, machines à laver) ; les matériels électriques et électroniques (téléphones portables, téléviseurs, ordinateurs, les accessoires technologiques) ; les mobiliers (meubles de bureaux, fauteuils, salons et équipements mobiliers de maisons) ; des voitures de luxe. Les femmes d’affaires maliennes qui fréquentent l’axe Bamako – Dubaï, s’occupent du business qui habille les élégantes. Elles importent généralement des bijoux, des tissus légers, des vêtements de femmes, des chaussures etc.

Les businesswomen de notre pays sont dotées du sens des affaires. Elles avaient commencé à mieux exploiter l’axe en transportant des bazins teints dans les Emirats pour les coudre selon des modèles incrustés de perles et de cristaux. Ces nouvelles créations sont revendues au Mali. Ce business était florissant ces derniers temps. Malheureusement, le commerce en pleine expansion entre notre pays et les Emirats arabes unis connaît un coup d’arrêt brutal depuis avril 2012. Le monde des affaires, aujourd’hui, bute à des difficultés pour se ravitailler à partir de Dubaï. Place financière mondiale, Dubaï héberge les sièges de nombreuses banques pour faciliter les transactions financières. La ville émirati est distinguée par son volume d’exportation des produits technologiques, de mobiliers et de tissus riches dont raffolent nos marchés et nos hommes d’affaires. L’importation des marchandises à partir de Dubaï procure des avantages aux pays africains. En effet, marché sans taxe, Dubaï est une aubaine pour les hommes et femmes d’affaires des pays africains à la recherche de marchandises moins chères en provenance d’Asie.

L’instauration de zones franches entre Dubaï et certains pays africains a permis de faciliter les importations avec peu ou sans taxes. Grâce à sa proximité, ses zones de libre-échange, sont appelées zones franches commerciales. Ces sites sont bien délimités, exonérés de droits. Ils offrent des installations d’entreposage, de stockage, de distribution pour les opérations commerciales, de transbordement et de réexportation. Cependant, la capitale économique des Emirats arabes unis ne fait pas que vendre à sens unique. Ce hub du commerce mondial achète nos minéraux notamment l’or, avant de les revendre. Il en tire de bons prix. Cette filière connaît également un essor certain, car les Emirats arabes unis sont devenus moins regardants sur l’origine du métal. Ici, seule la qualité compte. Les Maliens profitent des liaisons aériennes d’Emirates Airlines pour se rendre régulièrement dans les Emirats. Mme Ongoïba Fatim Traoré est une spécialiste de ce corridor. Elle s’y rendait chaque mois pour s’approvisionner en marchandises et liquider des produits locaux tels que le miel. Le marché Dubaï assure-t-elle est plus avantageux pour les africains par rapport à d’autres pays à travers le monde. La commerçante Mme Ongoïba ne tarit pas d’éloges : « le premier privilège, est l’accès facile à Dubaï. Les visas des Emirats arabes unis étaient faciles à acquérir. Le prix du billet d’avion est moins cher et les vols sont réguliers. A notre arrivée à Dubaï, nous avons facilement des interprètes et des accompagnateurs pour faciliter les achats. Ici, les marchandises sont déjà apprêtées. Il suffit de designer la quantité et la qualité pour être servi sur le champ. »

A Dubaï, on peut acheter en un jour 100 millions de Fcfa de produits. Tout ce stock est correctement emballé et mis dans le container en trois jours. Les marchandises arrivent à Bamako en moins de 10 jours. Les commerçants maliens ont beaucoup de facilités pour organiser les frets. Le jeune Kissima Sylla évolue dans le secteur de la téléphonie mobile. Comme lui, beaucoup d’opérateurs de ce secteur importaient des marchandises de Dubaï. « Le marché de Dubaï est un marché mondial proposant toutes sortes de marchandises et de toutes les qualités. L’acquéreur de téléphones est vite servi. Il trouve tout déjà monté et prêt à être utilisé. Le commerçant bénéficie d’une certaine garantie sur la qualité de l’appareil même s’il ne coûte pas cher. Mieux, on peut acheter un million de téléphones et les recevoir le même jour. Pas besoin de faire des commandes. Au finish, on est assuré de recevoir des produits de la qualité », indique le jeune commerçant. Vers la destination Chine et Inde. Malheureu-sement, c’est ce commerce très florissant qui est interrompu depuis plus d’une année. Et les exploitants du corridor tentent de chercher en vain des explications convaincantes. Il faut noter que le visa de Dubaï était obtenu à l’entrée du pays à partir de l’aéroport. Cependant, certains gros bonnets des affaires qui ont même leurs représentations à Dubaï possèdent des visas permanents. Mais depuis le début de la crise que traverse notre pays, les Maliens ne sont plus les bienvenus dans ce pays. Beaucoup de commerçants l’ont appris à leurs dépens en effectuant le voyage sans pouvoir entrer dans la ville. Ils n’ont reçu aucune explication officielle à cette interdiction.

La Chambre de Commerce et d’Industrie a fait le même constat. Le président du Collège transitoire de la CCIM, Mamadou Tiény Konaté confirme : « nos opérateurs ont des difficultés pour obtenir le visa de Dubaï. Ce pays est une gigantesque centrale d’achat très fréquentée par nos opérateurs économiques maliens. Cette situation dure depuis le début de la crise. Nous avons écrit au département des affaires étrangères et de la coopération internationale pour avoir des explications à ce problème majeur qui paralyse les affaires. Mais jusqu’à présent, nous n’avons pas reçu de réponse officielle ». Le patron de la CCIM reconnaît que beaucoup d’opérateurs ont fini par se tourner vers la Chine qui abrite la plus grande industrie du monde. La Chine et l’Inde sont aujourd’hui les principales fournisseurs de notre pays en marchandises. Ces deux pays sont quotidiennement visités par nos commerçants. La chine est un partenaire économique incontournable. L’interruption du trafic entre notre pays et Dubaï a renforcé ce partenariat économique. L’importateur de matériels mécaniques, Sory Doucouré, a opté pour les destinations New Delhi et Bombay. « Chaque trois mois, je me rendais à Dubaï pour acheter des moteurs de véhicules et des matériels mécaniques. Aujourd’hui, nous ne sommes plus les bienvenus là-bas. Je me suis lancé sur l’axe Delhi et Bombay. Ce marché offre toutes sortes d’industries mécaniques et les prix sont moindres par rapport à Dubaï. Si la ville Emirati nous ouvrait de nouveau ses portes, je ne m’y rendrai pas.

Et les femmes qui achetaient les bijoux à Dubaï vont désormais à Bombay », a revelé notre interlocuteur. Le spécialiste des appareils électroniques, Mamadou Diallo, a changé de circuit d’approvisionnement. « Je vais désormais en Chine. Le circuit est long. On n’a pas le choix. La Chine recèle la plus grande industrie du monde. Ils ont la technologie. Ils peuvent apposer sur les articles nos logos personnalisés », a commenté le commerçant Il a ajouté que certains opérateurs sont obligés d’aller se faire enregistrer dans des pays voisins pour avoir le sésame « Visa émirati ». Le corridor Bamako –Dubaï se caractérise aujourd’hui par un ralentissement, voire une interruption du trafic à cause du refus des autorités émiraties d’accorder des visas à nos opérateurs. Cependant, ceux qui tiennent encore à ce corridor Dubaï sont obligés de passer par les pays voisins. Ils subissent de multiples tracasseries pour atteindre la caverne d’Ali Baba.

D. DJIRE

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OMC : Roberto Azevedo aux commandes

Le nouveau directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le Brésilien Roberto Azevedo a pris officiellement les commandes de l’organisation le 1er Septembre et ce, pour un mandat de quatre ans. En effet, le Brésilien avait été désigné comme nouveau directeur général de l’OMC par le Conseil général le 14 mai dernier.jpg_une-2140.jpg

Le choix de Roberto Azevedo pour diriger l’Organisation mondiale du Commerce à Genève est considéré par les analystes comme un signe du rôle croissant des pays émergents. Ce choix est également perçu comme étant une note d’espoir quant à une sortie de l’impasse des négociations commerciales du cycle de Doha en panne depuis 2001 qui pourrait ainsi ouvrir de nouvelles facilités pour le développement des pays du sud. « A la fois pour la symbolique et pour des raisons tactiques, c’est un grand choix, souligne Kevin Gallagher, de l’université de Boston, un expert de la mondialisation et du développement. Comme l’OMC fonctionne sur la base d’un pays un vote, les Occidentaux qui ont fait ce choix espèrent qu’un choix favorable au Brésil entraînera le soutien des Brics (Brésil, Inde, Chine et Afrique du Sud) et des autres marchés émergents et en développement », estime l’expert américain.

Le Brésil doit maintenant s’assurer auprès des Occidentaux que « le premier point dans un nouveau tour de négociations consistera à éliminer les politiques biaisées dans les pays industrialisés comme par exemple les subventions agricoles », a ajouté Gallagher. Surmonter les blocages multiples. Dans une récente interview, le nouveau patron du commerce mondiale avait souligné que « le système commercial multilatéral » était « affaibli par une complète paralysie des négociations.

Il s’agit de rendre le système compatible avec le monde d’aujourd’hui, la seule façon d’y arriver est d’encourager le commerce et la libéralisation des échanges en tant que composants essentiels des politiques de développement », avait-il dit en ajoutant « nous n’y parviendrons pas tant que nous ne débloquerons pas le système », avant de préconiser plus de flexibilité de la part des uns et des autres.

D.D.

L’Essor du 11 Septembre 2013