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Les raisons du blocage du trafic passager et des difficultés du transport de marchandises sur le corridor Bamako-Dakar ayant été identifiées de même que des solutions proposées, le trafic passager doit reprendre son cours normal. Mais…

La question du transport entre le Mali et le Sénégal n’a jamais été facile malgré les bonnes relations diplomatiques entre les deux pays. Tout récemment, il y a eu des malentendus qui ont fait que les transporteurs de l’un ou de l’autre pays ont bloqué la frontière avec leurs camions. De sorte que la question du transport est devenue un sujet récurrent dans les négociations entre les deux Etats.

En dehors du fret, le transport passager Bamako-Dakar, qui commençait à connaître un essor salué par les populations des deux pays, a été rattrapé par les problèmes répétitifs que posent de façon générale le transport sur le corridor Dakar-Bamako et vice-versa. Les bus qui avaient pallié l’insuffisance des chemins de fer ont été déclarés non grata dans les deux pays.

Pendant près de 5 mois, les bus de chacun des deux pays s’arrêtent à la frontière pour faire le transbordement car aucun d’entre eux ne peut franchir la frontière. C’est dans ce climat délétère que les transporteurs maliens préféraient s’arrêter à Kayes au lieu d’aller jusqu’à Diboly, à la frontière malienne.

Secouées par la question, les autorités des deux pays ont entrepris d’intenses négociations. C’est ce qui justifie la rencontre du 18 au 22 août 2008, tenue à Dakar et qui a regroupé les experts des transports routiers du Mali et du Sénégal pour parler des difficultés nées de l’application du protocole d’accord sur le transport routier entre le gouvernement du Mali et du Sénégal, signé le 2 avril 1993.

Au cours de la rencontre, les difficultés apparues au niveau du transport public de voyageurs ont trait à la non-utilisation de la gare routière officielle de voyageurs « Pompier » par certaines sociétés de transport maliennes pour des raisons liées à l’exiguïté et l’absence de commodités, le désaccord entre les parties sur l’instauration du tour de rôle pour l’embarquement des passagers, le désaccord sur le principe de gestion des autobus maliens (vente des tickets, encaissement..) par le Regroupement des chauffeurs de la gare routière.

Au niveau du transport public de marchandises, les difficultés notées sont relatives aux nombreuses tracasseries liées à la prolifération des points de contrôle, l’absence de fret retour pour les transporteurs sénégalais, le passe-avant exigé aux véhicules maliens de transport public de marchandises, les frais d’escorte douanier jugés très élevés par la partie malienne, etc. Par ailleurs, la partie sénégalaise a noté des difficultés d’application de certaines dispositions du protocole d’accord et a demandé sa relecture.
Statu quo ?

Après analyse de la situation par les opérateurs de transport, la réunion a recommandé l’utilisation des gares routières officielles, l’élaboration et l’harmonisation de charges pour le développement et la gestion des gares routières privées, l’utilisation de la gare « Pompier » par les transporteurs individuels et les sociétés structurées qui le désirent dans la phase transitoire avant la mise aux normes de ladite gare et l’achèvement des travaux de la gare des baux maraîchers, le prolongement de l’activité de la gare routière sur un ou des sites à identifier pour arbitrer les sociétés de transport structurées…

Aussi, la rencontre s’est engagée à travailler à la limitation des points de contrôle à 3 telle que préconisée par une directive de l’UEMOA, à l’informatisaton des services de douanes sénégalaises en vue de la suppression du passe-avant sur le trafic public marchandises de même que leur information sur les préoccupations évoquées sur les taux d’escorte. Toutefois, l’application des tours de rôle d’embarquement aux sociétés structurées dans le nouveau site délocalisé a été un point de désaccord qui sera soumis à l’appréciation des ministres de tutelle.

Le Mali, qui était représenté à la rencontre par une délégation composée de représentants du Conseil malien des chargeurs, de la CCIM, de la direction nationale des transports et du Conseil malien des transports routiers, a demandé au Sénégal de faire preuve de réalisme en appliquant des solutions transitoires qui permettent au trafic passager de reprendre son cours normal en attendant que les questions de fond concernant le transport public des marchandises puissent être discutée dans le cadre d’une révision du protocole d’accord qui lie les deux pays. La solution définitive du problème apprend-on, réside dans la révision du protocole d’accord qui lie les autorités des deux pays en y incluant les préoccupations soulevées de part et d’autre.

Pourtant, pendant que la partie malienne crie victoire, le directeur commercial de la compagnie Ghana-Transport, Aboubacar Sidi Diarra, contacté hier par nos soins, affirme ne pas être au courant de la reprise du trafic passager Bamako-Dakar. A l’entendre, la situation n’est pas encore débloquée d’autant que les bus des deux pays ne peuvent pas franchir les frontières respectives. « Le trafic n’a pas encore repris. Je ne peux pas le confirmer parce que c’est toujours le statu quo et nos cars ne rentrent pas à Dakar », a-t-il indiqué.

Vrai ou faux ? Il appartient aux autorités qui étaient présentes à la rencontre de Dakar de faire le point de leur mission afin que les uns et les autres puissent en avoir le cœur net. Sinon au stade actuel des choses, les transporteurs maliens semblent flouer.

Mohamed Daou

04 Septembre 2008