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Le trafic s’est brutalement interrompu sur l’axe routier avec la décision des autorités ivoiriennes de fermer leur frontière avec notre pays

L’information est tombée mercredi au bureau des douanes de Zégoua aux environs de 19 heures : la Côte d’Ivoire a décidé de fermer sa frontière avec notre pays à toute circulation des personnes et des biens. Comme une trainée de poudre, elle a rapidement fait le tour des autres services frontaliers : transitaires, commissionnaires en douanes, transporteurs, services de sécurité. Tous ces acteurs qui animent le corridor Bamako-Abidjan se sont rués sur le bureau des douanes pour se faire confirmer la nouvelle donnée au chef de bureau par son homologue ivoirien de Pogo.

Du coup, le trafic routier s’est brutalement interrompu sur le corridor ralentissant sérieusement l’activité économique locale. Cars de transport, camions, véhicules de particulier, motocyclistes et même les piétons qui se trouvaient du côté ivoirien au moment de la fermeture de la frontière sont restés bloqués sur place. A la douane, aux postes de police et de gendarmerie, dans les bureaux de transit, chez les transporteurs, dans les boutiques, c’est la même atmosphère morose. Le représentant du Conseil malien des chargeurs à la frontière, Adama Yalkoué, rencontré sur place explique que la situation est très grave, et rappelle que le corridor Abidjan-Bamako est pratiquement incontournable dans l’approvisionnement du pays.

En effet, c’est par le port d’Abidjan que transitent actuellement plus 75% des importations de notre pays. « Ce trafic s’est encore intensifié à la veille des élections présidentielles au Sénégal dont l’issue restait incertaine. Depuis février, beaucoup d’opérateurs économiques ont, par prudence, basculé leurs marchandises sur Abidjan au lieu de Dakar, l’autre grand port d’approvisionnement de notre pays. Les répercussions de cette nouvelle fermeture de la frontière si elle s’étend dans la durée, seront très graves pour l’économie nationale », s’inquiète le chargeur.

Des centaines de gros porteurs (citernes et camions) qui devaient effectuer leurs formalités de transit pour pénétrer sur le territoire national sont désormais en rade à Pogo. A Zégoua, cette situation se ressent déjà durement, car la vie économique locale dépend en grande partie du mouvement des gros porteurs. Hommes, femmes et enfants, nombre d’habitants de la localité gagnent leur pain quotidien aux abords du bureau des douanes. Selon le représentant des entrepôts maliens en Côte d’Ivoire (EMACI), Bourama Dembélé, ce sont une trentaine de gros porteurs chargés aussi bien de produits de première nécessité que de matériels qui attendent à l’autre côté de la frontière. Au bureau des douanes, on travaillait hier d’arrache-pied pour faire la situation des centaines de camions qui ont pu entrer au Mali avant la décision de fermeture.

La cour de la douane et les parkings de gros porteurs sont bondés de camions et le retour au travail manuel engendré par la destruction du serveur de la direction générale de la douane à Bamako n’arrange les choses. Une opération douanière qui se faisait en quelques minutes, prend aujourd’hui des heures. Ici l’on travaille désormais sans interruption 24h/24. « Nous devons assurer la fluidité du trafic et évacuer rapidement les camions arrivés à notre niveau. Cependant, la destruction du parc informatique des douanes n’arrange pas les choses. Nous retournons à l’écriture manuelle des dossiers.

Cela prend énormément de temps. Il faut d’abord collecter les dossiers, les classer par bureau de destination et ensuite procéder aux traitements. En plus, nous renouons également avec les escortes systématiques et obligatoires des camions pour assurer leur sécurité », explique le chef de bureau Baye Ag Assoni. La nouvelle fermeture de la frontière ivoirienne va forcément jouer sur les recettes douanières. Elle impliquera l’arrêt des importations des produits de première nécessité et des produits frais venant de Côte d’Ivoire.

Il faut aussi rappeler que la plupart des unités industrielles importent leurs matières premières et leurs pièces de rechange par le port d’Abidjan. Diverses commandes restent d’ailleurs bloquées là-bas. Les transitaires sont les principaux interlocuteurs de la douane. Zégoua compte aujourd’hui plus de 35 bureaux de transit employant une centaine d’agents. Sékou Célestin Maïga, secrétaire permanent du Syndicat national des professionnels des transits et commissionnaires en douane (Sitram), ne cache son inquiétude. « Vous savez, la fermeture du 22 mars dernier avait déjà eu des conséquences sur les transitaires. Nous ne sommes ni fonctionnaires, ni contractuels, n’avons pas d’autres revenus.

Nous ne vivons que du trafic sur ce corridor. Si, cette situation perdure, beaucoup de bureaux fermeront boutique dans une semaine », assure-t-il. Hier dans la matinée, les jeunes transitaires à moto ou à pied multipliaient les va-et-vient entre Zégoua et Pogo pour se renseigner sur une éventuelle réouverture de la frontière. L’autre préoccupation est l’arrêt du passage des personnes. En effet, depuis l’annonce de cette mesure, les voyageurs des deux de côtés de la frontière sont bloqués sur place.

Mariam Ouattara, citoyenne ivoirienne était à bord de la compagnie « Air Kénédougou » au niveau de Zégoua lorsque la décision est tombée. « Je ne sais plus quoi faire. Nous sommes là, et nous prions que la frontière soit ouverte pour nous permettre de rejoindre nos pays respectifs », s’impatiente cette passagère. Les passagers d’autres compagnies telles que « Maïga Transport », « TCF », attendent également une dérogation.

Envoyée spéciale

D. DJIRE

Vendredi 30 mars 2012,

Essor