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Au lendemain d’une marche de protestation qui a mobilisé plus d’un millier de personnes à Bamako contre l’occupation des régions nord du pays par des mouvements armés, le collectif des ressortissants des régions nord du Mali (COREN) a organisé, ce 11 avril, un meeting qui a, lui, drainé près de dix mille (10.000) personnes au stade omnisports Modibo Keïta de Bamako.

«La déclaration d’indépendance [de l’Azawad, Ndlr] est illusoire irrespectueuse et insultante des relations multiséculaires que les fils de ce pays ont tissé ensemble et qui constituent la trame de fond de notre nation». La déclaration est de l’ancien premier ministre Oumane Issoufi Maïga, président d’honneur du COREN. En introduisant ce meeting, celui-ci a tenu à souligner : «L’Azawad ne recouvre aucune réalité historique qui puisse soutenir la prétention territoriale qu’on veut lui donner ni sa composition démographique».

La zone dont il est question est peuplée essentiellement de Sonrhaï, de peulhs, d’arabes, de bozos, de Bella, de touaregs, etc. Réunie au sein du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA), une partie de cette dernière communauté s’est inscrite dans une logique de partition du pays en réclamant l’indépendance d’une zone comprenant les trois régions du nord (Tombouctou, Gao et Kidal), soit les deux tiers du territoire national. Le mouvement sécessionniste est appuyé par des salafistes qui exigent, non pas une indépendance, mais l’instauration de la loi islamique sur l’ensemble du territoire national.

Depuis le 1er avril, ces groupes armés se sont rendu maîtres des trois régions après plus de deux mois d’affrontement avec les forces régulières. Cette occupation du territoire a laissé de profondes séquelles au sein de la population civile. Selon des observateurs, même les périodes douloureuses de la colonisation et de l’esclavage n’avaient pu atteindre le capital de confiance des communautés vivant dans les différentes régions.

Le Mali vit l’une des périodes les plus sombres de son histoire : exaction au sein de la population, situation alimentaire et sanitaire très précaires, des centaines de milliers de déplacés et de refugiés, etc. La situation menace fortement l’unité nationale et entame la cohésion sociale.

Ce meeting comme la marche du 10 avril vise à rejeter le «pseudo indépendance de l’Azawad», réaffirmer la solidarité du collectif aux populations victimes d’exactions mais aussi de mettre en garde contre une «diplomatie complaisante» visant à «préparer les esprits à une déchirure du Mali aux fins d’intérêts géostratégiques basés sur la conquête des matières premières au mépris des vies humaines». En clair, Oumane Issoufi Maïga s’insurge contre l’idée d’une reconstitution du Mali afin d’en faire une République fédérale comme le suggère des experts à travers des médias internationaux. «La décentralisation est le cadre idoine pour solutionner les revendications identitaires, de bien être des populations aussi bien au nord qu’au sud», a-t-il poursuivi.

Comme mesure d’attachement à la République, le COREN avait invité à ce meeting les cinq autres régions du pays (Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou et Mopti) qui ne sont pas contenues dans l’espace géographique revendiqué par le MNLA, les leaders religieux, des acteurs politiques. Pour la libération des régions occupées, le COREN estime que le dialogue est une voie de sortie de crise. «Mais s’il faut aussi faire la guerre, les jeunes du Mali ne déroberont pas à leur responsabilité» précisent les leaders de l’organisation.

Seydou Coulibaly

12 Avril 2012

©AFRIBONE