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Un séminaire sur ce thème, les migrations, l’intégration des minorités visibles, l’aide publique au développement et la sécurité globale en Afrique a ainsi réuni du 3 au 7 novembre dans la capitale française une quinzaine de journalistes d’Afrique Australe et subsaharienne, de l’Océan indien et du Soudan à l’initiative de la présidence française de l’Union européenne et du ministère français des Affaires étrangères et européennes (Quai d’Orsay).

Des thèmes d’autant plus d’actualité que les naufrages récurrents des candidats à l’immigration rappellent que l’histoire de l’humanité est en grande partie l’histoire des migrations. Celles-ci n’ont plus le même caractère que dans le passé où elles ont longtemps été un facteur d’invasion ou de conquête. Durant des décennies, l’immigration a été un puissant levier d’ajustement et de développement de l’économie française.

Cette migration de travail a considérablement soutenu les capacités de production. Les secteurs de la construction automobile, de la sidérurgie, du bâtiment et des travaux publics et bien d’autres activités surtout à caractère industriel, ont bénéficié de cette main-d’œuvre bon marché.

Après les deux guerres, afin de reconstruire le pays, plus près de nous ensuite, pratiquement durant quinze années (1960-1975), la restructuration de l’appareil économique français s’est réalisée en grande partie avec la force de travail de cette population contrôlée et sous-payée par le patronat qui détenait de fait, plus que l’État, le vrai pouvoir sur cette immigration économique.

Cependant à partir des années 80, la donne change avec la paupérisation croissante des pays du sud. Depuis, il débarque en France bon an, mal an, selon Mme Catherine de Wenden, directrice de recherches au CNRS, environ 140.000 immigrés au titre de l’immigration de travail et 140.000 autres immigrants au titre du regroupement familial que l’économie et les structures d’accueil françaises n’arrivent pas à absorber.

Paris et l’Union, européenne se sont dès lors convaincu qu’une politique juste, équilibrée et efficace –de leur point de vue- doit traiter simultanément tous les aspects des migrations : la gestion de la migration légale, la lutte contre la migration illégale, une synergie entre migration et développement A cet effet la présidence française de l’Union européenne a élaboré, le pacte européen sur l’immigration et l’asile. Conscient que l’immigration zéro est une illusion, ce document l’organise en tenant compte des priorités, des besoins et des capacités d’accueil. Cette démarche a donné naissance à la théorie de « l’immigration choisie » et de l’immigration circulaire.

Si la première privilégie l’entrée sur le sol français des sportifs, des artistes et autres travailleurs hautement qualifiés, la seconde donne aux migrants légaux le droit de s’établir dans n’importe quel État tiers de l’union à partir d’un autre état européen et ferme la porte aux migrants économiques.

Le pacte européen sur l’immigration et l’asile trace donc les lignes directrices de la lutte contre l’immigration clandestine en renforçant les contrôles aux frontières de l’Europe. Et milite pour la construction d’une Europe de l’asile et un partenariat global avec les pays d’origine des migrants. C’est ce partenariat qui sous-tend l’aide publique au développement.

Traduction concrète de l’impératif de solidarité qui inspire l’action extérieure de Paris, l’aide au développement constitue une composante essentielle, et constamment réaffirmée, de la politique étrangère française, affirmait l’autre jour Alain Joyandet, le secrétaire d’État chargé de la coopération et de la francophonie. Son objectif principal est de favoriser, dans le monde «en développement», l’émergence de sociétés capables tout à la fois de répondre aux besoins de leurs populations et d’assurer leur participation aux affaires publiques.

À cet égard, la France a fait siens les Objectifs du Millénaire qui prévoient notamment, à l’horizon 2015, la réduction de moitié de la population mondiale vivant dans l’extrême pauvreté –moins de 500 Fcfa par jour -, la scolarisation dans le primaire de tous les enfants et la réduction des deux tiers de la mortalité infantile. Pour réaliser ce programme ambitieux, Paris s’est engagée, notamment en 2002 à Monterrey, à donner « plus et mieux » pour l’aide au développement.

C’est pourquoi la présidence française de l’Union européenne se propose de mettre l’accent sur la réalisation des Objectifs du millénaire, la gouvernance locale du développement. Aussi la France annonce qu’elle entend partager avec ses partenaires les enjeux de la diversité culturelle, améliorer la sécurité alimentaire, renforcer l’efficacité de l’aide notamment par la mise en place de deux fonds de 250 millions d’euros (164 milliards de Fcfa) chacun pour soutenir l’aide publique classique au développement et les petits promoteurs privés de projets qui n’ont pas accès aux banques conventionnelles.

Cette coopération au développement s’appuie à la fois sur les actions en cours du programme commun des trois présidences sortantes allemande portugaise et slovène (2007/1er semestre 2008) et sur celui développé en commun pour les présidences française tchèque et suédoise (2è semestre 2008-2009).

Sur le papier, tous ces plans, projets, intentions apparaissent très beaux. Comme ont paru merveilleux les engagements pris à Gleneagles par les pays développés. Depuis lors les pays pauvres ont eu le temps de déchanter. Sans revenir sur la polémique (le mot est faible) suscitée par « l’immigration choisie » et les réserves sérieuses soulevées par le dispositif européen dans ce domaine, on peut néanmoins s’interroger sur l’impact de la crise économique mondiale sur l’aide publique au développement.

Que vaudront des promesses rarement tenues jusqu’ici lorsque la récession s’installera au nord ? Alain Joyandet, mis sur la sellette par des ONG sur la foi de documents de ses propres services, a assuré sans trop convaincre que la France tiendrait ses engagements.

L’Europe aussi ? Raisonnablement, la situation incite au pessimisme. Il est facile de s’en convaincre en comparant la précision avec laquelle est profilée la position européenne sur l’immigration et le vague contenu dédié au « partenariat global avec les pays d’origine des migrants ». La réunion dans quelques jours du G 20 sans l’Afrique atteste aussi que lorsque l’heure est « grave », la solidarité est rangée au frigo en attendant des jours meilleurs.


B. COULIBALY

Essor du

13 Novembre 2008