Partager

Les dirigeants de la première république du Mali qui furent les concepteurs de toutes les institutions, avaient bien vu en créant l’armée malienne et en demandant à la France d’évacuer ses bases aériennes de Tessalit, Gao et Bamako. La semaine dernière, le ministre de la défense et des anciens combattants, fraîchement nommé dans le premier gouvernement d’Oumar Tatam LY, vient d’annoncer que le Mali signera un accord de défense avec la France.

jpg_une-2202.jpgPour nous, c’est une mauvaise voie pour notre pays. Le Mali, quel que soit sa position stratégique en Afrique de l’Ouest doit garder sa souveraineté de défense. Notre pays doit d’abord compter sur ses propres forces, bien sûr qu’aucun pays dans le monde ne peut se développer dans l’autarcie. Déjà des langues commencent à interpréter la visite du roi du Maroc comme un signe pour contrecarrer l’Algérie.
Personne dans cette région ouest-africaine, (ni la France ni le Maroc), ne peut prendre la place de l’Algérie. C’est un pays voisin qui a seulement besoin d’une bonne équipe nationaliste à la tête du Mali. Depuis la mort politique du président Modibo et de ses compagnons, l’Algérie manque de leaderships au Mali.

Algérie verrou stratégique du Mali

L’Algérie est pour le Mali comme la ville d’Abéché (Tchad) est pour ce pays. Quand Abéché tombe, le Tchad tombe. Le général de Gaulle avait dit : «Abéché est le verrou stratégique du Tchad».L’Algérie est aussi le verrou stratégique du Mali. Même la France ne peut se passer de l’Algérie en intervenant au Mali.

En janvier 2013, les avions de l’opération Serval avaient survolé l’Algérie pour intervenir au Mali. Le problème d’accord de défense, est un faux problème et aussi un problème relatif. La France n’a pas d’amis mais des intérêts à défendre même au prix du sang à payer sur sa population et ou d’un génocide chez les autres afin de mettre ce peuple sous ses bottes. Les français étaient en Centrafrique (à Bouar précisément), au Niger.
Les américains et les russes étaient tous en Somalie. Les russes étaient en Ethiopie avec le DERGUE de Mengistu Hailé Mariam. Les français étaient au Niger sous Hamani Diori. C’est la même France qui a fait tomber le gouvernement Sawaba de Djibo Bakary (paix à son âme) en septembre 1958. Elle savait très bien, que si le parti Sawaba gagne les élections au Niger, il prendra une position positive pour l’indépendance de l’Algérie et il ne sera jamais d’accord sur la position de la France concernant le Sahara.

Le Mali compose avec le diable

En choisissant la France comme partenaire principal sur le plan de la coopération militaire, les dirigeants maliens choisissent de composer avec le diable. Cette puissance occidentale a toujours joué au double langage. Même la volte-face des leaders de la rébellion touareg aux négociations avec le gouvernement, n’est pas claire.

Elle vient d’appeler les deux parties à la modération et le ministre français de la défense vient d’annoncer à Bamako que la France est avec le Mali et non derrière le MNLA. Ce langage est celui de l’hypocrisie. Le mouvement arabe de l’Azawad était avec les forces de résistance du nord (qui groupe les sédentaires et leurs alliés) dans les négociations de Ouagadougou.
Aujourd’hui, il rejoint le MNLA et le HCUA. Nous comprenons tout ce scenario car un pays de l’Europe, serait en pleine négociation pour réconcilier le MNLA et le MAA. La France n’est jamais d’accord avec une alliance MAA- sédentaires, car il y a aussi un problème de couleur, donc de racisme. Ensuite, le COREN ne parle plus. Son président a eu sa part de gâteau.
La nomination de son président, ministre délégué à la décentralisation. Cela nous rappelle la citation de Mr Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre socialiste à la défense du président François Mitterrand quand il disait qu’«un ministre, il ferme la gueule ou il démissionne». Mais, les maliens doivent être vigilants, en critiquant quotidiennement les dérives de leur gouvernement au lieu d’adopter des comportements intempestifs qui ne peuvent que conduire à l’anecdote «le médecin après la mort».

Les ressources humaines manquent cruellement

Le Mali a besoin d’une bonne gestion de ses ressources financières et cela en combattant farouchement la corruption, l’impunité, le laxisme, l’absentéisme. Aucun pays au monde ne peut se développer dans le détournement de ses ressources financières et matérielles. Le détournement des fonds et matériels publics se trouve dans tous les secteurs de la république du Mali.

Nous demandons au président IBK de ne pas oublier que le développement d’un pays a besoin d’une bonne équipe. Les français avaient fait appel au maréchal Pétain à cause de sa bravoure pendant la première guerre mondiale. C’est sous Pétain que l’Allemagne nazie avait occupé la France.
Le président IBK est malinké, malien et Mme Aoua Keita, première sage-femme d’état de la ville de Gao, première femme député du Mali (paix à son âme) a dit dans son roman «Femmes d’Afrique», que «tous les Keita sont les mêmes partout où ils se trouvent». Le président Modibo KEITA est malinké. Mais le président IBK ne peut l’égaler ni par la taille, ni par le sens de l’Etat, en ce qui concerne le patriotisme, ni sa fermeté et la gestion des affaires publiques du Mali. Le président Modibo a gagné parce qu’il avait une bonne équipe.

En signant un accord de défense avec la France, c’est annoncer une autre mort du président Modibo KEITA et c’est la fin d’une autre fierté du peuple au lendemain de son indépendance. Ni les circonstances, ni le moment ne donneront raison aux dirigeants actuels du Mali pour signer des accords de défense avec la France.
Une puissance qui manipule bien sa langue et qui peut donner un sens à sa parole selon les circonstances du moment. Quand elle ne voulait plus sentir Hissein Habré, la France l’a fait savoir en soutenant que la rébellion d’Idriss Deby contre Hissein, est un conflit tchado-tchadien.

IBK doit se montrer intraitable sur la question d’autonomie du MNLA

Quelle que soit l’aide apportée au Mali par la France, le président IBK doit rappeler à l’ordre cette puissance occidentale chaque fois quand cela est nécessaire. Les français respectent bien leur loi mais ils ont besoin d’avoir en face d’eux des leaders qui ont la mémoire et le courage. En tout cas, il ne faut pas que les dernières déclarations du président IBK tombent dans l’eau. Il a bien dit que l’intégrité territoriale et l’autonomie ne sont pas négociables.

Les Maliens ont en mémoire les propos de ce qui disaient que «les concertations nationales avant la formation du gouvernement». Pour nous, un pas vient d’être faussé avec les tractations qui se déroulent pour passer sous silence les mandats d’arrêts contre les criminels du MNLA et leurs associées. L’ancien président français Nicolas Sarkozy n’a pas fait de crimes plus graves que les leaders du MNLA, mais il a été mis en examen par la justice de son pays. Les autorités maliennes doivent respecter la justice de leur pays et la France respecte sa justice, elle doit respecter la justice des autres pays.

Justice égal pour tous

En 2004, une secte religieuse à Yorosso avait refusé de faire vacciner leurs enfants contre la poliomyélite. Elle a été traduite devant le tribunal pour refus d’obtempérer. Mais le MNLA a fait pire. Il doit répondre de ses actes devant les tribunaux. Le Mali doit être juste envers ses enfants. Dieu n’aide jamais un peuple dans le mensonge et la corruption sur terre.
Ce qui est très important pour notre pays, c’est de former de très bonnes ressources humaines. Le généra président ATT avait raison de dire qu’on doit tenir un atelier sur l’homme malien. Avoir un type de malien qui répond à certaines valeurs positives. Tant qu’il n’y a pas de bonnes ressources humaines, tout ce qu’on va entreprendre n’ira pas à bon port.
Que Dieu sauve le Mali. Amine.

Yacouba Aliou, Bamako

L’Inter de Bamako du 30 Septembre 2013