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Dans le domaine de la coopération entre le Mali et la Guinée, jusqu’ici les bonnes intentions et autres beaux discours n’ont pas manqué. Mais très peu d’actes ont été posés dans le sens de rapprocher les deux pays qui, selon le président feu Ahmed Sékou Touré, constituent « les deux poumons d’un même corps ». Pour combler le vide et impulser un souffle nouveau à cette coopération, l’Ambassadeur du Mali en Guinée, Me Hassane Barry, a entrepris de réchauffer certains dossiers phares de la coopération entre les deux pays. Reportage à Conakry.

Construction d’un domaine pour les entrepôts maliens dans la sous-préfecture de Firiguiadi; relance du projet ferroviaire Conakry-Bamako; renforcement de la coopération militaire et technique; mise à jour de la coopération en matière d’éducation, tels sont entre autres projets déjà en chantier ou qui ont démarré en vue de renforcer la coopération entre les deux Etats, «unis par le sang et l’histoire», comme aiment à le rappeler leurs dirigeants.

Mais pour la concrétisation de cette coopération, il faut aller vite et au-delà des discours et de la formulation de simples bonnes intentions. L’Ambassadeur du Mali en Guinée, Me Hassane Barry, l’a compris.
En effet dès sa nomination à Conakry, en 2008, il a posé des actes forts en vue de concrétiser le rapprochement entre Maliens et Guinéens. Et les premiers résultats sont là. Ainsi, en octobre 2009, la Guinée a décidé d’accorder des avantages aux entrepôts maliens en Guinée (EMAGUI) et à ses fonctionnaires en service à Conakry. Cette décision prise par les autorités guinéennes était en fait attendue depuis vingt quatre longues années.

En effet, le11 novembre 1987, le Mali et la Guinée, représentés respectivement par Modibo Keita, alors ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale et le capitaine Joseph Gbago Zoumanigui, secrétaire d’Etat à la présidence de la République de Guinée, ont signé ce protocole d’une importance capitale en matière de transport et de transit maritime.

Dans ce cadre, la Guinée accorde au Mali la possibilité d’avoir au port de Conakry «un organisme public malien ayant le monopole de l’entreposage de tout fret malien transitant par le port de Conakry et son évacuation en direction du Mali ». Concrètement, l’organisme chargé de cette mission est l’EMAGUI, qui gère également les installations réalisées par le Mali dans les domaines portuaires en Guinée.

Mais la volonté politique affichée par les deux gouvernements n’était pas suivie d’actes en vue de permettre aux EMAGUI d’évoluer et de remplir correctement leurs missions alors que d’autres pays limitrophes accordaient des avantages aux entrepôts maliens.
Pour rectifier le tir, Maliens et Guinéens se sont retrouvés le 19 octobre 2009 pour la signature de cet accord donnant des avantages aux EMAGUI et à ses agents.

Firiguiadi : enfin un domaine pour le Mali

La signature de cet accord a, enfin, permis l’accélération d’un ambitieux projet de construction d’un entrepôt destiné à recevoir les marchandises du Mali. D’une superficie de 5 hectares, le domaine est situé aux flancs d’une colline à Firiguiadi, dans la banlieue de Conakry. Prévus pour être construits dans un délai d’un an, les entrepôts de Firiguiadi, d’un coût global de 4 milliards de FCFA, permettront aux opérateurs maliens et même burkinabés d’entreposer en toute securité leurs marchandises. Sa construction s’est avérée nécessaire à cause de l’engorgement des abords immédiats du port autonome de Conakry. Les entrepôts de Firiguiadi constituent également la concrétisation d’un vieux rêve des opérateurs économiques des deux pays. En plus, compte tenu de sa capacité de stockage, les entrepôts pourront recevoir des marchandises des opérateurs du Burkina Faso.

Aussi, la signature de l’accord portant sur les avantages accordés aux EMAGUI est intervenue au moment où l’Ambassadeur Barry multipliait des démarches diplomatiques auprès du gouvernement guinéen. Objectif: permettre au Conseil malien des chargeurs de participer au capital de la société de gestion du terminal-conteneurs du port autonome de Conakry. Il semble qu’à ce sujet, un accord est en vue entre les deux pays.

Infrastructures : le vœu d’Alpha Condé

Pour une meilleure intégration entre les deux peuples et surtout pour faciliter les échanges entre le Mali et la Guinée, la 7ème session de la Grande commission mixte, tenue à Conakry, les 26 et 27 avril derniers, avait réservé une bonne place aux liaisons inter- Etats, notamment celle de Kankan-Kourémalé-Bamako dont les travaux sont déjà achevés.

Il est prévu la réalisation de l’axe Maudiana-Yanfolila via Niantanina. Un autre axe non moins important entre les deux pays, c’est la route Dioulofoundo-Siguiri, via Bankon. En plus de ces routes, le projet de construction d’une ligne de chemin de fer est à l’étude. Ce vieux projet avait déjà été sorti des tiroirs et remis sur la table lors de la 7ème session de la Grande commission mixte.

Selon l’Ambassadeur Barry, le président nouvellement élu de la Guinée, Alpha Condé, en fait une priorité. D’ailleurs, le chef de l’Etat guinéen souhaiterait que cette liaison ferroviaire soit prolongée jusqu’à Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso.

Éducation : la convention de 1964 revisitée

Déjà en 1964, les autorités maliennes et guinéennes, sous l’impulsion des présidents Modibo Keïta et de Sékou Touré, soucieuses de l’intégration des deux peuples, avaient signé une convention relative à la libre circulation et au droit d’établissement, notamment en matière d’éducation. En clair, il s’agissait d’accorder des avantages aux étudiants qui souhaitaient poursuivre leurs études dans l’un et l’autre pays.

Mais cette convention n’avait jamais été respectée entre les deux parties. Ainsi, l’Ambassadeur Hassane Barry a eu le reflexe de saisir les autorités guinéennes pour attirer leur attention sur ce volet important de la coopération entre les deux pays. En réalité, rares sont les recteurs d’université et autres responsables en charge de l’éducation dans les deux pays à avoir connaissance de cette convention.
Grâce à son implication, l’Ambassadeur Barry a débloqué la situation de nombreux étudiants maliens qui ont décidé d’aller poursuivre leurs études en Guinée. Aujourd’hui, l’on estime à 300 le nombre d’étudiants maliens à Conakry, Kankan, Nzérékoré, Labé…

En plus de ces étudiants, de nombreux maliens résidant en Guinée se retournent quotidiennement vers la représentation diplomatique pour de multiples problèmes. A l’écoute des uns et des autres, l’Ambassadeur apporte constamment assistance à certains compatriotes en détresse. Ce qui fait qu’aujourd’hui, loin de son cabinet d’avocat, Me Hassane Barry a véritablement pris l’étoffe d’un diplomate dans un pays où le Mali, le président ATT et les Maliens sont cités en exemples.

CH. Sylla

Envoyé spécial

06 Janvier 2011.