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Un vieux projet de construction du chemin de fer Mali-Guinée pourrait voir le jour si les autorités rappellent aux Chinois leurs vieilles promesses.

La coopération entre le Mali et la République populaire de Chine ne date pas d’aujourd’hui. Les deux pays entretiennent de très bonnes relations dans plusieurs domaines. Ce solide lien de coopération, on le doit au premier président du Mali, Modibo Kéita. Entre Mao Zedong et Modibo Kéita, c’était une relation de camaraderie. Les deux dirigeants regardaient dans la même direction sous le couvert du socialisme.

L’Empire du Milieu n’hésitait pas à aider le jeune Etat socialiste malien qui en était à ses balbutiements dans l’exécution de ses projets de développement. C’est dans ce cadre que le président Modibo Kéita et son homologue guinéen, Sékou Touré (lui aussi révolutionnaire et socialiste) avaient conçu un projet de construction de chemin de fer Conakry-Bamako.

L’objectif était de relier le Port de Conakry à Bamako afin de permettre l’acheminement des matières premières et de juguler la continentalité du Mali. Une fois le projet conçu, les deux chefs d’Etat ont envoyé des émissaires au président chinois, Mao. Ce dernier n’avait fait aucune objection quant à son financement en ce sens qu’ils étaient tous membres du bloc socialiste.

Dans la foulée, Mao Zedong, qui en définitive a rendu à la Chine moderne son indépendance et son unité avait même envoyé des techniciens pour une étude d’inspection du terrain et de prise de contact avec les autorités maliennes de l’époque.

Un projet à exhumer

C’est en pleine négociation de ce projet qu’est intervenu le coup d’Etat de 1968. Immédiatement, selon le Dr. Seydou Badian, ministre de la Coordination économique et financière et du Plan de Modibo Kéita (1960-1968), qui s’exprimait le samedi 19 avril à l’occasion du lancement de son dernier livre, « les Pièges du destin », que Mao a dit « que ç’en n’était fini pour le Mali ». Et le projet, à l’en croire, a été abandonné.

En 1994, lors d’une de ses visites en Chine, Seydou Badian avait rencontré un des 40 interprètes qui avait été commis aux études des travaux du chemin de fer. Ce dernier lui a suggéré que si les Maliens reprennent le vieux projet abandonné, « ils y auront gain de cause ». Aux dires de ce témoin et acteur de l’histoire contemporaine du Mali, « la parole de Mao reste sacrée aux yeux des plus hautes autorités chinoises et le Chinois est réputé pour sa parole donnée ».

Cette conversation entre les hommes a été rapportée à l’actuel chef de l’Etat, ATT par ses soins lors d’une rencontre voulue par ce dernier. « Mais depuis là rien. On entend des projets par-ci par-là, pourquoi ne pas reprendre le projet de chemin de fer Mali-Guinée ? », ne cesse-t-il de s’interroger avant de dire « qu’elle ne fera que renforcer la politique de désenclavement du pays ». ATT lui-même ne cesse de le répéter que quand il y a des routes, il y aura moins de faim.

« La route du développement passe par le développement de la route ».

Amadou Sidibé

24 avril 2008.