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En aucune façon, on ne peut peindre du blanc sur du blanc et obtenir une couleur autre que le blanc. C’est tout comme peindre du noir sur du noir : on n’obtiendra que du noir.

Ce commentaire quelque peu simpliste, voire flou, ne vise pourtant qu’à faire cas d’un constat : dans ce monde contemporain, les relations entre races et cultures sont indispensables pour l’harmonie et l’évolution universelles, à la seule condition cependant qu’elles se fassent d’égal à égal et soient basées sur le respect des intérêts mutuels, surtout économiques.


Un “danger“ imminent

“Dès le début de la deuxième moitié du 21è siècle (NDLR : entre 2050 et 21OO ?), l’Afrique ne sera plus le pré carré de la France“, prédisait un sociologue français, M. Henri Berthelot. Quoi qu’il en soit, au regard des relations de coopération de la France avec ses anciennes colonies africaines (qui sont restées presqu’inchangées) avec ses anciennes colonies africaines, l’on est enclin à se poser la question : la France ne risque-t-elle pas, à la longue, de perdre la majorité de ses “prés carrés“ africains ?

En tout cas, comme l’insinue si bien le sociologue français, le pays de Nicolas Sarkozy semble encore n’avoir pas (ou fait semblant de n’avoir pas) compris que ses relations avec l’Afrique doivent emprunter aujourd’hui un nouveau tournant, puisqu’elles ne peuvent plus être gérées comme aux temps des indépendances ou des régimes dictatoriaux africains.

En effet, l’effondrement du “Mur de Berlin” vers l’an 1990-1991, la fin de ce qu’on a appelé la “guerre froide“ entre les Etats Unis et l’URSS (Union des Républiques Socialistes Soviétiques), la scission de Blocs capitalistes, socialistes et communistes…, sont autant de tournants socio-politiques qui exigent, dorénavant, ce nouvelles donnes et orientations politiques économiques, sociales et culturelles à travers le monde.

E si la France n’y prend garde en suivant le mouvement de ce changement, elle risque de perdre ses “privilèges“ en Afrique, pour la plus grande satisfaction des États Unis et d’autres pays latino-américains, européens et asiatiques, qui sont aujourd’hui prêts à se bousculer au portillon des États africains.

C’est dire que le danger de ladite scission s’annonce déjà aussi imminente que “menaçante “, de par l’intérêt de plus en plus croissant que ces autres éventuels partenaires étrangers éprouvent pour l’Afrique, sur le plan de la coopération. Certains de ces pays, plus réalistes et “à la page“, sont même en passe de ravir la vedette à la France. Surtout dans des secteurs considérés aussi importants que vitaux en Afrique : entre autres, l’entreprenariat, le bâtiment, l’informel, les infrastructures…

La politique de ces “ravisseurs de vedette“ à la France est simple : réaliser des infrastructures pour le pays africain concerné, mais aussi lui fournir une aide financière substantielle. Et en contrepartie, obtenir l’assuranc du pays concerné de conserver le privilège du partenariat, dans le domaine où ils oeuvrent. En somme, c’est une sorte de coopération franche du “donne-moi que je te donne“, contrairement à une politique dite désormais “désuète“ du “recevoir sans donner ou concéder“ de la France.


Un vent qui tourne

Bref, aussi lentement que sûrement, l’Afrique est en train d’échapper à la France, au profit d’autres partenaires économiques qui ne privilégient qu’une politique d’échanges et d’intérêts réciproques : en plus des Chinois, ce sont les Canadiens, les Anglais, les pays scandinaves ( tel que le Danemark), les pays latino-américains (tels que le Brésil, le Vénézuéla…). Même les Américains se sont de nos jours invités à la danse, après avoir laissé le champ libre à la France, pendant des décennies.

En 2006, les S.O.S. répétés des dirigeants centrafricains (un exemple parmi tant d’autres), à l’adresse de la France n’avaient guère rencontré d’échos de réponse favorable. Si ce “mutisme ” de la France reste tel quel, les Centrafricains ne finiront-ils pas par se tourner vers d’autres pays occidentaux plus “réceptifs“, rien que pour se tirer de leur mauvaise passe économique? C’est tout dire…

Aujourd’hui, presque tous les produits de l’informel et les nouvelles technologies (entre autres produits) commercialisés en Afrique viennent de la Chine, de la Thaïlande, du Japon, des Etats Unis… Ce qui paraissait impensable il a quelques décennies, surtout lors des premières années des indépendances africaines au cours desquelles les produits français et anglais pullulaient sur les marchés africains : la France et l’Angleterre ne sont-ils pas les principaux colons de l’Afrique?…

Ces signes sont annonciateurs d’un vent qui tourne en défaveur de la France, pire, de la “décadence” française en Afrique, sur le plan de la coopération. En un mot (un mal ou des mots, c’est selon l’intérêt économique de chaque partie), l’Afrique est, en tout cas, en train de changer de cap, sur ce plan. A moins que la France y mette le holà, et “redresse la barre” en revoyant les copies de sa coopération et en les réadaptant à la réalité économique mondiale actuelle.

Il n’en demeure pas moins que l’avis (formulé depuis 2005) de notre astro-physicien, Cheick Modibo Diarra, est assez révélateur de ce changement de cap africain : “Lorsque la France donne à l’Afrique, elle donne aux Etats africains : et les populations africaines n’en profitent pas. Mais lorsque les Etats Unis décident d’aider l’Afrique, ils ne donnent pas aux Etats africains. Ils prennent plutôt contact avec un ONG (NDLR : Organisation Non Gouvernementale) travaillant, par exemple, dans un projet villageois”.

Et notre compatriote astro-physicien, de faire remarquer : “Même les Canadiens n’utilisent plus aujourd’hui ce système (NDLR : celui utilisé par la France). Alors, l’on voit tout de suite du concret sur le terrain ; et les populations africaines en bénéficient… Dans cinquante ans, et peut-être moins, l’avenir de l’Afrique va changer du tout au tout“. Une prédiction qui confirme à peu près celle (mentionnée plus haut) du sociologue Henri Berthelot.

Mais Cheick Modibo Diarra prédira plus : “…Chaque renaissance se fait dans la douleur ; d’où les difficultés de tous ordres que rencontrent actuellement les pays africains. Mais l’Afrique a de la mémoire. En temps opportun, elle saura se souvenir de ceux qui l’ont toujours maintenue sous sa dictature“, économique surtout, pourrait-on ajouter. Plus qu’un ultimatum, ceci est un avertissement lancé à la France. Consentira-t-elle alors à “saisir la balle” au bond?…


Le VIATOR

23 Décembre 2008