Partager

Le chef de la junte, le capitaine Amadou Aya Sanogo, avait souhaité rencontrer , pour la première fois depuis le coup d’Etat du 22 mars dernier, le corps diplomatique accrédité au Mali. Cette rencontre devait avoir lieu à huis clos hier à 15 heures au QG du CNRDRE à Kati. Elle a dû être annulée, les ambassadeurs occidentaux (France, Allemagne, UE, Etats Unis, Canada, Japon etc) ayant décidé de ne pas y participer. Ce geste, à cinq jours de la fin de l’intérim du Pr Dioncounda Traoré à la présidence de la République, constitue un message clair au chef des putschistes. S’il s’aventurait à s’autoproclamer chef de l’Etat comme tout porte à le croire, à partir du 22 mai, il s’exposerait à de sévères sanctions de la part de la communauté internationale et aurait à « répondre des souffrances infligées au peuple malien », comme les Etats Unis ont tenu à le faire savoir.

Le capitaine Amadou Haya Sanogo, président du CNRDRE, avait souhaité rencontrer, pour la première fois depuis le coup d’Etat du 22 mars 2012, les ambassadeurs accrédités au Mali. La rencontre devait se tenir, hier jeudi 19 mai, au quartier général (QG) de la junte à Kati. Selon une source diplomatique, le chef de la junte avait chargé le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Sadio Lamine Sow, d’organiser cette rencontre, mais celui-ci lui aurait fait savoir qu’une telle initiative lui paraissait devoir relever soit du Président de la République intérimaire soit du Premier ministre. Malgré tout, le capitaine Sanogo tenait à sa rencontre, qui devait se dérouler à huis-clos. Finalement, elle a été annulée. Selon notre source, cette annulation serait liée au boycott d’un grand nombre, sinon de la totalité des ambassadeurs des pays occidentaux.
Par ce geste, ils se sont inscrits dans la logique de la non reconnaissance par les Etats et les organisations qu’ils représentent de la junte militaire comme autorité légale en République du Mali.

Par la même, c’est une invite au retrait définitif de la junte de la scène politique malienne comme ces Etats et organisations n’ont eu cesse de le réclamer depuis le coup d’Etat contre la démocratie survenu le 22 mars 2012.

Toujours selon notre source, les avis étaient partagés au départ entre les diplomates occidentaux sur la question de savoir s’il fallait participer ou non à cette conférence de Kati. Certains étaient d’avis qu’il fallait y aller pour dire clairement et fermement au chef de la junte qu’il doit se retirer, laisser la place aux civils et ne pas compromettre les chances de réunification et de développement du Mali.

D’autres, en revanche, estimaient que toute présence à cette réunion entérinait de facto le coup d’Etat et, apparemment, c’est ce point de vue qui a fini par prévaloir. Ce revers diplomatique, venant s’ajouter aux nouvelles menaces des sanctions brandies par la CEDEAO constitue un sérieux avertissement pour le chef de la junte à cinq jours de la fin de l’intérim du président Dioncounda Traoré à la présidence de la République.
Si, d’aventure, il s’autoproclamait, comme toute porte à le croire, chef de l’Etat à partir du 22 mai prochain, il devra faire face à l’hostilité commune de l’Union Européenne, des Etats Unis, du Canada, du Japon, de la Russie et de la CEDEAO. Le Mali en serait le grand perdant. Mais lui-même et ses compagnons de putsch auront à rendre des comptes.

Alassane DIARRA

L’Indépendant du 18 mai 2012