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Des centaines de nouvelles recrues n’ont pas encore perçu leur premier salaire, après plusieurs mois de fonction. Le phénomène concerne nombre de départements ministériels

jpg_une-1043.jpgHabituellement, les nouvelles recrues de la Fonction publique se préparent psychologiquement à patienter de longs mois avant de percevoir leur premier salaire. Cette patience s’est transformée cette année en doute voire en inquiétude dans l’esprit des nouveaux auditeurs, tant les informations concernant leur traitement salarial sont contradictoires. Ils sont ainsi des centaines de jeunes à attendre leurs premières rétributions depuis des mois. Le phénomène concerne beaucoup de départements ministériels. Au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, par exemple, ils sont une vingtaine de nouvelles recrues à attendre leur paie depuis novembre 2011, date de leur prise de fonction. Certains d’entre eux commencent à stresser sur leur avenir dans la Fonction publique.

Contactés, le secrétariat général du ministère de la Fonction publique et de la Réforme de l’Etat et celui de l’Economie, des Finances et du Budget se rejettent la responsabilité du blocage. En début de semaine, nos confrères du journal « L’Aube » ont consacré un article au sujet. Le journal a ainsi publié une lettre du ministre de l’Economie, des Finances et du Budget dans laquelle, il évoque l’incapacité du gouvernement à prendre en charge les salaires des nouvelles recrues faute d’allocations budgétaires. Cette information a fait sombrer certaines recrues dans un noir catastrophisme.

Mais selon une source proche de la Direction financière et du matériel du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, qui a voulu garder l’anonymat, l’espoir est permis de voir les nouvelles recrues rentrer dans leurs droits incessamment. La fin du cauchemar serait pour bientôt, selon cette source qui soutient que les services du Trésor et de la comptabilité sont à pied d’œuvre dans ce sens. Le retard observé par les services financiers dans le paiement se justifie par le nombre très élevé de recrutements qui dépasse de loin l’enveloppe budgétaire prévue à cet effet, explique notre interlocuteur. Les techniciens du budget ont dû batailler dur pour dénicher quelques bribes de ressources sur certains chapitres, afin de dénouer une situation de plus en plus embarrassante.

Il faut rappeler que les gouvernements précédents avaient procédé à de vastes mouvements de recrutement de personnel civil et militaire. Une manière de résorber un tant soit peu le chômage des jeunes. L’opération a concerné les catégories « D » et « E » de la Fonction publique. Les catégories supérieures A, B et C étant soumises à des concours d’intégration depuis 2010. Ce recrutement faisait suite à des accusations portées contre les pouvoirs publics par des associations de jeunes de procéder à des recrutements arbitraires et sur des bases subjectives dans les départements ministériels. Elle faisait suite aussi à un différend qui a opposé le ministère de la Santé à celui de la Fonction publique et de la Réforme de l’Etat.

À l’origine de la friction, le premier reprochait au second de procéder à de vastes recrutements au profit de son ministère, sans qu’il en soit demandeur. Le ministre de la Santé de l’époque avait alors décliné toute responsabilité dans l’expression du besoin qui a servi de base juridique pour le recrutement au profit de son département. Il a exigé et obtenu l’annulation de la décision.

Pour prévenir une telle situation et couper court aux accusations de recrutements de complaisance, le Premier ministre d’alors, décida de soumettre d’une manière stricte les catégories A, B et C au concours. Désormais on ne peut plus accéder à ces catégories de la Fonction publique que par voie de concours ou à l’issue de tests de recrutement organisés en bonne et due forme par les services compétents. Ce sont donc des travailleurs des catégories inférieures – aides-comptables, aides-archivistes, chauffeurs, manœuvres, plantons, etc -, recrutés comme conventionnaires de l’Etat qui sont concernés par la situation qui prévaut aujourd’hui dans plusieurs départements ministériels. Y compris ceux de la Défense et des Anciens combattants et de la Sécurité intérieure et de la Protection civile. Mais pour les fonctionnaires militaires, quelles que soient les conditions du recrutement, les candidats sont tenus de franchir plusieurs épreuves avant de goûter au bonheur de la vie de salarié. Avant la fin de leur formation commune de base de six mois, leur situation financière est réglée. Ils commencent à percevoir leurs salaires et arriérés dès leur sortie du centre.

Ce circuit n’existe pas chez les fonctionnaires civils. Ceux-ci doivent patienter pendant un laps de temps indéfini avant de percevoir leur paie. Pour les nouvelles recrues, l’attente commence à être longue (dix mois pour certains) même si dans le lot, certains ont reçu leur salaire bien avant le coup d’Etat de mars. Le démantèlement d’un réseau des faux diplômes, les menaces de radiation de la Fonction publique qui pèsent sur la tête des fautifs et les contrôles élargis qui ont suivi, ne sont guère de nature à détendre un climat déjà pesant.

Amadou O. Diallo

L’Essor du 7 septembre 2012