Partager

Ainsi, après la proclamation définitive des résultats des communales passées, il s’avère que tous les partis, associations ou groupements politiques dans le District de Bamako n’ont pas engrangé la majorité absolue. Ce qui nécessite donc l’établissement de toutes sortes d’alliances en vue de pouvoir contrôler les Mairies. Mais si la chose est déjà dite en Communes III et VI, par contre, rien n’est jusqu’à présent acquis en Communes I, V et IV.

Les cas les plus complexes demeurent surtout ceux des Communes IV et V. En effet, si les uns entendent garder jalousement leur fauteuil, d’autres entendent mettre fin à cette ambition. Du coup, ce sont les autres partis, auparavant arrivés derniers, qui sont subitement devenus les premiers à occuper le devant de la scène politique.

En Commune IV, la bataille se situe entre l’Indépendant Moussa Mara soutenu par le MPR et l’URD, et le RPM soutenu par d’autres. En Commune V, la bataille fait rage entre l’URD soutenue par le CNID et une partie des conseillers du MPR qui reste divisé, et l’ADEMA soutenu par le RPM et une partie des conseillers du MPR. Mais chacun des deux camps opposés déclare mordicus que les 7 conseillers du MPR seront avec eux.

Selon nos informations, la tendance amenée par l’URD possèderait la majorité absolue avec 24 conseillers, c’est-à-dire les 14 de l’URD, les 7 du CNID et les 3 du MPR. Mais selon la tendance ADEMA, elle aurait démarché trois conseillers de l’URD et 4 conseillers du MPR, ainsi que les 5 du RPM. C’est qui ferait un total de 24 conseillers également. C’est dire que personne n’est en mesure de prédire qui contrôlera la Mairie de la Commune V.

Au cas où la tendance URD ne parviendrait pas à remporter la majorité, elle ne devrait s’en prendre qu’à elle même, à cause du choix porté sur Demba Fané qui est contesté même au sein de son parti et auprès de ses militants. “Aujourd’hui, chaque camp estime qu’il possède la majorité. Mais seul le vote déterminera le vainqueur, car c’est un vote secret. Moi, j’exprime mon optimisme ; mais tout est possible en politique”, a déclaré un partisan de la tendance favorable à l’URD.

Mais ce qui retient davantage l’esprit, dans tout cela, c’est le fait que l’URD, le RPM et l’ADEMA sont en train de se livrer une guerre de positionnement sans merci. Cela s’est surtout fait sentir au niveau des Communes IV et V. En effet, en Commune V, le RPM a refusé de s’allier à l’URD contre la liste ADEMA. Ce qui a poussé les responsables de l’URD à s’allier au RPM en Commune IV, face à l’Indépendant Moussa Mara. Mais le RPM et l’ADEMA se sont ralliés en Commune VI.

Tout cela se comprend aisément lorsqu’on sait qu’à travers leurs présidents l’URD et le RPM n’ont jamais entretenu de bonnes relations, au temps de leur vie politique commune à l’ADEMA. Surtout que le président du RPM a toujours estimé qu’a lui avait “volé sa place” au profit de Soumaïla Cissé, au poste de candidat à la présidentielle de 2002. Ce qui avait valu le départ de IBK en 2000, avant qu’il ne crée son propre parti en 2001. Et Soumaïla Cissé, de claquer à son tour la porte de l’ADEMA, pour créer aussi son propre parti en 2003.

Le choix du RPM de combattre l’URD au profit de l’ADEMA s’explique surtout que le fait que le parti des “Tisserands” est tombé en chute libre et ne fait plus aujourd’hui le poids (politiquement, s’entend), comme en 2004. Surtout qu’on murmure qu’IBK et le RPM entendent rejoindre l’ADEMA pour les échéances de 2012, plus précisément, la présidentielle de 2012. Ce qui constitutuerait un véritable enjeu pour le contrôle des Mairies à travers tout le pays. Mais tout cela est de bonne guerre politique…

D’ici là, les tractations et promesses faramineuses continuent d’aller bon train et d’appâter bien des conseillers. “Vous savez, en matière de vote, les électeurs sont devenus comme des prostitués. Ils peuvent donc changer et tourner casaque à tout moment. Surtout que le monde est devenu un jeu d’intérêt et non de conviction. Tout peut donc arriver ; et rien ne nous surprendra plus dans ce pays”, a déclaré un observateur politique, d’un air philosophique et en guise de conclusion.

Sadou BOCOUM

15 mai 2009