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C’est peut-être pour 200 millions de F CFA seulement à se partager en cachette que la crédibilité du Mali est aujourd’hui fortement entamée auprès de bailleurs de fonds et autres partenaires au développement qui interviennent dans la construction de la route Sekokoto-Bafing-Falémé. Le bureau de contrôle tunisien, préalablement choisi mais victime d’un véritable micmac, est poussé à la sortie au grand dam de la Bad et de la BOAD.

L’appel d’offre pour le contrôle des travaux de la route Sekokoto-Bafing-Falémé en date du 10 mai 2007, malgré la clarté des choses, continue de faire polémique ; une situation voulue et entretenue par des autorités du ministère de l’Equipement et des Transports (MET).

De quoi s’agit-il au juste ? Il convient tout d’abord de préciser que la construction de la route Sekokoto-Bafing-Falémé entre dans le cadre du Programme d’aménagements routiers et de facilitation du transport sur le corridor Bamako-Dakar par le Sud, Uémoa/Mali-Sénégal.

Pour le contrôle des travaux, un appel d’offre a été lancé le 10 mai 2007. Plusieurs entreprises de contrôle ont soumissionné. Mais suite à une présélection rigoureuse, seuls trois bureaux de contrôle ont été retenus. Il s’agit du Groupement Louis Berger/GIC, de la Socetec/SCET-Tunisie et du Groupement Cira/AIC Progetti.

À l’issue du dépouillement, le Groupement Louis Berger/GIC, qui s’est classé premier, a été proposé à la non-objection de la Banque africaine de développement (Bad) et de la Banque ouest-africaine pour le développement (BOAD), principaux bailleurs de fonds du programme.

Mais, l’institution bancaire continentale, basée à Tunis, constatant que le chef de mission n’a pas un diplôme suffisant pour le travail demandé, a refusé de donner sa caution au Groupement Louis Berger/GIC, qui a été de ce fait éliminé.

Ne restaient plus en lice que la Socetec/SCET-Tunisie, qui a proposé 1,4 milliard de F CFA, et le Groupement Cira/AIC Progetti qui a fait une offre de 1,6 milliard de F CFA, soit une différence de 200 millions de F CFA.

Le bon sens voulait dès lors que l’entreprise classée 2e (de surcroît la moins disante), en l’occurrence la Socetec/SCET-Tunisie, soit automatiquement proposée, ce que la Bad avait d’ailleurs fait en demandant que son dossier lui soit communiqué.

Munie des quitus, c’est-à-dire les non-objection de la direction générale des marchés publics (DGMP) et des bailleurs de fonds, la Socetec/SCET-Tunisie devient adjudicatrice provisoire du marché le 12 mars 2008 et avait même commencé à faire certaines prestations en attendant la signature définitive de son contrat.


Une offre, deux dépouillements

On croyait l’affaire close. Mais c’était sans compter avec le Groupement Cira/AIC Progetti qui se serait plaint auprès de la DGMP pour contester les procédures de passation de ce marché. La DGMP, à son tour, saisira la Bad aux fins de réunir une nouvelle commission de dépouillement des offres.

Le 8 juillet 2008, cette commission, comme par enchantement, proposera le Groupement Cira/AIC Progetti avec une deuxième non-objection de la DGMP. Autrement dit, sur un même marché, la direction générale des marchés publics a accordé deux non-objection à deux entreprises concurrentes.

Il fallait le faire !
Hélas, manque de pot : la Bad décèle des irrégularités dans le dossier de Cira et entre autres incohérences, la non-concordance des noms et dates de naissance sur le CV et le diplôme du chef de mission proposé.

Une source proche du dossier indique que le chef de mission en question serait un certain Daniel Noël Toukpo sur le diplôme et Dadié Noël Toukpo sur le CV, ce qui, dira-t-il, doit valoir à Cira la note zéro à l’évaluation. De plus, ajoutera-t-il, M. Toukpo aurait signé une attestation de disponibilité pour le chantier sur la période du 1er octobre 2007 au 31 mars 2010 et que le Groupement a régulièrement prorogé la durée de validité de son offre chaque fois que l’administration le lui a demandé.

« Ce qui équivaut à la fourniture d’une fausse information ». Des vices inacceptables ailleurs, mais sur lesquels certains techniciens du ministère de l’Equipement et des Transports veulent fermer les yeux, ne voyant que leurs propres intérêts aux dépens de l’intérêt collectif. Tant et si bien que certains partenaires qui voulaient construire au moins trois ponts sur l’axe participant davantage au désenclavement intérieur et extérieur du Mali commencent à traîner le pas.

Certaines personnes qui se disent proches du ministre Séméga et, par voie de conséquence du président de la République, tentent en réalité de l’induire en erreur. Tout en sabotant les efforts du président de la République dans la mise en œuvre de son Programme de développement économique et social (PDES), ils se font de l’argent à gogo.

En attendant, la Socetec/SCET-Tunisie, complètement irritée, aurait fait part de son indignation à qui de droit et entend faire valoir ses droits.


Affaire à suivre.

La rédaction

04 Aout 2008