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Depuis le départ forcé de l’ancien Premier ministre, Cheick Modibo Diarra, de la Primature, le 10 décembre dernier, dans les conditions que l’on sait, l’ex – junte tente, par tous les moyens, de l’humilier davantage. C’est ainsi qu’à deux reprises, elle lui a refusé de voyager sur Paris pour des soins médicaux.

La première fois, le Capitaine Sanogo lui-même est monté au créneau, dans un communiqué diffusé sur les ondes de l’ORTM, pour affirmer que Cheick Modibo Diarra était libre de tout mouvement et que personne ne l’avait jamais empêché de voyager. L’intéressé a donc remis ça le 5 janvier dernier. A sa grande surprise, il a une fois de plus compris qu’il ne pourrait pas voyager.

Pour justifier son attitude, Kati a distillé, par presse interposée, que l’ancien Premier ministre aurait détourné 6 milliards de FCFA et qu’il aurait même été interpellé à la frontière du Burkina avec plusieurs centaines de millions de FCFA, de même que sa famille aurait été confiée à l’ambassade de France au Mali.

Rapidement, cette dernière a apporté un démenti cinglant en ces termes: «L’Ambassade de France dément formellement les propos prêtés à M. Makan Konaté, au titre du Collectif des Patriotes (COPA), et repris dans le quotidien «L’Indépendant» daté du 07 janvier 2013, selon lesquels l’ancien Premier Ministre aurait placé à l’Ambassade de France à Bamako sa famille avant de prendre la fuite.

Ces affirmations sont purement diffamatoires et ne reposent sur rien».
Le même 7 janvier, le tout nouveau Premier ministre, Diango Cissoko, remercie tous les Conseillers spéciaux nommés par son prédécesseur, avec à leur tête Sidi Sossoh Diarra, frère ainé de Cheick Modibo Diarra. Auparavant, Diango Cissoko avait déjà fait le ménage en renvoyant plusieurs Conseillers et le Directeur de cabinet adjoint, Abdoulahi Alkady.

Le 8 janvier, une correspondance du Bureau du Vérificateur Général, signée d’Amadou Ousmane Touré et datée du 3 janvier 2013, arrivesur la table du Premier ministre Cissoko. Nous avons pu obtenir une copie de cette lettre (voir le fac similé ci – dessous). Mais il y a cet extrait qui pose problème: «…Je vous saurais gré des dispositions utiles que vous voudrez bien faire prendre par les services placés sous votre autorité en leur rappelant surtout, que le secret professionnel (cas des dépenses de souveraineté) n’est pas opposable aux Vérificateurs». En clair, même les dépenses de souveraineté, que certains appellent caisse noire, sont à vérifier.

Selon une source proche de la famille de l’ancien Premier ministre, Kati serait à l’origine de cette vérification, puisque la période concernée est comprise entre le 22 mars 2012 et nos jours. La même source s’étonne que les dépenses de souveraineté puissent faire l’objet de contrôle.
«Le Bureau du Vérificateur Général devrait alors contrôler aussi les fonds de souveraineté de la Présidence sous ATT, de l’Assemblée nationale sous Dioncounda Traoré et même des anciens chefs de gouvernement, notamment Ag Hamani, Modibo Sidibé, Mme Cissé Kaïdama Sidibé. C’est une première! Que la boite de Pandore soit ouverte. Tout le monde sera édifié», nous a-t-elle confié.

Avant de revenir sur les accusations de détournement en ces termes: «les fonds dont on parle n’ont jamais été logés à la BMS – SA. Ils sont au Trésor, sous la signature du ministre de l’Economie et des Finances. Je sais qu’il y a eu des mouvements de fonds vers la Primature, à la demande du chef du gouvernement, pour gérer des difficultés ponctuelles et réelles. Maintenant, si l’on veut chercher des poux sur la tête de Cheick Modibo Diarra, allons-y! Nous ne nous laisserons pas faire, et encore moins intimider par un quelconque contrôle».
Notre interlocuteur nous a aussi fait remarquer qu’il n’existait actuellement aucun rapport de contrôle concernant la gestion de l’ancien Premier ministre, a fortiori à charge: «on manipule des confrères à vous, comme L’indépendant, pour souiller l’honneur d’honnêtes gens afin de couvrir les agissements de Sanogo.

C’est vraiment décevant».
Joint par téléphone, un responsable du Bureau du Vérificateur Général nous a expliqué: «C’est sans passion, sans a priori et dans un esprit objectif que nous allons conduire cette mission. Notre préoccupation est un souci de vérification. Notre mission n’est pas de détecter, de rechercher une faute de gestion, non! C’est pour aider à améliorer la gestion. Nous n’avons été mis en mission par personne. Aucune autorité politique, ni militaire ne nous a confié cette mission. C’est nous faire insulte que de croire que Kati pourrait nous mettre en mission».
Selon ce contrôleur, «nous intervenons à travers des informations que nous livre souvent la presse ou sur la base de dénonciations. Sinon, nous avons un programme annuel de vérification. Il est tout à fait normal qu’après tout ce qui se dit le Bureau cherche à savoir la part de vérité. Il arrive souvent que des ministres nous écrivent pour demander un contrôle. Mais tel n’est pas le cas de la Primature. Nous nous sommes autosaisis».

A la question de savoir pourquoi les fonds spéciaux seront vérifiés, il répond «s’il existe un texte réglementaire ou législatif nous interdisant cette vérification, nous nous soumettrons à la loi. A notre connaissance, il n’existe pas un tel texte. Si on nous oppose un régime dérogatoire, preuves à l’appui, on se soumet. Les fonds spéciaux ne constituent pas un fétiche. Ce sont des fonds publics, qui doivent être justifiés. Une fois de plus, si l’on nous sort des textes qui n’autorisent pas leur vérification, on se pliera à la loi».

La Direction administrative et financière de la Primature est donc avertie: elle doit préparer d’ici le 22 janvier tous les documents relatifs à sa gestion du 22 mars 2012 à nos jours, ainsi que ceux relatifs aux fonds spéciaux. Généralement, ces fonds, utilisés pour des dépenses dites de souveraineté, sont directement remis au Chef, sans reçu, sans facture. Vivement donc que la boite de Pandore soit ouverte et que l’on sache désormais à quoi s’en tenir. A suivre.

Chahana Takiou

22 Septembre du 10 Janvier 2013