Partager

Je le craignais ! J’en étais presque sûr ! Tous nos efforts, ce jour béni du 28 juillet 2013, entachés par un couac que l’on a vu venir comme une tornade, annoncée par les cumulus sombres à l’horizon : l’encre assassine.
L’encre épaisse et dense qui sortait de la boîte tampon en salle 10 du Centre Dontémè de Djikoroni a dû faire des victimes malgré les promesses apaisantes des délégués. Elle ne séchait pas et, au moment d’apposer le doigt dans la case choisie, elle s’étalait et, malgré mes efforts pour la sécher en soufflant, je crains fort qu’au moment de plier le bulletin elle n’ait pas laissé une deuxième trace sur le candidat d’en face ! Résultat c’était une invalidation de bulletin à craindre. Je l’ai signalé et expliqué mes craintes et on a promis de remédier au problème. Mais, combien de boîtes d’encre tampon pareilles ont causé des inquiétudes et finalement ont probablement été la cause principale de ces invalidations en masse ?

En effet, 403 532 bulletins nuls, au vu de l’enthousiasme et de la ferveur qui animait les citoyens ce jour-là, est une donnée inexplicable et injustifiable en se référant aux simples maladresses d’une population majoritairement analphabète. Nos frères et sœurs même illettrés qui, en cette journée du mois de Ramadan, se sont déplacés pour voter et pour voter pour leur candidat, ne sont pas stupides pour apposer leur marque ailleurs et encore moins pour mettre un bulletin blanc dans l’urne.

Même si l’on voulait apposer la trace sur le nez ou le front ou les yeux de l’élu, comme disent les rumeurs, l’infime surface de la photo ne le permettrait pas et la « signature» couvrirait tout le visage, aucune raison d’annuler un tel bulletin, la volonté du votant étant claire et évidente sur son choix.

Par contre, si j’avais l’esprit tordu et vu les quelques tentatives de fraude, élégamment menées d’ailleurs par les boys de Soumi, en se prêtant à aider les illettrés, en leur demandant pour qui ils vont voter et en montrant la photo du candidat choisi mais en suggérant, d’un air innocent, que s’ils votent pour SC – et ils montrent sa photo – ils auront un petit cadeau !!! (Témoignage de mon gardien, analphabète mais pas idiot), je serai tenté de poser quelques questions:

-Pourquoi ces problèmes d’encre ont été constatés à Djikoroni, quartier où les sympathies des habitants vont vers le Kankélétigui ?
-Quel est le nombre de bulletins nuls dans Dontémè et quelle en est la raison ? L’excellent Viewer de Malijet pourrait-il nous renseigner à ce sujet ?
-Aurait-on ciblé des bureaux de vote dans des zones aux tendances bien évidentes (Gao pour SC ou Koutiala pur IBK) pour éliminer des voix ?
-A-t-on constaté d’autres problèmes similaires ailleurs et les a-t-on résolus à temps ?
-Qui a fourni cette encre inappropriée pour l’empreinte du votant ?
-Va-t-on encore utiliser cette encre au second tour ou aurons-nous deux bulletins rendant le vote plus facile mais aussi la fraude ?
-Fera-t-on signer les bulletins par les deux délégués des partis en lice, présents dans chaque bureau, pour éviter le vote avec un bulletin venant de l’extérieur ?
-Y aura-t-il un face à face pour que nous puissions mieux connaître nos deux candidats ?

Et j’ajouterais, au-delà de ce couac qui aurait pu ne pas être innocent :

-Qui a intérêt à créer le malaise et les tensions et le désordre en annonçant à l’avance des résultats et des tendances fausses sur un dépouillement inachevé ? Nous étions tous capables d’attendre le 5e jour !

Une chose est claire c’est que le citoyen malien en a marre des tricheries et des manipulations et que le taux de participation inhabituel et historique de 51,54% montre à quel point il est impliqué dans la vie politique, dans la recherche d’une honorable sortie de crise et dans l’avenir de son pays.

Nous ne voulons pas de petits cadeaux ni d’encre assassine.
Nous irons voter encore dans la bonne humeur et le respect de nos frères « adversaires » car nous sommes fiers des résultats de ce premier tour et nos deux candidats sont des hommes de valeur et d’expérience.
Et que Dieu nous assiste pour que le meilleur gagne !

Mahamane Sidibé

Djikoroni Dontémè II

06 Août 2013