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Pour nombre de médias et d’analystes occidentaux, le pouvoir malien est une sorte de « boite noire » incompréhensible, opérant la succession entre un « bon » militaire et un « mauvais », l’ancien chef d’Etat et le putschiste, ou encore entre un président victime de la foule – exilé à Paris , et un premier ministre débordé . Mais au delà de ces simplismes, le Mali n’a t il pas une alternative civile à la crise, même si l’Occident en a rarement entendu parler ?

jpg_une-912.jpgQuelle intervention extérieure d’ailleurs? En Irak, en Afghanistan, au Congo, au Soudan et dernièrement en Libye, elles ont surtout provoqué le massacre des populations civiles innocentes et conduit à des guerres civiles prolongées. Les gouvernements nationaux mis en place et sous tutelle internationale ont été contraints à payer la facture de la guerre : le résultat est à l’évidence partout un véritable désastre.

Il n’appartient pas à la CEDEAO, à l’Union Africaine, à l ‘ONU, à la France ni à aucune autre puissance étrangère de venir imposer une solution à Bamako ou Gao. La sagesse recommande vivement qu’il soit fait recours au peuple souverain du Mali pour qu’il puisse assumer en toute indépendance son propre destin. L’interventionnisme autoritaire fait en effet l’impasse sur une longue histoire qui, avec ses hauts et ses bas, fait la fierté de son peuple.

Certes, le gouvernement en place ne maîtrise pas la situation. Il n’arrive pas à contrôler le peuple du sud du Mali sur lequel il a encore un tant soit peu d’autorité, a fortiori à faire face à la crise au nord.
C’est ainsi que la CEDEAO veut recourir à la force pour mettre fin à la partition du Mali, après la déclaration d’indépendance du MNLA dans le Nord du pays. Elle envisage d’envoyer sur place une force de 2 000 à 3 000 soldats, et exige un gouvernement de transition et d’union nationale d’ici la fin du mois de juillet. L’objectif étant soi disant de renforcer les institutions de transition, en situation « précaire », pour enfin affronter la crise dans le Nord. Si ce délai n’est pas respecté, « la Cédéao ne reconnaîtra plus le gouvernement du Mali et le pays sera suspendu de toutes les organisations sous-régionales ».

Ce qui provoque en conséquence un puissant sentiment anti CEDEAO- qu’il faut se garder d’assimiler à un quelconque soutien à la junte, renforcé par un nationalisme qui s’est largement construit contre l’ancienne puissance coloniale, très mal placée en conséquence pour intervenir !

Les Maliens accusent en effet la France d’avoir facilité la chute du président ATT parce que ce dernier avait refusé de s’engager plus clairement dans la lutte contre le terrorisme, les trafics de drogue au Nord. D’aucuns même pensent qu’il y a des connivences entre la France et le MNLA, et accusent Paris d’être partiellement responsable de la crise, du fait de son intervention militaire en Libye, qui a précipité le retour au Mali de nombreux combattants touareg.

En d’autres termes, une intervention de la CEDEAO aurait toutes les chances de se heurter à des formes de résistance populaire qui compromettraient la résolution du conflit. Sans parler d’une fracture accrue entre Sud et Nord et d’une dangereuse islamisation, voire ethnicisation du conflit.

L’armée malienne a été elle aussi victime de la paupérisation et le coup d’Etat a compliqué une situation chaotique : la révolte générale n’était pas très loin. C’est ce que disent des hommes politiques comme Ibrahim Boubacar Keita ou qu’analysent des intellectuelles comme la sociologue Aminata Traoré- car le Mali a bien une intelligentsia, comme un personnel politique !

Les analyses proposées ci dessus sont bien l’opinion d’une partie dominante de l’opposition civile malienne : contrairement à ce que croit savoir l’extérieur, entre l’ancien régime du général Toumani Touré et les putschistes, il y a une alternative ! Notamment des partis structurés et des leaders respectés. Sans la prise de contrôle des indépendantistes touaregs et des islamistes au Nord, Ibrahim Boubacar Keita aurait certainement été élu aux élections qui n’ont pu se tenir, à cause du putsch militaire : il s’en est fallu d’un mois ! Ce leader n’est-il pas plus légitime pour mener une réelle transition où tous auraient leur place? Rappelons qu’ « I.B.K. » a déjà exercé de hautes responsabilités comme premier ministre, président de l’Assemblée, et a fédéré déjà plusieurs partis politiques et citoyens, représentant dès lors une alternance de gouvernement. Membre de l’Internationale socialiste, grand connaisseur du Nord, son passage à la primature de 1994 à 2000 a permis la signature des accords de paix avec la rébellion touareg. Homme d’expérience respecté au Mali et à l’extérieur, et dont le sens de l’Etat est indiscutable. Son style le de gouvernement étant marqué par le respect scrupuleux de l’Etat de droit.

Loin de toute gouvernance militaire- mondialisée ou régionalisée, il faut que l’extérieur – et la France en particulier, laisse toutes ses chances à une solution malienne, basée sur sa société civile et son personnel politique! Toute autre tentative risque d’être catastrophique.

Dr. Oumar Keïta, le 23 Juillet 2012