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Avec la pandémie de la maladie à coronavirus COVID-19 une hystérie s’est emparée du monde qui retient son souffle et compte chaque jour un nombre croissant de victimes. Plus de deux millions et demi de personnes sont déjà infectées et la barre des 200.000 décès liés au COVID-19 bientôt atteinte.

Le continent africain, bien que relativement très peu touché, fait l’objet de prédictions des plus macabres de la part des responsables des institutions internationales (OMS, ONU…), du milliardaire Bill Gates et de sa femme. Ceux-ci prédisaient en effet une crise sanitaire sans précédent avec des millions de morts sur le continent dès le début de la déclaration de l’épidémie. Ils maintiennent leur position cela même quand l’évidence de l’échec de leur prédilection s’impose peu à peu. Car plus d’un mois après l’apparition de la maladie, le nombre de décès excède à peine le chiffre 1000 sur l’ensemble du continent.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’apprête à envoyer un million de kits de diagnostic de COVID-19 sur le continent parce qu’elle reste convaincue qu’il y a un problème de sous-diagnostic. Le danger qui guette le continent africain ne serait-il pas ailleurs, à savoir les conséquences socio-économiques liées au ralentissement de l’économie mondiale dû à cette pandémie et de la gestion elle-même de la crise par les différentes autorités ? La nature de la réaction des pays africains sera déterminante. Car toute stratégie dictée par la crainte excessive et injustifiée de la pandémie COVID-19 s’avèrerait suicidaire pour les gouvernants et dévastatrice pour les populations africaines.

Le Mali a enregistré officiellement ses premiers cas de maladie à coronavirus COVID-19 assez tardivement (le mercredi 25 Mars), ce qui le place dans une position privilégiée pour mener sereinement une stratégie efficiente de lutte contre cette maladie. En effet, nous avons eu le temps de connaître la maladie, de suivre son évolution et de juger de l’efficacité des stratégies de lutte adoptées un peu partout dans le monde y compris chez nos voisins directs (les pays frontaliers).
Les mesures successives prises par le gouvernement malien depuis le début de cette pandémie COVID-19, ont un impact négatif croissant de jour en jour sur l’économie nationale.

Si rien n’est fait, les centaines de milliards déjà annoncés pour supporter l’économie et assister la population, risquent, soit de ne pas suffire ou tout simplement disparaître des caisses de l’ État.

Existe-t-il une voie alternative à suivre ?

Nous pensons d’emblée qu’il faut une reprise immédiate du cours normal des activités et focaliser ses ressources et énergies sur la gestion des conséquences socio-économiques de la pandémie.

Cette proposition, étrange en cette période, est le fruit d’une réflexion basée sur des faits avérés. Nous allons d’abord montrer pourquoi, au Mali, il ne faut pas céder à la peur généralisée engendrée par COVID-19, ensuite nous nous pencherons sur les raisons qui doivent pousser à une reprise immédiate du cours normal des activités socio-économiques et enfin nous fournirons quelques suggestions pour une gestion efficience de cette crise.

Faut-il réellement céder à la panique généralisée autour de COVID-19dans le monde ?
Malgré le fait que les discours dans les médias de masse soient de nature à engendrer une psychose généralisée autour de COVID-19, il faut garder à l’esprit que les réalités sont différentes dans chaque pays concernant cette maladie. Il n’est plus à démontrer que COVID-19 tue dans certains pays beaucoup plus que d’autres, souvent situés sur un même continent. Pourquoi cela, et est-ce une nouveauté dans l’histoire, même récente, des pandémies ?

Pour mieux comprendre, il est intéressant de faire une comparaison entre le COVID-19 et la grippe saisonnière qui est aussi une maladie infectieuse respiratoire causée par un autre virus.

Certains, dans les médias, ne veulent surtout pas qu’on fasse cette comparaison. Mais force est de constater que cette comparaison est nécessaire à bien des égards. Les sites web de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) aideront à faire cette comparaison. Les symptômes, les modes de transmission et les populations à risque des deux maladies sont très similaires. Par contre, dans le cas de COVID-19, la population à risque pour développer des symptômes plus graves est beaucoup plus restreinte (les enfants et les femmes enceintes en sont exclues) comparée à celle de la grippe.

Un autre fait hautement important et qui passe inaperçu surtout en Afrique, est que la grippe saisonnière est responsable, au niveau mondial chaque année, d’environ 5 millions de cas de maladies graves, et 290 000 à 650 000 décès selon l’OMS. Cela malgré l’existence des antirétroviraux contre la grippe et d’un vaccin grippal (dont la composition est actualisée deux (02) fois chaque année).

Comme actuellement c’est le cas pour COVID-19, les pays développés enregistrent chaque année plus de décès liés à la grippe. Les statistiques concernant la grippe manquent au Mali comme ailleurs en Afrique, puisqu’il n’y a pas de diagnostic, mais elles semblent ne pas être alarmantes. Car dans la pensée collective malienne, le rhume, même avec symptômes graves (probablement la grippe) tue très peu en Afrique.

Pourtant la population en Afrique de manière générale, n’est pas vaccinée contre cette maladie horrible (par son nombre de victimes) qu’est la grippe saisonnière.
Ce n’est donc pas étonnant que des centaines de milliers de personnes puissent mourir de COVID-19 dans les pays développés et que le Mali, avec le reste de l’Afrique, soit épargnée.

Si nous approfondissons l’analyse, on se rend compte que conformément à ce qui est déjà connu concernant les personnes à risque, l’immense majorité des personnes décédées de COVID-19 en Europe étaient des personnes très âgées (généralement plus de 70 ans) et la plupart d’entre-elles avaient déjà au moins une autre maladie chronique (hypertension, diabètes, maladie pulmonaire, cancer). Aux États-Unis, en plus des personnes âgées, on a trouvé, et c’était une découverte, que la grande majorité des personnes de moins de soixante (60) ans victimes de COVID-19 étaient obèses. Et comme presque 40% de la population adulte américaine (surtout les noirs) est obèse, on peut facilement imaginer pourquoi il y a relativement plus de cas graves et de morts de COVID-19 dans ce pays.

Une fois les vrais facteurs de risques de COVID-19 connus (âge avancé, comorbidité, obésité pour les adultes), il y a lieu de se poser la question suivante: y a-t-il un risque de voir au Maliune explosion de cas graves de COVID-19 ?

La réponse est non. Car la population malienne, à l’instar de la majorité des pays africains, est jeune et compte moins de personnes obèses. Son espérance de vie n’atteignait pas les soixante (60) ans, en 2018, selon les derniers chiffres de la banque mondiale.

Des faits sont là pour étayer cette réponse. En effet, les rares cas de décès liés au COVID-19enregistrés au Mali (officiellement 14 à ce jour) sont survenus chez des patients de plus de soixante (60) ans qui souffraient d’autres maladies (diabète, hypertension artérielle, cancer). Et il n’y a présentement pas de cas grave dans les centres de traitement. Cela, malgré bientôt un mois après l’enregistrement des deux premiers cas officiellement et dans un contexte où les «mesures barrière» ne sont pas strictement observées lors de rassemblement sociaux (baptêmes, mariages, funérailles, campagnes électorales…), et dans les marchés et mosquées qui sont restée ouvertes.

Quant- on sait la vitesse avec laquelle la maladie s’est propagée dans beaucoup de pays, on comprend aisément pourquoi, certains au sein de la population, commencent à douter de l’existence même de cette maladie.

Un autre fait. Beaucoup de personnes affirment avoir contracté cette année, en période de fraicheur (entre Décembre et Février) ce qu’ils appellent un «rhume sévère». Était-ce la grippe ou COVID-19 qui passait sous silence ? Seules les analyses sérologiques permettant de vérifier l’exposition antérieure du système immunitaire au coronavirus SARS-CoV-2 responsable de COVID-19 pourront nous le dire.

Si c’était COVID-19, la population pourrait avoir été déjà immunisée contre la maladie. Il pourrait même y avoir une «immunité collective» déjà acquise qui limiterait la circulation du virus responsable et protéger ainsi les personnes à risque. Aussi, les conditions climatiques actuelles chez nous seraient-elles défavorables à la propagation de maladies virales respiratoires dont COVID-19.

Bien que relativement très peu nombreux, il y a tout de même des personnes à risque au Mali et on devrait s’inquiéter pour elles. Existe-t-il un traitement efficace contre COVID-19 ?

Nous pensons que oui, malgré le fait qu’on entretienne la peur de COVID-19 en affirmant dans les médias qu’il n’y a pas de traitement efficace prouvé contre ce fléau mortel.

D’abord, il faut savoir que, selon l’Organisation mondiale de la santé (OM, beaucoup de personnes peuvent être infectées par le coronavirus et ne pas développer la maladie et 80% des personnes infectées guérissent sans avoir besoin de traitement particulier. Plusieurs cas de guérisons de COVID-19 après traitement sont connus à travers le monde. Plusieurs traitements ont été testés avec succès depuis le début de la pandémie, et beaucoup d’autres sont en cours d’essai.

Celui avec l’hydroxychloroquine associée à un antibiotique a été largement discuté mais a fini par s’imposer puisqu’il a fait ses preuves d’abord à Marseille en France avec le Pr Didier Raoult, puis dans plusieurs pays dont le Sénégal voisin qui n’a enregistré à ce jour (23 Avril 2020), que cinq (06) morts de COVID-19 et 253 cas de guérison sur les 442 au total. Ce traitement est aussi appliqué au Mali avec succès car la plupart des personnes décédées à ce jour le sont en dehors des centres de prise en charge de COVID-19.

Par ailleurs, plusieurs traitements à base de plantes ont été testés partout en Afrique y compris au Mali. Beaucoup d’entre eux ont prouvé leur efficacité dans la prévention et/ou le traitement de COVID-19 suites à des essais cliniques. On peut citer entre autres «Avipirine» développé au Benin et le «COVID Organics» développé à Madagascar et qui a rendu possible la réouverture des classes dans ce pays.
D’autres ont le potentiel de connaître le même succès de par les propriétés thérapeutiques spécifiques, la capacité à renforcer le système de défense immunitaire et la faible toxicité des plantes qui les constituent.

On en sait un peu plus sur COVID-19, plus de quatre mois après son apparition en Chine. Il est maintenant connu que c’est l’obstruction des vaisseaux sanguins par des caillots formés (surtout au niveau des poumons) suite à l’inflammation généralisée qui est responsable de la mort chez les patients gravement atteints. Il devient dont évident que:

– la respiration artificielle seule, initialement appliquée dans les centres de soins intensifs ne pouvait donc sauver les patients gravement atteints tant que ces caillots n’étaient pas dissouts, puisque l’oxygène n’atteignait pas correctement des cellules du poumon.

– les anti-inflammatoires pourraient être efficaces, bien qu’ils aient été écartés dès le début de la pandémie, suite aux premières recherches menées surtout en Chine.
Ces «erreurs médicales» involontaires de départ, ont fait que beaucoup de personnes sont mortes de COVID-19 alors qu’elles pouvaient être sauvées.

Maintenant que nous venons de démontrer que:

– le risque de voir exploser des cas graves de COVID-19 au Mali est extrêmement faible,

– seulement un nombre extrêmement réduit de personnes au sein de la population malienne est en risque pour développer la forme grave de COVID-19,
– un traitement efficace existe contre COVID-19.

On peut affirmer avec beaucoup de certitude qu’il est inutile de céder à la panique généralisée autour de la maladie à Coronavirus COVID-19. Cela nous amène à nous poser la question suivante.

Faut-il lever les mesures spécifiques de riposte au COVID-19 limitant les activités socio-économiques et permettre un retour à la vie normale au Mali ?

Oui, nous pensons que ces mesures devraient être levées et cela sans plus tarder. Cela d’une part parce qu’il n’y a pas de péril en la demeure, au regard de tout ce que venons d’avancer comme arguments. D’autre part, pour limiter les pertes de recettes pour l’État et la précarité, induite par ces mesures, de beaucoup d’entreprises et petits acteurs économiques (transporteurs, restaurateurs de nuits, vendeurs devant les écoles…) qui nourrissent souvent beaucoup de personnes.

Mais si d’aventure, ces les mesures devaient perdurer ou même se durcir davantage, elles risqueraient de provoquer la faillite de beaucoup d’entreprises locales et fragiliser une frange importante de la population.

L’économie du Mali, essentiellement basée sur de l’informel, ne supporterait pas un tel poids, supplémentaire à celui de la crise sécuritaire qui secoue le pays, depuis maintenant plusieurs années. Les pays développés sur lesquels nous comptons d’habitude pour nous aider sont aussi durement frappées par la récession économique généralisée et le chômage de masse, tous dus aux mesures de confinement lors de la pandémie de COVID-19. On ne pourra compter que sur nous- même et il faudra se mettre au travail tout de suite pour limiter les conséquences de cette crise rarement inégalée dans l’histoire mondiale.

Le déconfinement, qui est un retour vers la normalité, est la tendance générale en ce moment. Car le confinement adopté comme mesure un presque partout, n’a non seulement pas tenu toutes ses promesses concernant la maîtrise de la propagation de la maladie, mais il a provoqué «émeutes», chômage et crise économique et financière. Et ceux qui l’ont pratiqué se posent l’épineuse question de savoir quand déconfiner pour limiter les pertes économiques, mais avec quels risques sanitaires ?

Face à ce choix cornélien, entre économie et pandémie, un pays a fait plus fort que tout le monde et montre la voie au Mali. Il s’agit de la Suède, qui a fait le choix de ne pas confiner sa population dès le début. Et elle maintient encore à ce jour (23 Avril2020) sa position malgré plus de 16 000 cas de contaminations et presque 2.000 cas de décès liés au COVID-19.

Avec extrêmement très peu de personnes à risque, moins de 350 cas de contamination (23 Avril 2020) malgré le non-respect strict des «mesures barrière» et cela presqu’un mois après l’apparition des premiers cas au Mali, le maintien de certaines mesures de riposte de nos autorités face au COVID-19 étonnerait énormément les suédois ainsi que les autres pays qui ont fait un choix similaire au leur.

Que faudrait-il faire donc ?

Nous suggérons les actions suivantes:

Rassurer la population tout en l’incitant à continuer d’appliquer des mesures de prévention de COVID-19 (lavage des mains…) qui éviteront par ailleurs la transmission d’autres maladies bénignes (rhume, simple diarrhée) ou plus graves (choléra, Ebola). Pour cela il faudra rompre avec toute attitude ou discours qui est de nature à instaurer une crainte démesurée de COVID-19 qui laissera finalement place au discrédit à l’égard des dirigeants et provoquer des résistances inutiles.

Protéger les rares personnes à risques (distribution de masques et gels) et procéder à leur diagnostic rapide (en cas de suspicion) et leur prise en charge si nécessaire.
Lever les mesures limitant les activités socio-économiques, à commencer par l’ouverture des écoles et universités. Car il a été démontré partout, et en accord avec la déclaration de l’OMS, que COVID-19 est généralement bénigne, en particulier chez l’enfant et le jeune adulte. Aussi, les mesures correctives prises suite à la fermeture des écoles sont-elles difficilement applicables au Mali: manque d’électricité et de moyens de connexion internet dans beaucoup de foyers.

Soutenir les ménages les plus modestes et ceux déjà affectés par la crise sécuritaire.
Se Consacrer à la production massive de ressources alimentaires qui deviendront bientôt l’objet de toutes les convoitises. Constituer des stocks alimentaires pour une durée plus longue.

Développer le secteur de l’énergie et renforcer l’industrie de transformation des produits les plus importés dont la matière brute (coton, or, aliments…) est exportée du Mali.

À titre d’exemple, on aurait pu gagner des milliards si on avait pu anticiper en fabriquant des masques lorsque la Chine était confinée et alors qu’on observait l’explosion de cas dans d’autres pays.

S’apprêter à accueillir et insérer dans le tissu socio-économique, beaucoup de nos compatriotes vivants à l’étranger qui subiront malheureusement de plein fouet les conséquences de cette crise mondiale. Inciter, ceux parmi eux qui ont les moyens, à investir dans des secteurs clés de l’économie.

Privilégier les solutions locales et africaines à cette crise qui aura montré que chaque continent a ses réalités qu’il faudra prendre en compte dans toute prise de décision.
Enfin, réorienter les fonds levés dans le cadre de la lutte contre la pandémie COVID-19, pour financer les actions prioritaires de l’État dont celles citées ci-dessus et surtout s’assurer de la gestion rigoureuse et transparente de ces fonds.

En conclusion, le risque pour le Mali de plonger dans une crise sanitaire très profonde due à la maladie à coronavirus COVID-19 est extrêmement faible à notre avis. Il faudrait plutôt rassurer la population tout en l’incitant à la pérennisation des bonnes pratiques d’hygiène installées lors de cette pandémie et lever rapidement les mesures spécifiques de riposte au COVID-19 limitant les activités socio-économiques. Il serait plus judicieux de focaliser ses attentions sur les conséquences socio-économiques liées à cette pandémie COVID-19 et prendre des décisions courageuses et anticipatoires qui les limiteraient.

Ségou, le 23 avril 2020
Dr Boubacar MARIKO, Enseignant-Chercheur à l’Université de Ségou

27 Avril 2020